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Présidentielle au Pérou : attente sous tension après un vote chaotique
Les Péruviens attendaient mardi l'issue d'un scrutin présidentiel chaotique organisé sur deux jours, Keiko Fujimori arrivant en tête des résultats partiels, tandis que la bataille pour la deuxième place restait ouverte en vue du second tour en juin.
Dans un pays où l'instabilité politique est chronique, avec huit présidents en dix ans, l'attente prolongée des résultats alimentait mardi l'exaspération d'électeurs déjà éprouvés par un scrutin prolongé d'une journée en raison de défaillances dans l'acheminement du matériel électoral.
Empêchés de voter dimanche, plus de 50.000 électeurs ont dû se rendre aux urnes lundi, avec de nouveaux retards à l'ouverture des bureaux de vote.
"Il n'y a aucun contrôle. On ne sait même pas si les résultats sont vrais. Il faudrait refaire des élections", juge à Lima Yeraldine Garrido, une réceptionniste de 35 ans.
"Cela a été un échec majeur de la démocratie", résume Luis Gomez, un travailleur indépendant de 60 ans.
La candidate de droite Keiko Fujimori, qui est la fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), arrive en tête avec près de 17%, selon un comptage officiel portant sur plus de 76% des bulletins dépouillés.
Les résultats, initialement dominés par les votes dans la capitale, font pour l'heure arriver en deuxième position son ancien maire ultraconservateur, Rafael Lopez Aliaga, 65 ans, bien que son avance se réduise.
Des projections publiées lundi par l'institut Ipsos créditent le candidat de gauche radicale Roberto Sanchez, 57 ans, un proche de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo (2021-2022), d'une place au second tour prévu pour le 7 juin.
Mardi, il apparaissait en progression à plus de 10%, contre près de 13% pour Rafael Lopez Aliaga.
"Nous plaidons pour un nouveau grand pacte social entre tous les Péruviens, qui passe par une nouvelle Constitution", a déclaré M. Sanchez à la presse.
Son électorat le plus solide se situe dans les zones rurales du sud andin, comptabilisées en dernier dans les chiffres officiels.
Rafael Lopez Aliaga a appelé ses partisans à manifester mardi après avoir dénoncé dimanche "une fraude électorale gravissime". "Ne les laissez pas nous voler notre avenir. Descendons dans la rue", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
- Scrutin contesté -
Les couacs du scrutin ont "donné des arguments, au pire moment, à de nombreux acteurs qui, s'ils ne sont pas satisfaits du résultat, crieront à la fraude, voire pire", souligne auprès de l'AFP le politologue Eduardo Dargent.
"Nous n'avons trouvé aucun élément objectif étayant des accusations de fraudes à ce stade (...) mais il est clair qu'il y a eu de graves dysfonctionnements", a réagi mardi au cours d'une conférence de presse Annalisa Corrado, la cheffe de la mission d'observation de l'Union européenne.
Le Jury national électoral (JNE) a porté plainte contre le chef de l'Office national des processus électoraux (ONPE), Piero Corvetto, et d'autres responsables pour atteinte au droit de vote et entrave au scrutin, tandis qu'un responsable a été arrêté et que des investigations visent également un sous-traitant.
"Les écarts entre les candidats sont très serrés, il faut attendre avec prudence et respect", a commenté Keiko Fujimori mardi à la presse en sortant de chez elle à Lima.
Plus de 27 millions d'électeurs étaient appelés à élire président et parlementaires à l'occasion de ce vote obligatoire, qui marque le retour d'un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990.
Dans un paysage politique fragmenté, avec un nombre record de 35 candidats, le premier tour s'est déroulé sur fond de flambée de la criminalité et de profonde défiance envers la classe politique.
Les candidats ont rivalisé de propositions radicales, allant de la construction de prisons dans la jungle, à des primes pour les policiers tuant des criminels ou au rétablissement de la peine de mort.
Le prochain président doit être investi le 28 juillet.
R.Kloeti--VB