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Pour Trump et son gouvernement, un langage bravache dans la guerre contre l'Iran
Lorsque le chef d'état-major américain, le général Dan Caine, a exprimé mardi son "respect" envers les combattants iraniens, ses remarques sont venues en contraste avec la rhétorique souvent vantarde et moqueuse affichée par Donald Trump et son gouvernement depuis le début de la guerre.
Lundi, le président américain a expliqué sur le ton de la blague que la décision de couler un navire de guerre iranien, plutôt que de le capturer, avait été prise parce que c'était "plus marrant".
La semaine dernière, son ministre de la Défense, Pete Hegseth, a affirmé que les Etats-Unis étaient en train de "cogner" les militaires iraniens pendant qu'ils étaient "à terre".
"Ça n'a jamais censé être un combat équitable, et ce n'est pas un combat équitable", avait-il déclaré au même moment.
Pete Hegseth s'est aussi moqué des alliés des Etats-Unis réticents à s'engager dans la guerre, dénonçant ceux qui "moulinent des bras et poussent des cris d'orfraie" pour s'offusquer de l'usage de la force.
Des déclarations solennelles, lors de conférences de presse ou d'événements officiels, qui ont donné une impression de réjouissance chez les hauts responsables américains face à l'impact de l'offensive militaire américaine.
- "Infantilisation" -
Pour Rachel VanLandingham, lieutenant-colonel à la retraite de l'armée de l'air américaine, "ce type de langage dangereux est inhabituel" pour des responsables américains à l'ère moderne et démontre "une attitude extrêmement cavalière devant la mort et la destruction qu'implique la guerre".
Et si "l'hyperbole" ainsi que "la déshumanisation de l'ennemi" ont toujours fait partie prenante des guerres menées par les Etats-Unis, "l'infantilisation actuelle des opérations de combat par le Pentagone est frappante", a ajouté auprès de l'AFP cette ancienne avocate militaire, aujourd'hui professeure de droit de la guerre à l'université Southwestern.
Car les déclarations bravaches de certains hauts responsables ont été accompagnées depuis le début de la guerre par la publication sur les réseaux sociaux - notamment par la Maison Blanche - de montages vidéo mêlant des extraits de blockbusters hollywoodiens ou de jeux vidéo à des images véritables de frappes sur l'Iran.
Selon Rachel VanLandingham, cette "banalisation grossière" de la guerre donne en réalité "un avantage psychologique énorme à l'ennemi", qui peut ainsi dépeindre les Etats-Unis comme "assoiffés de sang et déterminés à détruire l'Iran".
"Ignorer le coût réel de la guerre, y compris son impact sur les civils comme sur les soldats des deux côtés servant leur pays, peut aboutir à une défaite stratégique malgré des victoires tactiques", prévient la professeure.
- "Ignoble" -
Face à ses déclarations goguenardes, le gouvernement de Donald Trump s'est néanmoins attiré des critiques au sein de la société civile américaine.
"Une vraie guerre, avec de vrais morts et de vraies souffrances, traitée comme si c'était un jeu vidéo, c'est ignoble", a condamné le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, en réaction à une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par le compte officiel de la Maison Blanche.
Certains responsables de l'opposition démocrate ont aussi dénoncé l'attitude démontrée par le gouvernement.
Pour Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants, aller en guerre contre l'Iran représentait une décision "grave".
"Et Donald Trump ne l'a pas prise sérieusement", a-t-il déclaré à la chaîne CNN lundi.
Les déclarations des responsables gouvernementaux marquent un fossé sémantique avec celle des chefs militaires américains qui se sont exprimés pour le moment sur la guerre. Le chef d'état-major Dan Caine loue ainsi lors de ses conférences de presse les capacités américaines, mais a également dit mardi "respecter" les combattants iraniens.
Les déclarations du général Caine sont plus mesurées, estime Rachel VanLandingham, car "les femmes et hommes en uniforme qu'il représente sont ceux qui tuent et sont tués".
"Ils ont besoin de sentir que leurs chefs comprennent les risques qu'ils prennent et la charge émotionnelle qu'elle représente pour ceux qui sont chargés de tuer", a ajouté la professeure.
T.Zimmermann--VB