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Rubio écouté à Munich avec soulagement même si le fond reste le même
Un message d'unité en trompe-oeil? Les Etats-Unis de Donald Trump se sont posés samedi en défenseurs de l'Occident et les Européens mis en demeure de suivre.
A Munich, pour la Conférence sur la sécurité, le discours du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio était attendu avec fébrilité par les Européens, un an après la sortie incendiaire du vice-président JD Vance contre le Vieux continent.
Ils ont été plutôt rassurés.
Le chef de la diplomatie américaine a insisté sur les liens de famille et culturels qui unissent les deux continents, soulignant que les Etats-Unis seraient "toujours un enfant de l'Europe".
Il a parlé du fait que les Etats-Unis ne cherchent pas "à diviser" mais à "revitaliser" le lien transatlantique, mis à mal par le président américain depuis son retour au pouvoir.
M. Rubio a été chaudement applaudi à plusieurs reprises et a reçu une ovation debout.
Le patron de la conférence, l'Allemand Wolfgang Ischinger, a dit après le discours avoir entendu "un soupir de soulagement" dans la salle du grand hôtel munichois où se tient la conférence.
Dans les couloirs, plusieurs responsables européens se sont dits rassurés, le ministre estonien de la Défense Hanno Pevkur affirmant à l'AFP que c'était "un bon discours prononcé d'une manière qui je pense est bonne pour les relations entre l'Europe et les Etats-Unis".
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a dit ne pas être "surpris" de la réception accordée à M. Rubio, étant donné qu'il a mis l'accent sur les liens qui unissent les deux continents et le fait qu'aucun pays ne peut relever seul les défis du jour.
- "Simplement plus poli" -
Mais sur le fond rien n'a véritablement changé.
"Cela ne se démarque pas vraiment de la position générale de l'administration Trump", a relevé l'ancien ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis, ajoutant "c'était simplement plus poli".
Interrogé dans une interview accordée samedi à Bloomberg News, M. Rubio a d'ailleurs fait valoir qu'il avait envoyé "le même message" que JD Vance l'an dernier.
Dans son discours, il s'est attaché à dire que les Etats-Unis entendaient mener le combat pour "restaurer" l'ordre mondial et que ce combat était "civilisationnel", en ligne avec la nouvelle Stratégie de sécurité américaine.
Celle-ci a évoqué le risque "d'effacement civilisationnel" de l'Europe sans changements profonds en matière d'immigration notamment.
Non sans une certaine ironie, le secrétaire d'Etat a fait l'éloge de l'immigration européenne, citant en exemple "des agriculteurs et des artisans allemands qui ont transformé" les grandes plaines du Midwest ou encore "des explorateurs français dont les noms ornent encore aujourd'hui les noms de villes".
Les Etats-Unis veulent "des alliés fiers de leur culture et de leur héritage, qui comprennent que nous sommes les héritiers d'une même grande et noble civilisation et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre", a déclaré M. Rubio, dénonçant l'immigration de masse qui "transforme et déstabilise les sociétés occidentales".
- Caricature -
Le président américain a pris en grippe les démocraties libérales en Europe, accusées de faiblesse militaire et politique. Washington accuse aussi les Européens d'utiliser la lutte contre la désinformation pour entraver la liberté d'expression.
La veille, en réponse aux attaques américaines, le président français Emmanuel Macron avait, au contraire, proposé de prendre l'Europe en "exemple" plutôt que l'inverse.
"L'Europe a été vilipendée comme une construction vieillissante, lente et fragmentée, reléguée par l'Histoire. Comme une économie surréglementée et apathique qui se détournerait de l'innovation. Comme une société en proie à des migrations barbares qui corrompraient ses précieuses traditions", a-t-il déclaré à Munich, appelant à cesser de "caricaturer" le Vieux Continent.
"Rubio sera perçu comme quelqu'un de globalement constructif, qui s'efforce de réduire l'incertitude, l'imprévisibilité et le manque de fiabilité des Américains, même si une grande partie de son message sera dure et ne correspondra pas nécessairement à l'avenir que les Européens souhaiteraient voir se réaliser", anticipait Ian Bremmer de l'Eurasia Group la veille du discours.
Loin du hasard, le chef de la diplomatie américaine a choisi d'achever sa tournée européenne en Slovaquie dimanche et en Hongrie lundi, deux pays dirigés par des nationalistes proches du président Trump.
D.Schlegel--VB