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De retour d'Iran, des Pakistanais racontent leurs "nuits d'horreur" sous les tirs israéliens
De la fenêtre de sa cité universitaire, Mohammad Hassan a vu drones, missiles et explosions déchirer le ciel de Téhéran. Après cinq nuits d'"horreur" sous les frappes israéliennes, il est enfin de retour chez lui, au Pakistan voisin de l'Iran, en sécurité.
"J'étais dans le centre-ville, là où la plupart des frappes ont eu lieu. Il y en a même une qui a atteint l'un des dortoirs d'étudiants, heureusement personne n'a été tué mais des camarades ont été blessés", raconte à l'AFP ce doctorant de 35 ans qui avait rejoint cette année la faculté des Beaux-arts de la prestigieuse Université de Téhéran.
"On a vécu des jours et des nuits d'horreur: quand tu entends les sirènes, tu sais que tu es en danger car les missiles arrivent et si tu jettes un oeil dehors, tu vois les drones, les missiles et leurs traînées de feu dans le ciel", poursuit l'homme, visiblement soulagé mais les traits tirés.
Mohammad Khalil, ingénieur pétrolier de 41 ans, a lui aussi quitté Téhéran il y a trois jours, alors que la capitale de la République islamique prenait des airs de ville fantôme, dit-il, entre habitants confinés dans leurs maisons et familles prenant la route.
"J'ai vu les gens qui partaient de la ville à bord de tous les véhicules disponibles en emportant juste le nécessaire avec eux", raconte-t-il à l'AFP après avoir traversé le poste-frontière de Taftan, à la pointe sud-ouest du Pakistan, aux confins des Baloutchistan iranien et pakistanais.
Le Pakistan et l'Iran entretiennent des relations diplomatiques en dents de scie --il y a un peu plus d'un an, les deux pays bombardaient le territoire du voisin assurant poursuivre des rebelles y trouvant refuge pour attaquer son sol. Mais ils n'ont jamais cessé leur coopération universitaire, commerciale et touristique.
- "Drones, lumières rouges, immeuble en feu" -
Les consulats iraniens à travers le Pakistan multiplient les opérations de promotion de leurs universités, tandis que les 25 à 35 millions de chiites pakistanais espèrent tous aller au moins une fois dans leur vie en pèlerinage sur les lieux saints de cette branche de l'islam en Iran, en tête desquels la ville sainte de Qom.
A l'Université de Téhéran, sur plus de 40.000 étudiants, 500 au moins étaient Pakistanais, assure Mohammad Hassan. Et tous sont en cours de rapatriation.
Depuis le début des violences, plus d'un millier de Pakistanais sont rentrés au pays, selon des responsables.
Abdul Ghani Khan, qui vend des équipements médicaux dans sa ville de Peshawar, dans le nord-ouest du Pakistan, va lui aussi régulièrement en Iran pour s'approvisionner.
Il était à Téhéran depuis une semaine quand les premiers missiles israéliens sont tombés vendredi dernier, créant une spirale de violence qui fait redouter une guerre régionale et met dans une position inconfortable le Pakistan, unique puissance nucléaire musulmane au monde qui, comme l'Iran, ne reconnaît pas Israël, mais est également un grand allié de Washington.
"On a vu les drones, les lumières rouges des défenses aériennes et même un immeuble en feu", assure l'importateur Abdul Ghani Khan.
Mohammad Asif, avocat à Lahore, la grande ville de l'Est pakistanais frontalier de l'Inde, lui, a entendu parler des frappes aériennes alors qu'il était en pèlerinage à Qom.
"On a vu les visages des Iraniens: ils n'avaient pas peur", assure-t-il, "donc on a continué notre pèlerinage à Machhad", connue pour le sanctuaire aux dômes dorés de l'imam Reza, le site le plus sacré d'Iran pour les chiites.
- Explosions et réseau coupé -
Mais, dimanche, l'armée israélienne a frappé l'aéroport de cette ville, la troisième plus grande d'Iran.
A ce moment-là, Samreen Ali priait dans une mosquée. Cette Pakistanaise de 46 ans, déjà venue neuf fois en pèlerinage en Iran, n'imaginait pas une guerre possible.
"J'ai entendu deux explosions et j'ai réalisé que quelque chose se passait, des gens se sont mis à chuchoter entre eux", raconte-t-elle à l'AFP depuis sa maison à Karachi, dans le sud côtier.
A partir de là, poursuit-elle, "on ne recevait plus les messages sur nos téléphones normalement, j'ai eu l'impression que les communications étaient bridées à cause de la guerre", poursuit-elle, le visage barré du sourire qu'elle arbore depuis qu'elle est rentrée au pays.
Elle ne devait rentrer chez elle que dimanche prochain, mais sur les conseils de sa famille inquiète au Pakistan et du consulat sur place, elle a repris le chemin de retour plus tôt que prévu avec son mari et leur fils de 15 ans.
Elle a dû avaler par la route le millier de kilomètres pour rallier la frontière pakistanaise, car l'espace aérien iranien est désormais bloqué par les projectiles et autres drones qui occupent les cieux.
Syed Saqib, 46 ans, était lui aussi à Qom quand tout a commencé. Il a d'abord roulé 500 kilomètres en bus vers Yazd, plus au sud.
Puis "il a fallu prendre des routes alternatives, attendre toute une nuit dans une gare routière, et enfin nous avons pu monter dans des bus pour Zahedan", proche de la frontière avec le Pakistan.
Et enfin Taftan, raconte-t-il, visiblement heureux d'avoir franchi la porte de fer qui sépare son pays de son voisin désormais en guerre.
H.Gerber--VB