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L'UE veut afficher son soutien à Kiev, Orban ne lâche rien
Les dirigeants européens ont affirmé jeudi à Bruxelles leur volonté d'envoyer un message de soutien politique et économique à l'Ukraine, mais l'unanimité nécessaire à un accord s'annonce difficile face au Hongrois Viktor Orban qui juge prématuré d'ouvrir des négociations d'adhésion avec Kiev.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky assure que son pays a rempli toutes les conditions réclamées par Bruxelles pour lancer le processus et attend avec impatience un message des Européens, au moment où les signaux négatifs venus de Washington se multiplient.
"Il n'y a aucune raison de discuter quoi que ce soit, car les conditions n'ont pas été remplies", a lâché, dès le début d'un sommet de deux jours à Bruxelles, le dirigeant nationaliste Viktor Orban, qui s'oppose aussi à un soutien budgétaire de 50 milliards d'euros pour l'Ukraine.
"Nous devons revenir sur ce sujet plus tard", a-t-il poursuivi, évoquant, sans s'engager plus avant, l'échéance de mars fixée par la Commission européenne.
Depuis des semaines les nuages s'accumulent au-dessus de l'Ukraine. Sa contre-offensive militaire n'a pas produit de percée décisive et l'aide occidentale, indispensable à l'effort de guerre, est bloquée. Et sans cette aide, "bien sûr, on ne peut pas gagner", a rappelé mercredi à Oslo Volodymyr Zelensky.
Au moment même où débutait le sommet crucial de Bruxelles, le président Vladimir Poutine assurait, depuis Moscou, que la Russie était suffisamment en confiance pour "aller de l'avant" malgré les sanctions économiques, le conflit en Ukraine et la confrontation avec les Occidentaux.
La paix passe par la "dénazification" et la "démilitarisation" de l'Ukraine, a-t-il martelé.
Pour le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, "la continuation et la hausse" de l'aide à l'Ukraine est une "question existentielle" pour l'UE.
"L'unité (de l'UE) est la clé", a insisté en écho la présidente du Parlement européen Roberta Metsola.
- Que cherche Orban? -
Encore faut-il savoir ce que le Premier ministre hongrois, souvent seul contre tous, entend cette fois obtenir.
"Nous ne sommes pas ici pour offrir quelque chose à Orban", a tonné le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. "Nous allons travailler dur" pour trouver une solution, a-t-il ajouté, sans autres précisions sur les contours d'un possible compromis.
La Hongrie réclame de l'Union européenne qu'elle débloque tous les fonds lui revenant mais qui ont été gelés en raison de manquements à l'Etat de droit.
Elle a obtenu mercredi le déblocage de dix milliards d'euros, après une décision de la Commission européenne qui a provoqué la colère d'eurodéputés. Plusieurs d'entre eux ont dénoncé la faiblesse de Bruxelles face au "chantage" du Premier ministre hongrois.
Le dirigeant hongrois cédera-t-il finalement à la pression de ses partenaires européens, comme il l'a déjà fait dans le passé, après avoir obtenu certaines concessions ?
"Viktor Orban est le dirigeant européen le plus expérimenté" au sein du Conseil européen, qui regroupe les chefs d'Etat ou de gouvernement des 27, explique un responsable européen, sous couvert d'anonymat. "Je pense qu'il sait exactement comment ne pas se retrouver seul dans le coin du ring", isolé de tous les autres pays européens, assure-t-il.
Une solution évoquée par certains diplomates pourrait être de proposer un calendrier offrant des perspectives à Kiev tout en permettant à Budapest de ne pas perdre la face.
La Commission européenne a proposé d'ouvrir en deux temps des négociations d'adhésion avec l'Ukraine: une décision des 27 cette semaine et une deuxième l'an prochain sur le cadre devant fixer ces discussions.
A moins que Viktor Orban ne soit cette fois tenté d'aller jusqu'au bout.
Interrogé mercredi sur un possible "Huxit", une sortie de la Hongrie de l'UE, le Premier ministre a lancé: "Je ne veux pas partir, mais prendre le pouvoir (...) de l'intérieur", en ralliant de plus en plus de pays.
K.Hofmann--VB