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Le président taïwanais avertit que la Chine ne "s'arrêtera pas" si elle s'empare de Taïwan
Le président taïwanais Lai Ching-te avertit dans un entretien à l'AFP que des pays d'Asie pourraient être les prochaines cibles de la Chine si Pékin s'emparait de l'île, tout en soulignant que Taïwan doit nettement renforcer ses propres défenses.
Si la Chine prenait Taïwan, Pékin deviendrait "plus agressif, compromettrait la paix et la stabilité dans la région indopacifique ainsi que l'ordre international fondé sur des règles", souligne le dirigeant taïwanais.
"Si Taïwan était annexée par la Chine, les ambitions expansionnistes de la Chine ne s'arrêteraient pas là", ajoute-t-il dans cette interview réalisée mardi à Taipei, la première à une agence internationale depuis son entrée en fonctions en mai 2024.
"Les prochains pays menacés seraient le Japon, les Philippines et d'autres dans la région indopacifique, avec des répercussions qui se feraient sentir jusqu'aux Amériques et en Europe", déclare-t-il.
Le président chinois Xi Jinping a mis en garde récemment Washington contre toute vente d'armes à Taïwan, qui a entrepris d'investir dans sa défense.
Mais M. Lai se dit confiant que les États-Unis soutiendront Taïwan et ne l'utiliseront pas comme "monnaie d’échange" avec Pékin.
- "Efforts en faveur de la paix" -
Taïwan considère que sa position au centre du chapelet d'îles qui relient le Japon aux Philippines lui confère un rôle clé dans la sécurité régionale et pour le commerce international.
La Chine a des revendications concurrentes à celles du Japon ou des Philippines sur la souveraineté de plusieurs îles ou récifs de la région, tandis que le détroit de Taïwan est une voie maritime indispensable au commerce mondial.
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi, dont le pays héberge quelque 60.000 soldats américains, a suggéré en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan, déclenchant une réaction furieuse de Pékin.
Le président philippin Ferdinand Marcos a aussi averti de son côté que l'archipel d'Asie du Sud-Est, où les forces américaines disposent d'un accès à neuf bases militaires, serait "inévitablement" entraîné dans un conflit à Taïwan.
"Dans ce monde en mutation, les nations font partie d'une communauté mondiale et une situation dans un pays aurait inévitablement des répercussions sur un autre", estime M. Lai.
A l'approche d'un sommet prévu en avril à Pékin entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, Taïwan a dit saluer toute discussion entre les deux dirigeants contribuant au maintien du statu quo.
"Nous pensons que le président Trump mène un effort difficile en faveur de la paix, qui implique de sauvegarder les intérêts américains et de dissuader l'expansionnisme chinois à court terme", relève M. Lai.
Il note que les États-Unis n'avaient pas besoin de "présenter Taïwan comme une monnaie d'échange dans leurs discussions avec la Chine".
"Dans le contexte de la compétition commerciale entre les États-Unis et la Chine, la Chine demande bien plus aux États-Unis que les États-Unis ne demandent à la Chine", déclare-t-il.
- "Dissuader une agression" -
Formellement, les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec Taipei en 1979, quand ils ont reconnu la République Populaire de Chine.
Ils se sont alors engagés par la loi à fournir des armes défensives à Taïwan à condition que l'île ne déclare pas l'indépendance.
Washington reste son principal allié sécuritaire, tout en maintenant une politique dite "d'ambiguïté stratégique", s'abstenant de dire si ils interviendraient militairement pour la défendre en cas d'invasion.
Ces dernières années, la Chine a intensifié sa pression militaire sur l'île, qu'elle n'exclut pas de récupérer par la force.
Elle déploie quasi quotidiennement des navires de guerre et des avions de chasse autour de Taïwan. Elle a lancé six vagues de manœuvres de grande ampleur depuis 2022, la plus récente en décembre.
Alors que des responsables américains ont avancé l'hypothèse d'une attaque en 2027, les spéculations sur les intentions de Pékin ont été relancées récemment par la purge menée par Xi Jinping au sommet de l'armée.
Deux hauts gradés ont été évincés fin janvier, dont celui qui était considéré comme le plus puissant général chinois, Zhang Youxia.
M. Lai reconnaît que ces annonces constituent "effectivement une situation inhabituelle" mais insiste sur le fait qu'elles ne changent en rien la nécessité pour Taïwan, de se protéger.
"Nous devons avoir la capacité de dissuader une agression de la Chine à tout moment", assure-t-il. "Nous voulons faire en sorte que, pour la Chine, aucun jour ne soit jamais propice à une invasion de Taïwan."
- "Solides comme le roc" -
Les pressions exercées par Donald Trump pour que Taipei dépense davantage pour sa défense et renforce sa production de semi-conducteurs aux Etats-Unis ont alimenté les doutes quant à sa volonté de protéger l’île.
Taïwan a déjà investi des dizaines de milliards de dollars pour moderniser son armée et développer son industrie de défense.
Mais en cas de conflit avec la Chine, ses forces feraient face à un adversaire avec des troupes largement supérieures en nombre et en puissance de feu.
"Taïwan est responsable de sa propre protection", insiste M. Lai, assurant que les relations avec les Etats-Unis sont "solides comme le roc".
Il dit aussi espérer une coopération plus étroite avec les Européens dans ce domaine.
Le président a déjà promis de porter les dépenses militaires de Taïwan à plus de 3% du PIB cette année et à 5% d'ici à 2030.
Pour atteindre cet objectif, son gouvernement a proposé 40 milliards de dollars de dépenses supplémentaires dans la défense sur huit ans. Ces fonds doivent permettre de financer, entre autres, un projet de "T-Dome", un système de défense aérienne multicouche, inspiré du "Dome de fer" israélien.
Mais ce projet se heurte aux réticences de l'opposition, majoritaire au Parlement. Après deux mois de blocage qui commençaient à susciter l'impatience d'élus américains, la situation semble se débloquer, le Parti du peuple taïwanais ayant accepté mercredi d'envoyer le texte en commission pour examen.
M. Lai se dit confiant quant à son adoption: "Dans une société démocratique, chaque parti politique est en fin de compte responsable devant le peuple".
C.Bruderer--VB