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La méthode Bayrou: des poids lourds en première ligne, un Premier ministre en surplomb
Par pragmatisme ou pour limiter les risques, François Bayrou assume de rester en retrait des négociations sur le budget, laissant ses poids lourds à la manœuvre pour tenter d'obtenir une non-censure de la gauche sans froisser ses partenaires de la droite et du centre.
C'est le Premier ministre qui arbitrera néanmoins les choix budgétaires susceptibles d'éviter une censure des socialistes, qui devraient figurer dans sa déclaration de politique générale mardi.
A défaut d'avoir pu faire entrer dans le gouvernement des ministres socialistes, François Bayrou a nommé des "poids lourds" qui ont une "histoire" avec la gauche, explique une source gouvernementale, dont Eric Lombard (Economie), un ancien banquier à la fibre rocardienne, qui a piloté l'essentiel des discussions.
François Bayrou entend les laisser s'exprimer dans les médias et ne relira pas leurs interviews comme c'est d'usage, parce que c'est "infantilisant", explique-t-on à Matignon.
Au risque de réveiller des compétitions mortifères en vue de la présidentielle, comme celle entrevue dans les expressions multiples des ministres Bruno Retailleau (Intérieur, LR) et Gérald Darmanin (Justice, Renaissance), bien que ces derniers s'en défendent.
- "Un pas vers l'autre" -
Pour le budget, c'est Eric Lombard et sa collègue du Budget Amélie de Montchalin, et non le Premier ministre, qui ont reçu tour à tour les groupes parlementaires, et à deux reprises les représentants socialistes, sans les voix desquelles les députés LFI et du Rassemblement national ne peuvent pas faire tomber le gouvernement.
Catherine Vautrin, en charge du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, a elle aussi entendu les forces politiques.
Le ministre de l'Economie remettra, avec ses collègues, samedi soir à François Bayrou la "synthèse" de ce dialogue qui d'après lui "permettra d'avancer" sur le budget 2025.
Eric Lombard "sait faire dans les négos", souligne un de ses amis, ancien ministre macroniste, même si "ce n'est pas la même chose de négocier un accord politique et un closing bancaire".
Concernant la méthode Bayrou, un ancien député MoDem défend le "pragmatisme" du Béarnais car sur "quelques points", les Français "ne sont ni de droite ni de gauche".
Une ancienne ministre macroniste salue, elle, la démarche de "laisser les ministres y aller", sans "esbroufe", en "respectant" le Parlement.
François Bayrou a échangé de son côté avec les partenaires sociaux, qui se sont entretenus également avec M. Lombard. Une méthode qui diffère d'Emmanuel Macron, accusé de contourner les corps intermédiaires et d'oublier la gauche.
"Jamais je n’abandonne l’idée que des gens, même très différents, acceptent de faire un pas l’un vers l’autre. C’est la condition même du redressement et de la reconstruction", a-t-il affirmé vendredi soir lors de la présentation de ses voeux à Pau, ville dont il est resté maire.
- "Responsabilité" -
Le Premier ministre a préparé le terrain de ces concertations. "Il a compris ce que Barnier n'avait pas réussi. Il a pris contact avec tout le monde, très en amont", alors qu'il avait été reproché à Michel Barnier de ne pas avoir reçu assez tôt les socialistes et le RN, fait valoir une source parlementaire.
"C'est pas idiot de discuter en amont avec ceux qui ont les moyens de vous censurer plutôt que de les voir en dernier et de les braquer", ajoute cette source.
Le chef du gouvernement s'appuie par ailleurs au Parlement sur deux piliers de sa famille politique, le ministre des Relations avec le Parlement Patrick Mignola et le président du groupe MoDem, qui a déjà occupé ce ministère, Marc Fesneau.
Rester en surplomb lui permet en outre de ne pas écorner son image, alors que seuls 20% des Français lui font confiance, un niveau très éloigné de ceux enregistrés par ses prédécesseurs à leurs débuts à Matignon, selon un sondage Elabe.
Eric Lombard a salué vendredi soir "l'esprit de responsabilité" des socialistes.
"Sur le terrain, les gens disent avoir besoin de stabilité et d’un budget. La gauche ne peut pas ne pas entendre ce son de cloche", soutient un ministre macroniste.
Si les discussions aboutissent à un accord avec le PS, il restera à convaincre les macronistes et la droite.
Mais même si le groupe macroniste est opposé à une éventuelle suspension de la réforme des retraites, le "risque est faible" qu'il vote la censure, selon la source parlementaire.
Gabriel Attal pour les députés macronistes et Laurent Wauquiez au nom des Républicains "ne vont pas s'opposer au fait qu'il y ait un budget, ils ne vont pas s'opposer à la loi agricole, ils ne vont pas s'opposer à Mayotte", fait valoir cette source.
Un ancien ministre du camp présidentiel estime qu'"il y aura moins d'impatience" chez les macronistes à voir tomber Bayrou.
R.Buehler--VB