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A Téhéran, les Iraniens s'adaptent "tant bien que mal" à la guerre
Ils ne s'éloignent guère de leur logement, protègent leurs fenêtres et s'entraident entre voisins: les habitants de Téhéran tentent de s'acclimater à la guerre qui a bouleversé la vie quotidienne dans la capitale iranienne.
"Les gens sont calmes", témoigne un habitant du nord de la capitale, interrogé par l'AFP depuis Paris. "Ils s'habituent à vivre malgré tout et s'adaptent, tant bien que mal, à cette situation."
L'incertitude est permanente car les Téhéranais ne sont pas prévenus à l'avance lorsque des frappes américano-israéliennes s'apprêtent à toucher la capitale.
Mardi, au onzième jour de la guerre, de puissantes explosions ont de nouveau été entendues dans le centre et plusieurs quartiers, selon des médias iraniens qui n'ont pas précisé quelles étaient les cibles touchées.
Une quadragénaire se rassure en pensant que les bombardements "ne visent pas les immeubles ordinaires", mais plutôt "les commissariats, les mosquées, les sites militaires". "Mais imaginez: un commissariat est touché au bout de votre rue. Toutes vos fenêtres volent en éclats. C'est ce que beaucoup de gens ont vécu", ajoute-t-elle.
- Ecoles fermées -
Pour s'en protéger, certains ont collé du ruban adhésif sur leurs vitres pour éviter la dispersion de débris coupants.
Au-delà des dégâts, c'est "le bruit des bombardements qui est extrêmement dérangeant", selon l'habitante.
Dans un tel contexte, "les gens restent dans leur quartier, ils ne vont pas très loin, sauf ceux qui doivent aller travailler. Et les femmes restent télétravailler", précise une septuagénaire.
"De manière générale, les gens s'aident beaucoup entre eux", souligne-t-elle, en donnant l'exemple d'une famille ayant mis à disposition un logement à une autre ayant perdu son toit.
Les écoles sont toujours fermées, de même que la plupart des bureaux, banques et administrations. Les communications restent étroitement restreintes, seul l'intranet local fonctionnant tandis que les contacts avec l'étranger restent quasiment impossibles.
Dans les rues, "des livreurs en camionnettes et en deux-roues", constate un résident de la capitale. "Des bus circulent mais ils sont plutôt vides".
Adelshah Mansoori, un ressortissant afghan travaillant dans un supermarché de Téhéran, livre désormais les courses au domicile des clients cloîtrés chez eux, raconte-t-il.
De nombreux magasins et centres commerciaux gardent leurs rideaux baissés, à l'exception des épiceries de proximité et les boulangeries.
"Il y a de la nourriture (...) mais les gens n'achètent que ce dont ils ont besoin au quotidien, pas plus. C'est leur façon de veiller les uns sur les autres", raconte un homme de 40 ans.
- "Comme en apnée" -
Le plus frappant est la présence très visible des forces de sécurité sur les grands axes.
"Il y a des hommes armés dans les rues. A bord de gros véhicules. La seule chose qu'on voit d'eux, ce sont leurs yeux", a raconté une habitante. "C'est comme cela qu'ils font peur aux gens".
Selon elle, "les Iraniens sont très partagés: à la fois effrayés et pas effrayés, et oscillent entre espoir et tristesse".
Dans la nuit de lundi à mardi, sont apparues dans les rues de nombreuses affiches et banderoles à la gloire du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, nommé la nuit précédente.
Le fils du défunt guide suprême, Ali Khamenei, tué par des frappes le 28 février, ne s'est toujours pas adressé aux Iraniens et n'est pas apparu en public, suscitant ainsi des spéculations sur le lieu où il se trouve.
Le président américain Donald Trump a déclaré lundi qu'il n'était "pas content" de son élection, tandis que les Israéliens ont affirmé qu'il représentait une cible à abattre.
Lundi, des milliers d'Iraniens s'étaient rassemblés sur l'emblématique place Enghelab, dans le centre, pour prêter allégeance à Mojtaba Khamenei, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Loin de Téhéran, à Mahabad, une ville moyenne du Kurdistan iranien située à proximité de la frontière avec l'Irak, l'ambiance est aussi loin de l'effervescence habituelle à dix jours de Norouz, le Nouvel An iranien, qui sera célébré le 21 mars.
"Le centre-ville est comme en apnée. Les commerces traditionnellement fréquentés en cette période — ceux vendant des vêtements neufs, des pâtisseries et des produits festifs — sont délaissés", témoigne un quadragénaire, interrogé depuis Paris.
A la place, "les bijouteries sont désormais presque plus bondées que les supermarchés", selon cet homme, car les habitants achètent de l'or "par précaution en raison des incertitudes".
A.Zbinden--VB