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Les Balkans encore hantés par leur passé ? Une exposition pour sortir du "labyrinthe"
La fin du XXe siècle, marquée en ex-Yougoslavie par la guerre, la crise et la mafia, inspire une exposition à Belgrade qui emmène dans un "labyrinthe des années 90" pour sortir du passé sombre qui hante encore les Balkans.
L'exposition, qui a ouvert en juin, met en parallèle l'effondrement d'un pays prospère qui plonge dans les conflits armés, et l'optimisme du reste du monde après des années de guerre froide. Une décennie marquée par la révolution numérique, l'explosion de la pop-culture, le règne de Madonna, les tubes de Michael Jackson ou Nirvana... et le massacre de Srebrenica, les bombardements et le siège de Sarajevo.
"Le labyrinthe des années 1990" s'ouvre avec un montage vidéo rassemblant les génériques des émissions les plus populaires, des clips, et des extraits de discours de Slobodan Milosevic, le président de la Serbie puis de la Yougoslavie d'alors.
Un peu plus loin, les symboles nationalistes remplacent les socialistes : noms de rue, monuments, drapeaux ... pour finir sur une vidéo de chefs paramilitaires chantant au beau milieu d'une émission de divertissement.
"Ça me donne envie de pleurer", explique, visiblement bouleversée Vasna Latinovic, 63 ans. "On a tellement oublié ... à quel point ce fut intense, dramatique, combien de vies ont été touchées, et combien de vies ont été tragiquement perdues".
A partir de 1991, la Yougoslavie a sombré dans le pire conflit sur le territoire européen depuis la deuxième guerre mondiale. En dix ans, plus de 130.000 personnes sont mortes, des millions ont dû fuir leur foyer, et 11.000 sont encore disparues aujourd'hui.
Les images du siège de Sarajevo, de la population civile prise au piège, des camps de concentration et des files de réfugiées hantent les visiteurs comme elles ont hanté la région ces 30 dernières années.
Sur un mur, des billets de banques couverts de zéro, des images des grèves ouvrières ou de policiers posant avec une danseuse nue rappellent l'inflation, la crise économique et l'atmosphère de décadence.
- Sortie -
"Nous avons, littéralement, construit un labyrinthe pour pousser la métaphore - pour montrer que nous sommes entrés dans un labyrinthe dans les années 1990 dont nous n'avons toujours pas trouvé la sortie", explique l'une des curatrices de l’exposition, l'historienne serbe Dubravka Stojanovic.
Au cœur du dispositif narratif, l'année 1995 - une année pivot pour l’ex-Yougoslavie, marquée notamment par le massacre de Srebrenica - 8.000 hommes et adolescents musulmans abattus par les forces séparatistes serbes. Un génocide pour la justice internationale.
Tandis qu'ici des frontières étaient dessinées dans le sang, à l'ouest la même année, l'espace Schengen naissait - effaçant celles qui séparaient les pays membres.
"C'était complètement absurde... Et ces guerres n'ont apporté que de la souffrance aux innocents, tandis que les responsables n'ont jamais réellement été tenus pour responsables", dit Cedomir, 39 ans, en quittant l'exposition.
Trente ans plus tard, aucun de ceux qui ont été impliqués dans la guerre - qu'ils soient chefs d'Etats de pays membres de l'UE ou de pays aspirant à l'être, ne reconnaît les crimes commis.
"Dans chaque pays, on observe la même chose : personne ne parle de sa propre responsabilité, seulement de celle des autres. Cela rend toute réconciliation impossible", regrette Dubravka Stojanovic.
"Mais tout labyrinthe se doit d'avoir une sortie", ajoute-t-elle avec optimisme. "Et cette exposition vise justement à aider les gens à chercher et à trouver cette sortie".
Le labyrinthe comprend donc une salle dédiée aux héros — ceux qui ont refusé de participer à la guerre — et une salle en hommage aux médias indépendants et aux militants pacifistes.
Les créateurs de l'exposition ont aussi tenu à montrer les moments de joie au milieu de l'obscurité : nager sous un pont bombardé, danser dans une rave party organisée au milieu des décombres, ou encore des messages d'espoir comme ce "L'amour nous sauvera" graffé sur un mur de Zagreb, en Croatie, pendant la guerre.
"Peu importe la religion, la nationalité ou l'affiliation politique, l'amour ne connaît pas de frontières", a laissé, dans le livre d'or de l’exposition, Sofia, venue de Skopje en Macédoine du Nord.
"Le Labyrinthe des années 90" a déjà été présenté à Sarajevo, et dans la capitale monténégrine, Podgorica, et doit aussi passer en Croatie et en Slovénie.
P.Vogel--VB