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Le ministre français de la Justice à Alger, un pas de plus vers une détente
Ouvrir un "nouveau chapitre" dans la coopération judiciaire entre la France et l'Algérie: le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, marque avec sa visite lundi à Alger une nouvelle étape vers une décrispation entre les deux pays, qu'une crise acrimonieuse oppose depuis 2024.
Lors de ce déplacement express, M. Darmanin va également évoquer le cas du journaliste français emprisonné Christophe Gleizes.
Arrivé dimanche dans la capitale algérienne, il a été reçu par son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa. Un éventuel entretien avec le chef de l'Etat algérien, Abdelmadjid Tebboune, n'est pas exclu.
"Au-delà des dossiers qui se sont accumulés et de leur importance pour Alger et Paris, l'enjeu aujourd'hui est de rétablir la confiance, gravement ébranlée par près de deux ans de grave crise entre les deux pays", estime le média TSA Algérie.
La crise a éclaté à l'été 2024 lorsque Paris a apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui appuie les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.
Depuis, une série d'épisodes sont venus entretenir les tensions. Parmi eux, la détention et la condamnation en Algérie de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement gracié, celle de Christophe Gleizes et ou encore l'incarcération en France d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement d'un influenceur.
- Signal "très positif" -
Ce climat délétère semble peu à peu s'apaiser. L'amorce de détente entre l'ancienne puissance coloniale française et l'Algérie, indépendante depuis 1962, a été confirmée par une visite à la mi-février du ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, suivi en mai de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Signe du réchauffement, le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra pour sa part à Paris dans "quelques jours", a annoncé M. Nuñez dans un entretien paru dimanche.
"C'est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement", a-t-il salué dans La Tribune Dimanche.
Pour la visite de Gérald Darmanin, la priorité consistera à relancer une collaboration judiciaire "extrêmement ralentie" et à surmonter un "manque de coopération pour des raisons diplomatiques".
"Des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes", a assuré le ministère.
Arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024, le journaliste sportif a été condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".
Le principe d'une visite d'un diplomate français à Christophe Gleizes avait été acté lors d'une rencontre entre Mme Rufo et le président algérien, et a finalement eu lieu.
- "DZ mafia" -
L'embellie s'illustre déjà par une "reprise importante" des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux vers l'Algérie. Ce nombre est passé de zéro à "quelques centaines" ces derniers mois, selon la chancellerie.
A Alger, Gérald Darmanin devrait en particulier aborder le dossier de la "DZ mafia", un cartel d'organisations criminelles originaire de la ville de Marseille.
La justice française a formulé "une dizaine de demandes" d'entraide judiciaire visant des dirigeants de ce réseau, réfugiés de l'autre côté de la Méditerranée. La France a réussi à obtenir auprès du Maroc l'extradition de Félix Bingui, chef du clan rival Yoda.
Fait notable, le ministre français sera notamment accompagné de manière inédite par le procureur national financier, Pascal Prache. La présence de ce haut magistrat vise à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens acquis par la France durant la période coloniale.
Par ailleurs, le sort de l'agent consulaire algérien en détention provisoire en France sera abordé.
Fin avril, le président français, Emmanuel Macron, avait lancé une pique aux partisans en France d'une ligne dure avec le pouvoir algérien, fustigeant "tous les mabouls" qui veulent "se fâcher avec l'Algérie".
Le patron du parti de droite Les Républicains et ex-ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui s'était senti visé, avait vertement répliqué. "Avec le régime d'Alger, la politique des bons sentiments est condamnée à l'échec", avait jugé le candidat à l'élection présidentielle.
G.Frei--VB