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Pétrole russe : le torchon brûle entre Orban et Zelensky
Le bras-de-fer entre le Hongrois Viktor Orban et l'Ukrainien Volodymyr Zelensky au sujet du gel des livraisons de pétrole russe a pris une nouvelle dimension vendredi sur fond d'escalade verbale, Kiev déconseillant désormais à ses citoyens de se rendre dans le pays voisin après l'expulsion annoncée de sept Ukrainiens.
Le gouvernement recommande "de s'abstenir, faute de garantie sécuritaire sur fond d'agissements arbitraires des autorités hongroises".
De son côté, Budapest a annoncé le départ de ces ressortissants "liés à l'armée", après leur arrestation alors qu'ils convoyaient de l'or et des devises depuis l'Autriche.
Une enquête a été ouverte pour blanchiment d'argent.
Le gouvernement hongrois a évoqué, depuis janvier, un total de "900 millions de dollars et 420 millions d'euros" qui auraient été transportés "en liquide" à travers la Hongrie, ainsi que "146 kilos de lingots d'or".
La banque centrale ukrainienne a annoncé l'envoi d'une mission en Hongrie et "l'interception du transfert de fonds" a été dénoncée par Kiev, qui brandit la menace de sanctions.
Ce qui n'empêche pas Viktor Orban, le Premier ministre nationaliste hongrois, de l'assumer pleinement.
"Nous arrêterons de laisser transiter par la Hongrie des choses importantes pour l'Ukraine, jusqu'à ce que nous recevions l'approbation de l’Ukraine pour les livraisons de pétrole", a-t-il dit.
- "Pauvre Orban" -
Si la Hongrie est membre de l'Union européenne et de l'Otan, elle a renforcé ses liens avec Moscou depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 et les relations entre son Premier ministre, proche de Donald Trump, et le président ukrainien, sont exécrables depuis plusieurs années.
Mais elles se détériorent rapidement, alors que Viktor Orban est en campagne difficile pour sa réélection et que l'inquiétude gagne en Europe, quand à la flambée des cours d'hydrocarbures.
Il a obtenu cette semaine du Russe Vladimir Poutine la libération de soldats ukraino-hongrois, un geste qualifié par Kiev de manipulation "cynique" des prisonniers de guerre.
Viktor Orban s'indigne que Volodymyr Zelensky empêche la reprise des livraisons de pétrole russe par l'oléoduc Droujba ("amitié" en russe), dont la portion qui traverse l'Ukraine avait été endommagée par une frappe russe en janvier.
Après le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, l'UE a imposé une interdiction sur la plupart des importations de pétrole en provenance de la Russie.Mais l'oléoduc Droujba a été provisoirement exempté afin de laisser le temps aux pays d'Europe centrale de trouver de nouvelles solutions.
Jeudi, malgré l'intervention de Bruxelles, M. Zelensky avait levé toute ambiguïté sur le blocage du transit pour des raisons politiques.
"Pour être honnête, je ne le rétablirai pas. C'est ma position", a-t-il déclaré lors d'une réunion avec des responsables gouvernementaux.
"Je l'ai dit à la direction de l'Union européenne. Parce que c'est du pétrole russe. Il y a certains principes qui n'ont pas de prix. Ils sont en train de nous tuer, et nous, nous serions censés fournir du pétrole à Orban parce que le pauvre Orban ne peut pas gagner les élections sans ce pétrole", a-t-il expliqué.
- "Ils menacent ma vie" -
Budapest bloque en représailles le prêt de l'UE de 90 milliards d'euros à l'Ukraine et l'adoption d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.
Et Volodymyr Zelensky a haussé le ton, se montrant même menaçant jeudi.
"Nous espérons qu'une seule personne au sein de l'UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars. Qu'ils l'appellent et qu'ils lui parlent dans leur propre langage", a-t-il lancé.
Une déclaration jugée "inacceptable" par Bruxelles, qui a été condamnée par le gouvernement hongrois comme par l'opposition, d'ordinaire mieux disposée envers Kiev.
Et Viktor Orban a martelé qu'il ne céderait pas aux exigences.
"Pas même s'ils me font chanter, pas même s'ils menacent ma vie, car au fond, il ne s'agit pas vraiment de moi. Je suis convaincu que nous ne devons pas nous y plier, parce que ce serait mauvais pour le pays", a-t-il dit.
Elle est exacerbée par les hausses des cours du pétrole et du gaz constatées depuis le début des frappes israélo-américaines en Iran.
Les prix élevés de l'énergie sont un point noir pour l'économie hongroise, déjà atone, alors que les sondages sont mauvais pour M. Orban après seize ans de pouvoir.
H.Kuenzler--VB