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Merz prend les rênes de l'Allemagne face à l'ouragan Trump
Le conservateur Friedrich Merz doit être investi mardi chancelier d'une Allemagne fragilisée par les coups de boutoir de Donald Trump, et obligée de se réinventer sous la menace d'une forte progression de l'extrême droite.
Attendu avec espoir en Europe, le vainqueur sans gloire des élections législatives de fin février, qui proclame que "l'Allemagne est de nouveau sur les rails", affronte des défis énormes.
Il prend les rênes de la première économie européenne à un moment de basculement géopolitique, où l'Europe cherche à s'affranchir de la tutelle militaire d'un allié américain devenu imprévisible et où l'Allemagne fait du sur-place économique depuis 2018.
Dès 09H00 (07H00 GMT), la nouvelle chambre des députés compte élire à la tête du gouvernement le chef de l'Union chrétienne-démocrate (CDU). Cet avocat de formation, âgé de 69 ans, est un vieux routier de la politique allemande mais qui n'a jamais occupé de poste exécutif.
Sous la coupole du Reichstag, faire le plein des voix de son camp et des sociaux-démocrates (SPD), avec lesquels il a définitivement scellé lundi un contrat de coalition, lui suffira pour rallier la majorité absolue des 630 élus.
Il sera dans la foulée confirmé 10e chancelier de l'Allemagne moderne par le président Frank-Walter Steinmeier, qui le recevra au palais présidentiel de Bellevue.
Une nomination aux airs de revanche pour Friedrich Merz, écarté du pouvoir au début des années 2000 par sa rivale conservatrice Angela Merkel, ce qui l'avait amené à se retirer de la politique.
- Ere d'"incertitude" -
Il prendra le relais du social-démocrate Olaf Scholz, sévèrement battu en février après l'effondrement de sa coalition sur fond de divergences devenues insurmontables sur les priorités budgétaires.
Lundi, Friedrich Merz a lui promis de "faire avancer" l'Allemagne en ces temps "de grande incertitude".
En haut de ses priorités: "redonner sa fierté" au pays, confronté à une crise profonde de son modèle industriel, que la guerre commerciale de Donald Trump pourrait aggraver. Il a promis un nouveau "leadership" en Europe, qui passe par un resserrement des liens avec Paris mais aussi Varsovie.
Pour l'incarner, il effectuera - comme ses prédécesseurs - sa première visite à l'étranger dans la capitale française, où il sera reçu dès mercredi par Emmanuel Macron. Et se rendra ensuite en Pologne.
Partisan d'un soutien sans faille à l'Ukraine, le nouveau chancelier s'est dit ouvert, sous conditions, à la livraison de missiles longue portée Taurus à Kiev, malgré les menaces de la Russie.
Friedrich Merz a aussi marqué les esprits en annonçant dès mars un programme de dépenses inédit de plusieurs centaines de milliards d'euros pour réarmer et moderniser une Allemagne en récession depuis deux ans. Il a pour cela assoupli les règles budgétaires nationales très strictes.
Parmi les chantiers prioritaires, la remise à niveau de l'armée nationale, à la fois pour assurer la défense du pays et sa contribution à l'Otan, mais aussi des infrastructures aussi essentielles que les routes et écoles, en mauvais état après des années de sous-investissement.
- L'ombre de l'AfD -
Sur le plan intérieur, Friedrich Merz va devoir rapidement tenir ses promesses. Car certaines enquêtes placent l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) devant son parti CDU.
Il entend pour inverser la tendance se montrer dur sur l'immigration.
Lundi, il a évoqué un "devoir historique de mener cette coalition vers le succès", alors que l'extrême droite parie, elle, sur un échec pour gagner les prochaines élections législatives de 2029.
En pleine crise géopolitique, le conservateur va "courir un marathon sur une corde raide," commente le politologue et auteur Michael Bröning, mettant en garde contre le "moindre vacillement" sur lequel pourrait "se jeter l'extrême droite."
Son succès dépendra aussi de l'alignement des vues avec les alliés sociaux-démocrates sur la politique migratoire ou économique.
Avec les portefeuilles des Finances, revenu à Lars Klingbeil, et de la Défense où reste le sortant Boris Pistorius, le parti social-démocrate a les moyens de peser sur la politique du prochain gouvernement.
P.Keller--VB