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Dans le nord de l'Égypte, des enfants de Gaza retrouvent le chemin de l'école
Dans la péninsule du Sinaï égyptien, Hadeel Zourob accueille des dizaines d'élèves de Gaza dans la seule école palestinienne de la région, qu'elle a créée pour ces enfants déplacés par la guerre.
"Ils ont fui vers l'Égypte et se sont retrouvés ici sans école ni accès à l'éducation", explique cette enseignante d'une trentaine d'années, elle-même déplacée par la guerre à Gaza.
Dans la cour, des élèves portant keffiehs ou robes brodées agitent des drapeaux palestiniens lors du rassemblement du matin, avant de se disperser vers les salles de classe.
Les enseignants y distribuent des stylos et des manuels basés sur le programme scolaire palestinien.
Certains élèves se penchent sur des exercices de mathématiques, d'autres, plus jeunes, dessinent et colorient maisons, fleurs et paysages de bord de mer.
Le bâtiment résonne de chants et de rires, des sons qui éloignent brièvement le souvenir d'une guerre encore présente dans tous les esprits.
A al-Arich, ville côtière du nord de la péninsule aux rues poussiéreuses, située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec la bande de Gaza, les réfugiés du territoire palestinien dévasté se comptent par centaines.
Hadeel Zourob est arrivée en avril 2024, six mois après le début de la guerre, déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023. Avec d'autres enseignants, elle a commencé à donner des cours à un petit groupe d'enfants dans un bâtiment loué.
Progressivement, les effectifs ont augmenté, pour atteindre près de 400 élèves âgés de six à 18 ans.
Le soutien de la fondation égyptienne Misr El-Kheir, l'une des plus grandes organisations caritatives du pays, a permis de payer le loyer et les fournitures scolaires.
Aujourd'hui, ce centre, gratuit, est la seule école palestinienne du nord du Sinaï, une région isolée et marginalisée économiquement, qui a longtemps abrité des groupes islamistes radicaux.
- "Conserver l'expérience scolaire" -
Certains des élèves sont arrivés en Égypte pour y suivre un traitement médical et continuent de bénéficier de soins médicaux, notamment de rééducation et de suivi postopératoire.
Les familles vivent désormais dans des appartements mis gratuitement à leur disposition par les autorités égyptiennes en attendant de pouvoir rentrer chez elles.
Enseignant, Hamied Abu Daher explique que l'objectif de l'établissement n'est pas seulement de dispenser des cours, mais aussi d'aider les enfants à se remettre des traumatismes psychologiques liés à la guerre.
"Nous travaillons en équipe pour permettre aux élèves de rattraper ce qu'ils ont manqué et pour les immerger dans l'environnement scolaire", indique-t-il à l'AFP. "Lorsqu'ils retourneront à Gaza, l'atmosphère scolaire ne leur semblera pas étrangère. Ils auront conservé cette expérience."
"Nous espérons que ces enfants pourront réaliser leurs rêves malgré les conditions de vie difficiles et les circonstances tragiques qui nous ont amenés hors de Gaza", confie à l'AFP Ons Shehta, une mère de famille.
Selon l'Unicef, l'Égypte accueille plus de 14.000 enfants gazaouis en âge d'être scolarisés. Mais de nombreuses familles se heurtent à des obstacles administratifs, notamment en matière de permis de résidence, pour accéder aux écoles publiques, selon Human Rights Watch.
Beaucoup peinent aussi à accéder à l'enseignement en ligne en raison du coût de l'accès à Internet et des appareils électroniques.
- Système éducatif en ruines -
A Gaza, après deux ans de guerre, le système éducatif est en ruines : selon les agences de l'ONU, environ 98% des écoles ont été endommagées ou détruites.
Sur 658.000 enfants en âge d'aller à l'école, la quasi-totalité n'a pas eu accès à un enseignement scolaire régulier pendant deux ans ou plus, malgré le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, qu'Israël et le Hamas s'accusent régulièrement de violer.
Les organisations humanitaires et l'ONU s'inquiètent du risque de voir grandir une "génération perdue".
En septembre, des milliers d'enfants ont toutefois retrouvé pour la première fois le chemin de l'école à Gaza.
L'attaque du 7-Octobre a entraîné la mort de 1.221 personnes côté israélien, selon des chiffres officiels israéliens.
Les représailles israéliennes ont fait près de 74.000 morts côté palestinien, selon le ministère de la Santé de ce territoire contrôlé par le Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par les Nations unies.
F.Mueller--VB