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Turquie: pour le maire d'Istanbul, le besoin de changement ne peut être étouffé
Les manoeuvres visant à paralyser le principal parti d'opposition en Turquie n'endigueront pas la frustration croissante du peuple envers le gouvernement et son besoin de changement, assure à l'AFP le maire d'Istanbul emprisonné, Ekrem Imamoglu, dont le procès pour corruption s'ouvre lundi.
"Un processus irréversible vers un changement de pouvoir s'est enclenché en Turquie et ne s'arrêtera pas avant d'aboutir. Je ne peux pas l'arrêter… Ni le parti au pouvoir, ni la justice", déclare M. Imamoglu, répondant aux questions de l'AFP par l'intermédiaire de ses avocats depuis sa cellule à Silivri, à l'ouest d'Istanbul.
"Quoi qu'on tente à l'encontre de mon parti ou de moi-même, nous ne renoncerons pas à poursuivre notre route (vers la démocratie) avec la nation", insiste Ekrem Imamoglu, 54 ans, dont l'arrestation en mars 2025 avait soulevé une grande vague de contestation à travers le pays.
Depuis, la pression s'est encore accrue sur son parti, le CHP, dont 15 maires élus sont derrière les barreaux.
Le procès fleuve qui s'ouvre lundi à Silivri, avec plus de 400 co-accusés sur les bancs, est perçu par l'opposition comme une manipulation pour empêcher le populaire édile d'Istanbul de défier le président Recep Tayyip Erdogan à la prochaine élection.
Mais pour l'intéressé, la population s'est moins mobilisée pour sa personne que pour réclamer le changement et exprimer sa lassitude face au règne de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003. Et le gouvernement aura du mal à endiguer cette frustration, estime-t-il.
- "En otage" -
"Le pouvoir en place a dû penser que la demande de changement dans le pays était une marque de soutien à mon égard et qu'une fois qu'il m'aurait éliminé, tous les obstacles seraient levés. Il m'a pris en otage... et après? Le besoin de changement continue de croître et se renforce jour après jour", affirme M. Imamoglu.
Le maire d'Istanbul, réélu en 2024, a été incarcéré le jour où le CHP le désignait officiellement comme son candidat à la présidentielle et il est généralement considéré comme le seul apte à battre M. Erdogan dans les urnes.
"L'indépendance de la justice lutte pour sa survie", remarque-t-il, tout en disant conserver l'espoir d'un procès équitable malgré son expérience d'une procédure "dont le seul objet était de m'arrêter en manipulant la loi".
Parmi toutes les enquêtes qui le visent, Ekrem Imamoglu risque de voir son diplôme universitaire annulé, ce qui le disqualifierait d'entrée pour une candidature à la présidence.
"Le gouvernement menace ouvertement le droit des électeurs à choisir. Mais quand vous éliminez tous les candidats que les gens élisent ou souhaitent élire, ils finissent par voter pour n'importe qui du moment qu'il vous chasse. C'est un réflexe de protection de la démocratie", avance-t-il.
- "Un marigot" -
"D'une manière ou d'une autre, ce gouvernement va changer et c'est ce qui compte. Notre nation compte les jours."
"La stratégie du gouvernement ne fonctionne pas", poursuit-il. "Le camp au pouvoir se débat dans un marigot."
"Si l'élection avait lieu aujourd'hui, le CHP serait en tête et ceux qui sont au pouvoir seraient écartés", parie-t-il encore.
Quant à son séjour en prison, Ekrem Imamoglu assure qu'il n'a eu aucun mal à s'adapter à la vie carcérale, qu'il partage avec "de nombreux responsables politiques, journalistes et citoyens injustement emprisonnés pour raisons politiques".
Il dit passer son temps à lire, en particulier des ouvrages sur la vie politique et intellectuelle turque, et trouve toujours le temps trop court.
"Avant la prison, j'avais une vie dans laquelle 24 heures d'une journée ne suffisaient jamais — c'est toujours le cas", confie-t-il.
F.Fehr--VB