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En Irak, des combattants kurdes attendent dans un bunker le soulèvement en Iran
Dans un repli des montagnes du nord de l'Irak, l'entrée du tunnel est à peine visible. Sous terre, un groupe de rebelles kurdes, nourri de gauchisme et de féminisme, attend un soulèvement en Iran pour bouger, avec ou sans soutien américain.
Après s'être déclaré "tout à fait favorable" à une offensive kurde contre l'Iran, le président américain Donald Trump a affirmé samedi ne plus souhaiter une telle opération.
"S'il y a une attaque contre le peuple kurde (…) alors oui, par tous les moyens, nous sommes prêts à résister", assure à l'AFP la commandante Rôken Nerada, 39 ans, dont dix-sept au sein du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK).
"Je pense que nous pouvons faire valoir nos droits sans l'aide des Etats-Unis" insiste-t-elle, posant à côté du portrait du chef kurde emprisonné Abdullah Öcalan.
Le PJAK est affilié au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), fondé par "Apo" (oncle) Öcalan, interdit en Turquie et considéré comme organisation terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux.
Une trentaine de combattants, hommes et femmes en sarouel et treillis, se retrouvent autour d'une table richement garnie qui attire deux chats. Sous les portraits des "martyrs" tombés au combat et d'un écran plat qui diffuse les images de Téhéran et Beyrouth en feu.
Le groupe assure disposer de quelque 200 caches comme celle-ci, sous les crêtes qui séparent l'Iran et la région du Kurdistan autonome d'Irak, à plus de 2.000 m d'altitude.
Mais derrière la rhétorique guerrière, ces dernières années le poids des groupes kurdes iraniens s'est considérablement affaibli, alors qu'ils ont longtemps mené des attaques contre les forces de sécurité iraniennes à la frontière. Et si cette lutte est plus discrète, c'est notamment du fait des pressions de l'hôte irakien.
- Lénine et Socrate -
Depuis le début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, Téhéran frappe régulièrement les positions des rebelles kurdes en Irak et a menacé de viser "toutes les infrastructures" du Kurdistan irakien, si des combattants franchissent la frontière.
Rôken Nerada assure toutefois qu'aucun de ses combattants clandestins n'a récemment traversé côté iranien.
Dans son bunker, le couloir étroit qui s'enfonce sous terre dessert plusieurs pièces - chambres, cuisine et sanitaires, salles de réunion et bibliothèque moquettée d'ouvrages en kurde, persan, arabe et turc.
"Politique, féminisme, histoire, philosophie, Nietzsche, Lénine, Socrate" énumère Shwan (nom d'emprunt), trentenaire élancé originaire de Sanandj, capitale du Kurdistan iranien, qui après avoir embrassé l'anarchisme puis le marxisme "et avoir beaucoup lu et étudié" a rejoint le PJAK à 26 ans.
"On est tous prêts au combat, surtout après ce qu'ils ont fait au peuple", dit-il, évoquant la répression impitoyable de Téhéran contre les manifestations en janvier.
Mais faisant marche arrière, Donald Trump a affirmé samedi "ne pas compter sur les Kurdes" pour éviter une guerre encore "plus complexe", a-t-il justifié.
"Une attaque terrestre n'est pas à l'ordre du jour à ce stade", reconnaissait la semaine dernière le co-commandant du PJAK, Amir Karimi.
"Le principal, c'est que la population elle-même devienne une force motrice. Il faut un soulèvement populaire" disait-il à l'AFP, assurant qu'à ce moment-là, son groupe pourrait alors apporter un "soutien extérieur."
"Nous n'attendons pas que l'Iran ou les États-Unis nous donnent le feu vert", insistait-il, tout en évoquant un "dialogue", un "échange politique" -et non sécuritaire- entamé avec les Américains.
"Les Kurdes auront besoin de garanties pour assurer l'avènement d'un Iran démocratique" soulignait-il. "Qui peut garantir que, demain, (les Etat-Unis) ne soutiendront pas un autre dictateur?".
"Nous ne voulons pas juste remplacer un dirigeant par un autre", confirme la commandante Nerada.
A.Kunz--VB