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Yémen: le déblocage des routes, un "enjeu humanitaire majeur" selon l'ONU
La trêve au Yémen a apporté un certain répit au pays dévasté par sept ans de guerre, mais le blocage des routes reste un enjeu humanitaire "majeur", a alerté le coordinateur humanitaire adjoint pour le pays à l'ONU, Diego Zorrilla.
Le conflit opposant le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition menée par l'Arabie saoudite, et les rebelles Houthis, proches de l'Iran, a fait des centaines de milliers de morts depuis 2015, et poussé le pays le plus pauvre de la péninsule arabique dans une situation proche d'une famine à grande échelle.
Depuis le 2 avril, une trêve arrachée par l'ONU, et relativement respectée, a permis un arrêt des hostilités et des mesures destinées à alléger les conditions de vie de la population, confrontée à l'une des pires crises humanitaire au monde.
"La situation s'est globalement améliorée" ces trois derniers mois, a affirmé Diego Zorrilla dans un entretien à l'AFP, citant la baisse du nombre de victimes civiles, l'approvisionnement plus régulier en carburant, et la reprise de quelques vols commerciaux à partir de la capitale Sanaa, tenue par les insurgés.
Mais "les routes étant toujours bloquées, l'amélioration n'est pas à la hauteur des attentes de la population", a-t-il ajouté, évoquant l'un des principaux éléments de la trêve qui n'a toujours pas été mis en oeuvre.
Plusieurs cycles de discussions ont été organisés en Jordanie par l'envoyé spécial de l'ONU, Hans Grundberg, mais les belligérants rechignent à rouvrir les routes, craignant que cela ne bénéficie militairement à l'autre partie.
La circulation est très difficile entre les régions du Nord, contrôlées par les rebelles et qui représentent 30% du territoire mais où vivent 70% de la population, et les zones loyalistes, où arrive la majorité des marchandises.
Les nombreux barrages et déviations multiplient par quatre les coûts de transport, compliquent l'acheminement de l'aide humanitaire, et privent de nombreux yéménites d'accès à des services de base.
- "Situation particulièrement grave" -
"La situation est particulièrement grave à Taëz", une ville du sud-ouest du pays entourée de montagnes et où vivent "entre 1,5 et 2 millions de personnes", selon Diego Zorrilla.
L'agglomération, qui fût un important centre culturel, académique et historique, est traversée par une ligne de front de 16 kilomètres.
Environ 80% des habitants vivent dans la partie tenue par le gouvernement, mais les rebelles contrôlent les zones en hauteur où se situent notamment les puits d'eau alimentant la ville.
La majorité de la population doit ainsi acheter de l'eau en citerne "beaucoup plus chère", et "16.000 travailleurs de part et d'autres ne peuvent pas voir leurs familles", explique le responsable.
Autre conséquence: l'accès aux hôpitaux.
"Au lieu de faire un trajet de 20 minutes pour faire une dialyse, des patients doivent parfois aller jusqu'à Aden", ville du Sud où siège temporairement le gouvernement.
Or Taëz n'est pas seulement coupée en deux, elle est aussi coupée du reste du pays. Ses habitants doivent emprunter des routes de montagnes très dangereuses pour rejoindre Aden en huit ou neuf heures, contre trois heures en temps normal.
La réouverture des routes est "un enjeu humanitaire, économique et de développement majeur", martèle M. Zorrilla, en rappelant que plus des deux tiers des 30 millions de Yéménites, soit 23 millions de personnes, ont besoin d'aide humanitaire.
- "Des gens vont mourir" -
Les aides de l'ONU ciblent 17 millions d'habitants, avec une enveloppe évaluée à 4,3 milliards de dollars dont seul un quart a été assuré pour 2022 jusqu'à présent, en raison de la baisse des contributions des Emirats arabes unis et de l'Arabie saoudite, qui disent privilégier leurs propres canaux humanitaires.
Ces deux pays, membres de la coalition militaire soutenant le gouvernement, ont annoncé en avril une aide économique de trois milliards de dollars au Yémen, mais elle n'a pas encore été déboursée.
Si les caisses des agences de l'ONU ne sont pas renflouées, "des gens vont mourir", avertit Diego Zorrilla. "Plus une crise se prolonge, plus notre attention diminue, mais cela ne vas pas dire que la situation n'empire pas".
La trêve, qui s'achève le 2 août, doit absolument être reconduite insiste le coordinateur de l'ONU, "pour continuer a travailler sur l'ouverture des routes et d'autres dossiers plus ambitieux".
N.Fournier--BTB