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Birmanie: les opposants exécutés méritaient "plusieurs peines de mort", selon un porte-parole de la junte
Les quatre prisonniers récemment exécutés, dont deux figures de l'opposition, méritaient "plusieurs peines de mort", a déclaré mardi le porte-parole de la junte birmane, qui a appliqué la peine de mort pour la première fois en plus de trente ans, provoquant une vague de condamnations de la communauté internationale.
"Si on compare leur peine avec d'autres cas de peine de mort, ils ont commis des crimes pour lesquels ils auraient dû être condamnés à mort plusieurs fois", a indiqué Zaw Min Tun, lors d'un briefing à la presse dans la capitale Naypyidaw.
"Ils ont blessé des innocents de manière cruelle. Il y a eu trop de pertes qui ne peuvent pas être remplacées", a-t-il poursuivi.
Le porte-parole s'exprimait pour la première fois, au lendemain de l'annonce par un média officiel de l'exécution de quatre prisonniers condamnés à mort.
Parmi ceux-là figurent Phyo Zeya Thaw, 41 ans, pionnier du rap et ancien député du parti pro-démocratie de l'ancienne dirigeante civile renversée Aung Sang Suu Kyi, et Kyaw Min Yu, 53 ans, dit "Jimmy", célèbre opposant au pouvoir militaire depuis le soulèvement d'août 1988.
Arrêté en novembre et condamné à mort en janvier, Phyo Zeya Thaw était accusé par la junte d'avoir orchestré plusieurs attaques qui ont contribué à la mort de 21 personnes, dont neuf membres des forces de l'ordre, selon Zaw Min Tun.
Kyaw Min Yu a été reconnu coupable d'avoir incité à la rébellion avec ses publications sur les réseaux sociaux.
- Manifestation à Bangkok -
Les deux autres prisonniers exécutés sont deux hommes accusés d'avoir tué une femme qu'ils soupçonnaient d'être une informatrice de la junte.
"La peine de mort est prononcée par le tribunal après qu'il leur a été donné le droit de se défendre à chaque étape de la procédure judiciaire (...). Ils ont eu le droit de faire appel ainsi que de soumettre une lettre de pétition", a assuré le porte-parole.
A Rangoun, la capitale économique de la Birmanie, où étaient détenus les quatre condamnés à mort, les familles concernées espéraient récupérer les corps.
"On m'a dit (à la prison) qu'ils ne retournaient pas habituellement le corps. Si c'était le cas, j'ai demandé à récupérer ses cendres. Je veux enterrer son corps, si c'est possible. A ça aussi, on m'a dit non", a déclaré la mère de Phyo Zeya Thaw, à Radio Free Asia.
Ces dernières 24 heures, une grande partie de la communauté internationale a condamné ces actions "cruelles et régressives", selon la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet.
Des dizaines de personnes se sont réunies mardi devant l'ambassade de Birmanie à Bangkok, en Thaïlande, pays frontalier où résident de nombreux Birmans, pour dénoncer cette "injustice".
- "Crime contre l'humanité" -
"Nous protestons pour arrêter les actions injustes de tortures et de meurtres par l'armée, et pour rétablir les droits de l'homme pour les citoyens birmans", a déclaré à l'AFP Ayeaye Khaing, une manifestante birmane qui travaille en Thaïlande.
L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), à laquelle la Birmanie appartient, s'est dite mardi "extrêmement troublée et profondément attristée" par ces exécutions "hautement répréhensibles".
"Un crime contre l'humanité", a déclaré mardi le ministre malaisien des Affaires étrangères, Saifuddin Abdullah.
Ces exécutions risquent d'accentuer l'isolement international des militaires birmans, qui ont pris le pouvoir par la force le 1er février 2021 sous prétexte de prétendues fraudes aux élections de l'année précédente, remportées de façon écrasante par le parti d'Aung San Suu Kyi.
La junte poursuit une répression sanglante, avec plus de 2.000 civils tués et plus de 15.000 arrêtés depuis le coup d'Etat, selon une ONG locale.
Depuis le coup d'Etat, des dizaines de condamnations à mort ont été prononcées par les tribunaux dont la légitimité est contestée par la communauté internationale. Un rapport d'experts des Nations unies a prévenu en juin que les exécutions pourraient s'accélérer faute de réaction.
Parmi les personnes arrêtées figure l'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, 77 ans, qui fait face à plusieurs accusations pouvant lui valoir jusqu'à 150 ans de prison au total.
O.Lorenz--BTB