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Salvador: le président Bukele fier de son alliance de la "poigne de fer" avec Trump
Le président du Salvador Nayib Bukele est devenu un partenaire clé du président américain Donald Trump dans sa campagne agressive d'expulsion de migrants, une action dont les deux dirigeants espèrent engranger des bénéfices politiques.
Grâce à une série de vidéos présentant des hommes tatoués entravés par des chaînes et extraits brutalement d'avions, M. Bukele s'est attiré l'attention et l'admiration du président américain.
"Je remercie le président Bukele, du Salvador, d'avoir accepté les criminels qui avaient été si bêtement autorisés par l'administration de Joe Biden le Corrompu, à entrer dans notre pays, et leur offrir un endroit si merveilleux pour vivre !" a écrit Donald Trump lundi sur sa plateforme TruthSocial.
Le président Bukele a saisi la balle au bond. "Reconnaissant pour vos paroles, Président Trump. En avant, ensemble !", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Washington a notamment expulsé à la mi-mars vers le Salvador 238 Vénézuéliens, que le gouvernement américain accuse d'appartenir au gang vénézuélien Tren de Aragua. Nayib Bukele avait proposé en février de recevoir au Salvador des prisonniers détenus aux Etats-Unis, contre rémunération.
Pour cimenter la relation, les deux hommes se rencontreront à la Maison Blanche ce mois-ci. Le président Bukele a promis d'apporter "plusieurs canettes de Coca light" pour son hôte connu pour sa consommation immodérée de cette boisson.
Pour M. Bukele, accepter le retour de centaines de personnes expulsées des Etats-Unis "consolide son image de dirigeant qui a amélioré la sécurité au Salvador", déclare Diego Chaves-Gonzalez, analyste à l'Institut de politique migratoire, basé à Washington.
- Répression des gangs -
Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, il a pacifié son pays de six millions d'habitants en proie à la violence des gangs.
En se passant des mandats et des procédures normalement requis, il a emprisonné près de 2% de la population et réduit le taux d'homicide de plus de 6.500 par an à seulement 114, selon les chiffres officiels.
La sécurité reste le pilier de la politique de la "poigne de fer" qui fait du président Bukele l'un des dirigeants les plus populaires de la planète, avec un taux d'approbation de plus de 85%.
L'accueil des personnes expulsées par M. Trump à la méga-prison de CECOT au Salvador n'a pas seulement fait de M. Bukele un ami de la Maison Blanche, mais a également permis au président de 43 ans de mettre en pleine lumière la méga-prison de 40.000 détenus.
Les murs austères en béton de l'immense établissement et l'armée de gardes masqués ont été largement mis en avant dans les vidéos produites par le gouvernement de M. Bukele.
La secrétaire à la Sécurité intérieure de Donald Trump, Kristi Noem, a même visité le CECOT, posant devant une cellule bondée d'hommes apparemment apathiques et recouverts de tatouages.
- "Propagande" -
Pour certains analystes, ce qui compte, c'est la violence de telles images. Les présidents Bukele et Trump ont publié quantités de photos de prisonniers enchaînés, tondus et malmenés tout en rejetant les objections des juges et de leurs opposants.
En ce sens, Trump semble faire écho à l'imagerie politique de son homologue salvadorien pour séduire sa propre base d'électeurs américains.
"C'est le signe que Trump s'intéresse à la propagande de la 'poigne de fer' et au contournement des décisions judiciaires", a déclaré l'analyste politique salvadorien Napoléon Campos.
Selon un récent sondage de CBS, 53% des électeurs, et une majorité écrasante de républicains, approuvent la gestion de l'immigration par Donald Trump.
Une politique qui toutefois connaît des ratés, comme cette "erreur administrative" ayant conduit à l'expulsion d'un Salvadorien résidant légalement aux Etats-Unis, rapatrié le mois dernier à bord d'un vol qui transportait des centaines de personnes accusées d'être affiliées à la pègre.
Abrego Garcia avait été accusé en 2019 de faire partie d'un groupe mafieux, mais la justice américaine l'avait ensuite blanchi et avait pourtant interdit son expulsion, au motif qu'il risquait des représailles à son retour dans son pays.
En dehors des bénéfices politiques, les gains économiques ne sont pas négligeables pour le président du Salvador. Son gouvernement a reçu six millions de dollars pour la prise en charge des personnes expulsées par Washington, un montant que M. Bukele a décrit comme "une somme très basse pour eux, mais élevée pour nous".
Il a également reçu plus de 20 membres prétendument haut placés du gang le plus notoire du Salvador, le MS-13, qui étaient détenus aux États-Unis.
M. Bukele a affirmé que cela aiderait à "finaliser la collecte de renseignements et à pourchasser les derniers vestiges du MS-13, y compris ses anciens et nouveaux membres, l'argent, les armes, la drogue, les caches, les parrains".
Il y a aussi la promesse d'investissements américains au Salvador, un pays dont le revenu par habitant est encore comparable à celui de l'Irak ou de l'Ukraine.
Lorsqu'il se rendra à la Maison Blanche ce mois-ci, Bukele espèrera donc plus que des paroles chaleureuses en récompense de son soutien.
I.Stoeckli--VB