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Au Burkina Faso, nouveau tour de vis répressif contre les voix dissidentes
Arrestation la semaine dernière d'un influent imam, de certains fidèles et d'étudiants qui ont critiqué la junte au Burkina Faso: la junte a entrepris un nouveau tour de vis répressif contre les voix dissidentes.
Le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un putsch en 2022, revendique l'absence de démocratie au Burkina. Et son armée de soutiens déployée sur les réseaux sociaux se félicite régulièrement des arrestations de toute personne critiquant la bonne marche de la "révolution progressiste populaire".
Le mode opératoire est rôdé: des hommes encagoulés, parfois en civil, interpellent ceux qui questionnent l'efficacité du pouvoir, notamment face aux violences jihadistes qui minent le pays depuis une décennie.
Les plus chanceux sont emprisonnés et jugés, d'autres enrôlés de force au front pour combattre les jihadistes et beaucoup disparaissent.
Le dernier gros coup de filet date de la semaine dernière: l'influent prédicateur sunnite, l'imam Mohamad Ishaq Kindo, pourtant longtemps considéré comme un soutien de la junte, a été interpellé et conduit vers une destination à ce jour inconnue.
Son tort? Avoir formulé des réserves sur un projet de loi visant à encadrer la liberté religieuse, dans un pays où environ 60% de la population est musulmane.
- "Pratiques barbares" -
"La terreur a atteint son paroxysme. Enlever avec brutalité un leader religieux et empêcher les fidèles de se rassembler pour la prière en lançant des gaz lacrymogènes jusque dans la mosquée, c'est pousser le bouchon trop loin", dénonce à l'AFP un proche du guide religieux.
Car après cette interpellation, des partisans de l'imam avaient manifesté pour réclamer sa libération et plusieurs d'entre eux ont été à leur tour arrêtés. Des images publiées sur les réseaux sociaux les ont ensuite montrés vêtus de tenues militaires et soumis à des exercices physiques dans un camp de la capitale.
Pour le proche du religieux, "si un individu transgresse la loi, la justice doit s'en charger. Pourquoi recourir à de telles pratiques barbares?"
"C'est insupportable ce que ce pouvoir fait vivre aux Burkinabè sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme dont on ne voit même pas les résultats", s'insurge-t-il.
En septembre 2022, le capitaine Traoré avait justifié son putsch par l'incapacité du pouvoir à mettre fin aux violences jihadistes et avait promis de régler le problème en quelques mois. Près de quatre ans plus tard, les groupes liés à Al-Qaida ou l'Etat islamique contrôlent une large partie du territoire et imposent même un blocus à certaines villes.
Selon un enseignant-chercheur à Ouagadougou, l'arrestation de l'imam Kindo illustre une volonté de fixer strictement le cadre du discours religieux.
Selon lui, les pouvoirs publics, y compris avant le capitaine Traoré, estiment que "face au terrorisme, les seules paroles légitimes qui puissent être reconnues aux leaders religieux sont celles qui contribuent à la tolérance, à la cohésion sociale, et à la paix".
- Tout répressif -
Mais l'arrestation de l'imam Kindo n'est pas le seul symbole du nouveau tour de vis imposé par l'administration Traoré. Dans la foulée, un important syndicat étudiant, l'Ugeb a été suspendu et son leader arrêté.
L'organisation avait dénoncé les arrestations arbitraires mais aussi "l'échec patent" du régime et son "incapacité manifeste à rétablir la sécurité".
Sous couvert de l'anonymat, un responsable de l'association réitère ses critiques: "ce que souhaite ce régime, c'est la liquidation de tous les mouvements étudiants et l'instauration de la pensée unique".
"L'université n'est pas un camp d'assujettissement et d'embrigadement, encore moins une prison", poursuit un autre militant, qui dit constater une certaine libération de la parole depuis l'arrestation du guide religieux.
"On ne peut pas compter le nombre de vidéos de jeunes qui, pour la première fois, critiquent le régime avec des mots virulents", assure t-il.
Le contexte répressif n'épargne pas les soutiens les plus zélés de la junte. Fin mars, l'activiste Mahamadi Baguian, dont les posts sur les réseaux sociaux ne cessaient de faire les louanges du régime, est mort après avoir été arrêté, officiellement d'un "malaise".
Avec cette politique répressive, la junte est-elle en train de s'isoler et de se couper d'une population qui saluait sa prise de pouvoir?
"Je ne pense pas que ces manifestations puissent avoir une force au point de faire perdre au régime un soutien important dans le milieu musulman", tempère l'enseignant chercheur.
Dans un communiqué publié le 31 mai, le bureau national du mouvement sunnite de l'imam Kindo, a appelé au "calme et à la retenue", avant de "regretter les appels à une nouvelle mobilisation".
O.Schlaepfer--VB