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Scrutin test pour l'Arménie, tournée vers l'Occident au grand dam de Moscou
Les Arméniens sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives à valeur de test sur le soutien de la population à la réorientation géopolitique initiée par le Premier ministre Nikol Pachinian, qui s'est tourné vers les Occidentaux au grand dam de la Russie.
L'Arménie et la Russie, liées par deux siècles d'histoire au sein de l'empire russe puis soviétique, sont officiellement toujours alliées. Mais depuis la reprise par la force par l'Azerbaïdjan de l'enclave du Karabakh, que n'a pas empêchée la Russie, Erevan multiplie les reproches envers Moscou et se tourne vers l'Union européenne et les Etats-Unis.
Fin mai, le président américain Donald Trump a apporté son soutien "complet et total" à Nikol Pachinian. La Russie a elle ouvertement mis en garde l'Arménie, rappelant que le rapprochement de l'Ukraine avec l'UE avait été à l'origine des problèmes de ce pays, confronté à l'armée russe depuis février 2022.
Au-delà de la relation avec Moscou, le scrutin de dimanche interviendra après des années de profonds bouleversements en Arménie depuis l'arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian à l'issue de manifestations en 2018.
Ce petit pays à majorité chrétienne du Caucase est encore sous le choc de sa défaite militaire contre l'ennemi turcophone azerbaïdjanais en 2020 et de la perte du Karabakh en 2023, qui a provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens de ce territoire montagneux disputé depuis des décennies.
Nikol Pachinian, ancien journaliste âgé de 51 ans, a présenté ce scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée, avec Bakou, et un retour à la guerre.
- Rancoeur envers Moscou -
M. Pachinian avait reproché à Moscou de ne pas avoir apporté son aide à l'Arménie lors de la guerre de 2020. La Russie avait déployé des forces de maintien de la paix au Karabakh, mais n'était pas intervenue directement, soucieuse de préserver ses relations avec l'Azerbaïdjan, autre ancienne république soviétique du Caucase.
Prenant acte de cette situation, M. Pachinian a gelé la participation arménienne à une alliance régionale chapeautée par Moscou et a cherché à renforcer les liens avec Bruxelles et Washington, allant même jusqu'à évoquer une potentielle adhésion de son pays à l'UE.
Une éventualité considérée par la Russie comme une ingérence occidentale dans son pré carré.
"Tout ce qui se passe actuellement en Ukraine (...) Comment tout cela a-t-il commencé? Par la tentative de l'Ukraine de rejoindre l'UE", a averti le président russe Vladimir Poutine en mai, dans des propos qui sonnent comme une menace. L'Ukraine, en 2014, s'apprêtait en réalité à signer un simple accord d'association avec l'Union européenne.
La Russie est le principal partenaire commercial de l'Arménie et un marché clef pour ses exportations agricoles et textiles. De nombreux Arméniens vivent et travaillent en Russie et Erevan est dépendant de Moscou pour ses fournitures d'armements et d'énergie.
Première mesure de représailles: la Russie a interdit l'importation d'une série de produits agricoles arméniens, suscitant l'inquiétude d'Erevan.
Le Kremlin a aussi été accusé de chercher à influencer le scrutin.
- Soutien européen -
Nikol Pachinian affirme cependant ne pas souhaiter rompre avec Moscou. "Nous n'avons jamais eu, n'avons pas et n'aurons jamais l'intention de nuire aux intérêts de la Russie", a-t-il plaidé.
Pour autant, la campagne électorale a pris des airs de combat pour l'avenir géopolitique de l'Arménie.
M. Pachinian est allé jusqu'à assurer qu'une "guerre catastrophique" avec l'Azerbaïdjan pourrait avoir lieu si son parti perdait la majorité.
Son principal concurrent, l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, a mis en garde contre toute "ruée imprudente" vers l'Occident. "La Russie est et restera notre partenaire stratégique et notre principal partenaire économique", a-t-il déclaré.
Les Européens, de leur côté, ne cachent guère leur souhait de voir Nikol Pachinian l'emporter, et sont venus soutenir le partenariat UE-Arménie lors d'un sommet à Erevan début mai, investissements à l'appui dans cette zone essentielle pour l'acheminement des hydrocarbures.
Le parti Contrat civil du Premier ministre est donné en tête dans les sondages mais le système politique est très fragmenté. Au total, 19 partis et blocs sont en lice pour les 101 sièges du Parlement.
Le bilan démocratique de Nikol Pachinian est également en jeu.
Huit ans après son arrivée au pouvoir sur la promesse de démanteler le système oligarchique post-soviétique arménien, il fait face à des critiques croissantes.
L'Arménie dérive "du populisme vers des méthodes de gouvernance autoritaires", affirme l'analyste indépendant Gevorg Poghosyan.
Pour autant, pour de nombreux Arméniens, l'opposition reste associée à l'influence russe et aux oligarques.
Armen Pogossyan, 77 ans, président d'une association de consommateurs, dit à la veille du scrutin qu'il "réfléchit encore" pour qui voter, mais assure que ce ne sera pas pour le Premier ministre.
"La première tâche, c'est qu'il ne soit plus là", déclare-t-il, reprochant à M. Pachinian la perte du Karabakh et son attitude envers les réfugiés.
Garik Petrossyan, un spécialiste en informatique de 31 ans, ira lui voter pour le gouvernement sortant, pour "l'indépendance de l'Arménie."
G.Schmid--VB