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Musk projette son influence en Europe, toujours au profit de la droite dure
Il réclame de nouvelles élections au Royaume-Uni, appuie l'extrême droite allemande, étrille la Commission européenne... Elon Musk projette son influence politique en Europe, toujours au profit de la droite dure et, selon les experts, en gardant en tête ses intérêts économiques.
"Starmer doit partir et il doit être poursuivi par la justice", a écrit vendredi sur son réseau social X le multimilliardaire, aujourd'hui doté d'une influence aussi puissante qu'inédite aux Etats-Unis grâce à sa proximité avec le président élu Donald Trump.
Le Premier ministre britannique, le travailliste Keir Starmer, est la dernière cible en date dans une véritable campagne menée par le fondateur de Tesla et SpaceX outre-Atlantique, en utilisant sa plateforme comme une chambre d'écho, ainsi qu'il l'a fait pendant la campagne électorale américaine.
Il a réclamé la libération de l'activiste d'extrême droite britannique Tommy Robinson et soutient le parti anti-immigration Reform UK, dont il a récemment rencontré le chef, Nigel Farage.
Elon Musk, qui a amplifié la virulente rhétorique antimigrants de Donald Trump pendant la campagne présidentielle américaine, multiplie aussi les messages sur une vaste affaire d'exploitation sexuelle de jeunes filles dans le nord de l'Angleterre, dont la plupart des responsables étaient des hommes originaires du Pakistan.
Sur ce sujet, le ministre britannique de la Santé, Wes Streeting, lui a reproché vendredi des critiques basées sur "des erreurs de jugement et certainement mal informées".
- Hongrie, Roumanie, Italie -
Comme aux Etats-Unis, Elon Musk est une figure de plus en plus populaire auprès des jeunes hommes britanniques, selon l'institut de sondages Savanta.
"Les perceptions du succès et de la richesse d'une part et de la politique d'autre part se mêlent toujours plus", constate le directeur de la recherche politique de cette société, Chris Hopkins, auprès de l'AFP.
"Musk n'est plus seulement un commentateur très critique de la vie politique britannique mais un acteur de premier plan", écrit pour sa part le chroniqueur Patrick Maguire vendredi dans le Times.
Elon Musk a rencontré le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, figure incontournable de la droite radicale, lorsque ce dernier a rendu visite à Donald Trump en Floride début décembre.
L'hyperactif homme d'affaires est par ailleurs accusé d'ingérence par le gouvernement allemand en raison de son soutien vigoureux au parti d'extrême droite AfD à l'approche d'élections législatives.
Elon Musk participera le 9 janvier à une conversation avec la dirigeante de cette formation, Alice Weidel, sur X.
L'entrepreneur de 53 ans, qui n'a pas de rôle officiel dans le futur gouvernement Trump mais a été chargé d'une mission sur la réduction de la dépense publique, a également traité de "dictateurs" les juges constitutionnels ayant annulé récemment l'élection présidentielle en Roumanie, sur fond de suspicions d'ingérence russe en faveur du candidat nationaliste Calin Georgescu.
Elon Musk soutient enfin avec enthousiasme la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dirigeante la plus à droite du pays depuis 1945, laquelle le tient pour un "génie".
- Politique et business -
Les initiatives politiques de l'homme le plus riche du monde sont intimement liées à ses intérêts économiques, soulignent les experts.
Pour Elon Musk comme pour Donald Trump, "la démocratie, le débat, les désaccords, l'Etat-providence sont des obstacles au business", estime Ilan Kapoor, professeur à l'université York de Toronto, connu pour ses recherches critiques sur le néo-libéralisme.
"Ils voient de manière positive les formes de gouvernement autoritaires, dont ils pensent qu'elles peuvent fonctionner de manière plus efficace", ajoute-t-il, tout en soulignant une "contradiction, puisque (l'homme d'affaires et le président élu) ont besoin d'une forte puissance étatique pour leur programme sécuritaire".
L'entrepreneur a aussi critiqué la Commission européenne, en qualifiant le fonctionnement de l'Union européenne d'anti-démocratique" et en réclamant un rôle accru du Parlement européen.
L'exécutif européen a pris le réseau social X dans son viseur. Accusée de "tromper" les utilisateurs avec ses coches bleues censées certifier des sources d'information dignes de confiance, la société risque de lourdes amendes.
Une ancienne commissaire européenne, Vera Jourova, était allée jusqu'à qualifier Elon Musk de "promoteur du mal" dans un entretien avec Politico en octobre dernier.
Dans un article publié le 17 décembre, deux chercheurs du Conseil européen pour les relations étrangères (ECFR), Jose Ignacio Torreblanca et Giorgios Verdi, prédisaient qu'Elon Musk "pourrait utiliser sa plateforme pour mobiliser les citoyens et les partis d'extrême droite afin de faire grimper le coût politique pour les responsables européens décidés à poursuivre l'offensive" contre X.
K.Hofmann--VB