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Le parti au pouvoir au Canada tourne la page Trudeau
Le parti au pouvoir au Canada tourne dimanche la page de la décennie Justin Trudeau en élisant un nouveau chef appelé à devenir Premier ministre et à faire face aux menaces de Donald Trump.
Confronté une forte impopularité, M. Trudeau avait annoncé début janvier sa démission du poste de Premier ministre et de chef du parti libéral (centre-gauche), restant aux commandes jusqu'à l'élection d'un successeur.
La date de la passation de pouvoir n'est toutefois pas encore connue et la transition pourrait prendre quelques jours.
Après des mois de chaos politique à Ottawa, Justin Trudeau cède sa place au moment où le pays est confronté, avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, à une crise historique avec son puissant voisin.
Le président américain a lancé une guerre commerciale en imposant de droits de douane sur des produits canadiens et ne cesse de dire qu'il souhaite que le Canada devienne le "51e Etat américain".
Le contexte de l'élection du chef du parti libéral est "complètement inédit car actuellement, la seule question qui préoccupe les Canadiens est de savoir qui est la bonne personne pour affronter Donald Trump", explique Frédéric Boily, professeur à l'Université de l'Alberta.
Mark Carney, ancien directeur de la Banque du Canada et de la Banque d'Angleterre, semble faire la course en tête chez les sympathisants du parti, qui se sont mobilisés en masse.
- "Sérieux" -
Parmi les quatre principaux candidats, il est de loin celui qui a reçu le plus de soutiens et, surtout, qui a levé le plus de fonds.
Il séduit grâce à "son expérience économique et son sérieux" explique Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada.
"Il connaît très bien les systèmes financiers internationaux et les forces et les faiblesses de l'économie canadienne", ajoute-t-elle.
Cet homme de 59 ans, qui a aidé le Canada à surmonter la crise financière de 2008 avant d'être le premier non Britannique à la tête de la banque d'Angleterre en plein Brexit, a basé toute sa campagne sur son expérience dans la gestion des tempêtes.
"Le Canada est confronté à l'une des crises les plus graves de son histoire. Je sais comment gérer les crises et comment construire des économies fortes", a récemment déclaré Mark Carney.
Il est cependant un novice en politique et sa maîtrise du français, importante dans ce pays officiellement bilingue, a suscité des critiques alors que le Québec est une province qui compte lors des élections.
Sa principale adversaire, Chrystia Freeland, est l'ancienne ministre des Finances de M. Trudeau, qui avait quitté le gouvernement avec fracas, affichant ses désaccords sur la façon de gérer les attaques de Donald Trump.
La dirigeante de 56 ans a prévenu que le président américain posait "le défi le plus grave auquel notre pays ait été confronté depuis la Seconde Guerre mondiale" et rappelé qu'elle avait négocié le dernier traité de libre-échange avec la première administration Trump.
- "Crise unique" -
Le candidat qui sortira vainqueur dimanche sera chargé de mener son parti pour les futures élections législatives, qui doivent avoir lieu au plus tard en octobre.
Les analystes estiment qu'elles pourraient être déclenchées par le nouveau Premier ministre dans les semaines qui viennent. Car les libéraux, qui affichaient plus de 20 points de retard en janvier dans les intentions de vote, sont aujourd'hui au coude-à-coude avec les conservateurs.
Jusqu'ici, les électeurs canadiens semblaient rejeter des libéraux usés et impopulaires après bientôt dix ans au pouvoir et jugés responsables de la forte inflation, de la crise du logement et des services publics.
"C'est une crise unique, et on n'en connaît pas l'ampleur ni la longueur. Aujourd'hui, le tiers des Canadiens voit les Etats-Unis comme un pays ennemi, c'est historique et cela créé des bouleversements considérables dans la façon dont les Canadiens pensent", analyse le sondeur Jean-Marc Léger.
Dans cette recherche de la personne idoine pour affronter Donald Trump, le conservateur Pierre Poilievre avait le vent en poupe ces derniers mois mais il semble perdre du terrain.
Jugé trop proche du président américain par une partie des électeurs, de par son style et certaines de ses idées, ce quadragénaire est désormais moins en vue dans un paysage politique totalement nouveau.
A.Ruegg--VB