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Coup d'Etat en Guinée-Bissau: ce que l'on sait
Des militaires ont annoncé mercredi avoir pris le "contrôle total du pays" et interrompu le processus électoral juste avant les résultats des élections présidentielle et législatives du 23 novembre. Jeudi, ils ont nommé un général pour diriger une transition censée durer un an.
Voici ce que l'on sait de ce nouveau coup d'Etat - sur lequel pèsent des zones d'ombre - dans ce pays d'Afrique de l'Ouest coutumier des troubles politiques:
- Prise de pouvoir par des militaires -
Des tirs nourris ont retenti mercredi à la mi-journée dans la capitale Bissau près du palais présidentiel, peu avant l'annonce par des militaires qu'ils prenaient le "contrôle total du pays", suspendaient le processus électoral en cours.
Le président sortant Umaro Sissoco Embalo, élu en 2020 et candidat à un second quinquennat, est depuis mercredi détenu par des militaires.
Une forte présence des forces de l'ordre est visible jeudi dans les rues de Bissau quasi-désertées par la population et sous étroite surveillance. Des militaires en faction quadrillent toute la zone autour du palais présidentiel.
Les frontières terrestres, aériennes et maritimes, fermées mercredi, ont été rouvertes jeudi, signe d'une certaine stabilité malgré le coup d'Etat.
Les militaires ont ensuite annoncé jeudi l'interdiction de "toute manifestation" et la levée du couvre-feu instauré la veille.
- Elections suspendues, transition d'un an
La transition - censée durer un an selon les militaires - sera dirigée par le général Horta N'Tam, jusqu'ici chef d'état-major de l'armée de terre, et qui dirige également désormais le Haut commandement pour la Restauration de l'ordre, mis en place par les putschistes.
Le général N'Tam est considéré comme ayant été proche ces dernières années du président Embalo.
Les militaires ont nommé comme chef d'état-major des Armées, le général Tomas Djassi, précédemment chef d'état-major particulier du président Embalo.
Mercredi, les militaires ont expliqué avoir été "poussés à le faire (le putsch, NDLR)" pour garantir la "sécurité au niveau national et rétablir l'ordre". Ils ont évoqué la découverte par les "renseignements généraux" d'un "plan visant à déstabiliser le pays avec l'implication des barons nationaux de la drogue".
Ces renseignements généraux "ont confirmé l'introduction d'armes dans le pays pour changer l'ordre constitutionnel", selon les militaires.
- Doutes et zones d'ombre
Dans les heures qui ont suivi le coup d'Etat, le président Embalo était joignable par téléphone et a pu parler à des médias internationaux alors qu'il était aux mains des militaires auteurs du putsch.
Des membres de la diaspora bissau-guinéenne et des chercheurs s'interrogent sur les motifs réels de cette prise de pouvoir, qui pourrait en réalité bénéficier au président renversé.
Selon des chercheurs interrogés par l'AFP, des résultats provisoires non-vérifiés qui circulaient avant le putsch donnaient le candidat de l'opposition, Fernando Dias, largement vainqueur de la présidentielle.
Ce coup d'Etat pourrait "viser à empêcher la prise de pouvoir par le candidat de l'opposition" M. Dias, a indiqué à l'AFP un chercheur ouest-africain spécialiste de la Guinée-Bissau ayant requis l'anonymat. "C'est le scénario idéal pour M. Embalo qui pourrait, suite à des négociations, être libéré et éventuellement se repositionner pour les prochaines élections", poursuit ce chercheur.
La directrice de l'Observatoire des économies illicites en Afrique de l'Ouest (Gi-Toc), Lucia Bird, abonde en ce sens: "Si les résultats préliminaires circulant à Bissau sont corrects, la personne qui aurait le plus à perdre à ce que les résultats des élections soient annoncés et confirmés est le président (Embalo) lui-même".
Selon elle, "il semble peu probable que des trafiquants de drogue tirent profit d'une intervention militaire", écartant cette justification des putschistes.
De son côté, le porte-parole du collectif Firkidja di Pubis, un mouvement civique de la diaspora bissau-guinéenne, Yussef Gomes, estime qu'il "s'agit d'un coup inventé". Il a "pour objectif fondamental de mettre un terme à un processus électoral qui allait démontrer de façon claire la défaite copieuse d'Umaro Sissoco Embalo", affirme-t-il.
- Des élections sans le parti historique
Le parti historique PAIGC, ayant mené à l'indépendance de la Guinée-Bissau, avait été recalé à ces élections présidentielle et législatives, pour dépôt tardif de dossier.
Fernando Dias, devenu lors de ce scrutin présidentiel le principal adversaire de M. Embalo, avait reçu le puissant soutien du principal opposant et leader du PAIGC Domingos Simoes Pereira.
Les camps du président Embalo, au pouvoir depuis 2020, et de Fernando Dias, avaient chacun revendiqué la victoire mardi.
bur-tsc-mrb-els/lp/cpy
A.Ruegg--VB