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Tendances: le pantalon "barrel", la coupe est pleine
Le pantalon "barrel", aussi appelé "tonneau" ou "de clown", avait peu de chances de descendre des podiums des défilés avec sa singulière coupe gonflée. Pourtant, il a récemment envahi la mode du quotidien féminin comme masculin.
"Le prêt-à-porter en a fait un totem qui a remplacé tous les jeans évasés du moment", explique à l'AFP Bryan Ferreira, journaliste style pour le magazine GQ.
Chaque décennie a eu son jean : les années 1970 en pattes d'éléphant, les années 1980 en "mom jeans" (taille haute, décontracté), les années 1990 en baggy (large de partout) et les années 2010 en jeans "skinny" et stretch.
Depuis 2020, les coupes de pantalon se sont déconfinées, la décennie étant désormais clairement marquée par le volume et l'ampleur.
"C'est une silhouette clé pour les développeurs de tissu, qui voient bien cette tendance au réconfort et au volume", explique Julieta Mercerat, consultante spécialisée sur le denim.
"Cela fait deux saisons qu'on sent que les gens veulent sortir du minimalisme qui a neutralisé la mode pendant quelques années, et qui a effacé les traces d'expression personnelle ou culturelle, et uniformisé la recherche de style", analyse-t-elle pour l'AFP.
Apparue au défilé de la maison Alaïa pour la saison automne-hiver 2023-2024, cette nouvelle coupe ballon explose ensuite sur les réseaux sociaux grâce au styliste adoré de la Gen Z (génération née entre 1995 et 2010), Jacquemus.
- "Best-seller" -
Le jean ballon est un modèle taille normale ou haute, qui au lieu de tomber droit, s'arrondit à son maximum au niveau des cuisses et du genou, avant de se resserrer vers la cheville, comme si la jambe décrivait une parenthèse.
Son ancêtre ou cousin lointain est l'"Oxford bag", ce baggy surdimensionné des années 1920, ou le sarouel.
Vu de profil, la jambe ne descend pas en ligne droite, mais s'arrondit légèrement, comme la paroi d'un tonneau, d'où son nom.
"Il donne tout de suite quelque chose de graphique, transformant le vêtement en objet de style", explique à l'AFP la styliste Coppelia Mandin, de l'agence créative Good Sisters, spécialisée dans l'habillage des actrices françaises.
Le pantalon "barrel" prospère d'abord sur Instagram avant d'arriver dans les vitrines du prêt-à-porter.
"C'est un style qui divise cependant, et quand il a été posté pour la première fois sur Instagram, les gens avaient des opinions très tranchées. C'est là que nous avons compris que nous avions créé un best-seller !", résume dans Vogue Marianne McDonald, directrice artistique du label californien de jeans Citizens Of Humanity.
L'experte en durabilité du jean, Julieta Mercerat, note aussi que le "barrel" ne contient aucun élasthanne - composant très polluant - contrairement aux coupes droites ou skinny, et est en cela plus intéressant écologiquement.
- "Diabolique" -
Pour la styliste française Coppelia Mandin, même s'il n'est pas pour tout le monde, le pantalon tonneau "déconstruit le corps et permet aussi de cacher un peu les jambes".
En haut, il ne faut pas tenter de rivaliser : "il faut quelque chose d'assez simple, près du corps, un tee-shirt tout simple, blanc par exemple, et comme il se resserre en bas, on peut aller vers quelque chose de fin aux pieds, comme des ballerines ou des escarpins", conseille l'experte.
La chroniqueuse mode de Libération Sabrina Champenois décèle dans ce pantalon une tendance "pas loin de diabolique".
"Car pour être raccord avec la doxa du moment, il faudrait respecter une opposition des proportions, être aussi fine que la fringue est gonflée", écrit-elle, confirmant par là qu'il s'agit d'une mode réservée à des corps dans les critères du moment.
Chez les hommes, le pantalon tonneau a pris une place inattendue, emballant des stars sur les tapis rouges, remplaçant même le sempiternel pantalon de costume.
"Certes, la coupe ample n'est pas faite pour tout le monde, mais pour l'homme qui s'est lassé de la coupe droite ou qui n'est pas encore prêt pour le style ultra-large, un pantalon barrel offre un compromis particulièrement élégant", remarque ainsi le magazine GQ.
J.Marty--VB