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Venezuela: sans la main de fer de Maduro, la rue renaît
Des mères réclamant la liberté de prisonniers politiques, des travailleurs demandant de meilleures conditions, des retraités marchant pour des pensions plus élevées: les manifestations ressuscitent dans un Venezuela libéré de la poigne de fer du déchu Nicolas Maduro, qualifié de dictateur par ses adversaires.
La terrible répression ayant suivi la réélection contestée de Nicolas Maduro en 2024 - plus de 20 morts et des arrestations massives - avait éteint la rue et propagé la peur, limitant même les discussions dans les lieux publics.
Le pays avait déjà été le théâtre de manifestations antigouvernementales massives durement réprimées, notamment en 2017, engendrant des accusations de violations des droits humains.
Depuis le 3 janvier et la capture de Nicolas Maduro par l'armée américaine, la parole se libère peu à peu, et la peur semble s'amenuiser.
Il y a "un avant et un après" la capture, estime le militant Diego Casanova, 30 ans.
"Il n'y a pas de liberté!", proteste-t-il équipé d'un mégaphone, devant le Parquet à Caracas, lors d'un récent rassemblement d'une trentaine de personnes.
Un groupe de femmes le reprend en chœur, brandissant des photos de prisonniers politiques. Des pancartes réclament la fermeture de "tous les centres de torture".
Impassibles, des policiers regardent la scène. D'autres prennent des photos avec leurs téléphones portables. Les boucliers antiémeute sont par terre, près de leurs motos.
Une scène difficilement imaginable il y a quelques mois. Sous Nicolas Maduro, ce rassemblement aurait probablement été dispersé.
"Ils n'ont pas cessé d'avoir cet appétit vorace pour la persécution", affirme M. Casanova, mais "ils savent qu'il y a un coût politique bien plus élevé en ce moment, et la population le comprend aussi".
- Protester, mais "avec crainte" -
La présidente par intérim Delcy Rodriguez gouverne depuis plusieurs mois sous la pression de Washington, qui affirme être aux commandes du pays.
La chute de Nicolas Maduro "a ouvert tout un tas de possibilités, mais elle a aussi suscité beaucoup d'interrogations", explique à l'AFP Danny Socorro, directeur de l'Ecole de psychologie de l'université privée catholique Andrés Bello (Ucab).
Les Vénézuéliens envisagent de manifester "mais toujours avec crainte", dans un contexte "d'ambivalence" alors que le chavisme - la doctrine d'inspiration socialiste du président Hugo Chavez (1999-2013) - est encore au pouvoir, ajoute-t-il.
Par peur, Nely Molina s'est abstenue pendant des mois de manifester. Pour cette retraitée de 76 ans, "les choses ont un peu changé" depuis que Maduro est incarcéré à New York, accusé de narcotrafic. Elle est finalement descendue dans les rues de la capitale pour critiquer sa pension "de misère" aux côtés d'une centaine de personnes âgées amaigries.
La crise économique, dans un pays où la majorité des ménages ont des revenus inférieurs au panier alimentaire de base (700 dollars), est l'un des principaux moteurs des protestations, relève l'Observatoire vénézuélien des conflits sociaux.
Services publics défaillants, maigres salaires, élections présidentielles contestées... La liste des revendications est longue face à la débâcle d'un pays qui a poussé environ huit millions de ses citoyens à l'exil. Les manifestations ont augmenté de 144% au premier trimestre par rapport à la même période de 2025, selon l'OVCS.
"Nous avons plus de liberté pour manifester, pour crier, pour dire ce que nous voulons", estime la retraitée. Une poignée de policiers observe la manifestation sans intervenir, à quelques pâtés de maisons du palais présidentiel de Miraflores, bien gardé.
Rencontrée dans une manifestation de proches de prisonniers politiques, Dilsia Caro, 50 ans, se souvient de l'avant. "Si vous sortiez dans la rue pour protester, vous saviez qu'on vous embarquait", dit-elle.
Celle qui exige la libération de son mari, Noel Flores, accusé d'avoir participé à un complot contre Maduro, affirme maintenant ne pas avoir peur, même si l'état d'exception est toujours en vigueur et l'expose à une arrestation.
- Répression "sélective" -
Aux abords de Rodeo I, une prison proche de Caracas, des familles campent depuis des semaines devant la porte d'entrée, réclamant la libération des prisonniers politiques.
Devant la prison de Zona 7, des femmes ont effectué une grève de la faim de plusieurs jours, n'y mettant un terme qu'avec l'annonce de la loi d'amnistie, finalement adoptée le 19 février. Selon l'ONG Foro Penal, quelque 400 opposants restent emprisonnés malgré des centaines de libérations.
Des militants ont signalé de brèves détentions arbitraires lors des manifestations.
La répression a évolué vers "des formes plus sophistiquées, sélectives et moins visibles", selon l'Observatoire.
Devant le Parquet, Diego Casanova colle des feuilles de papier sur le trottoir avec du ruban adhésif. "En ce moment, on torture un prisonnier politique", peut-on lire sur l'une d'elles.
"L'appareil répressif est toujours en place" et cela, confie-t-il, "nous maintient en alerte".
J.Marty--VB