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Combats sanglants entre Israël et le Hamas à Gaza avant un vote à l'ONU
Les combats entre l'armée israélienne et le Hamas font rage vendredi à Gaza avant un vote extraordinaire à l'ONU sur un cessez-le-feu, deux mois après l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien qui a déclenché une réplique féroce ayant fait des milliers de morts.
Après une première phase dans le nord du petit territoire palestinien surpeuplé, l'armée israélienne a étendu cette semaine ses opérations jusque dans le sud, où se sont réfugiés près de deux millions de civils.
Dans la vieille ville de Gaza, à Khan Younès, Deir al-Balah, Nuseirat... Les affrontements se poursuivent vendredi dans et autour de plusieurs villes de la bande de Gaza, entre opérations terrestres et bombardements aériens ou navals.
Le bilan des victimes palestiniennes ne cesse de s'alourdir et dépasse 17.000 morts, pour plus de deux tiers des femmes et des mineurs, d'après le ministère de la santé du Hamas.
La guerre a été déclenchée par l'attaque sanglante contre Israël menée le 7 octobre par le Hamas, au cours de laquelle 1.200 personnes ont été tuées selon les autorités israéliennes, et quelque 240 personnes prises en otage.
Dans le nord de Khan Younès (sud), les bombardements de l'armée ont rasé le quartier d'al-Katiba, a constaté un journaliste de l'AFP.
L'armée a dit jeudi avoir découvert un arsenal à l'université al-Azhar à Gaza-ville (nord), et un tunnel qui la reliait à une école "à un kilomètre de là".
Elle a demandé aux habitants de plusieurs localités autour de Gaza d'évacuer plus à l'ouest, avant de nouvelles opérations.
Selon l'ONU, plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées dans le territoire palestinien.
Les blessés continuent d'affluer par dizaines, dont beaucoup d'enfants, comme un Palestinien parvenu en sang dans un hôpital de Khan Younès, qu'un infirmier tentait de réanimer à même son brancard.
"Nous étions dans une zone considérée comme sûre. (...) Après la frappe, nous avons soudain entendu des cris", raconte Mohammed Jaarar, habitant de Khan Younès.
La branche armée du Hamas, au pouvoir à Gaza, a pour sa part revendiqué de nouveaux tirs de roquettes vers Israël, pour l'essentiel interceptées.
- "Vengeance flagrante" -
Des images de Palestiniens en sous-vêtements, les yeux bandés sous la garde de soldats israéliens dans la bande de Gaza, ont été diffusées jeudi par les télévisions israéliennes.
L'armée a dit "enquêter" pour "vérifier qui (parmi eux, ndlr) est lié au Hamas", considéré comme une organisation terroriste par Israël, l'Union européenne et les Etats-Unis, entre autres.
Ezzat al-Risheq, membre du bureau politique du Hamas, a fustigé "une vengeance flagrante, un crime".
Les Etats-Unis, fermes soutiens d'Israël, s'inquiètent de plus en plus des lourdes pertes civiles palestiniennes.
"Il reste impératif qu'Israël fasse de la protection des civils une priorité", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, évoquant un "écart" entre l'intention déclarée et "les résultats".
Des propos appuyés par le président américain Joe Biden dans un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, d'après la Maison Blanche.
"Les choses ne peuvent pas continuer comme elles le sont", a renchéri la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, lors d'une conférence de presse à Dubaï dans le cadre de la COP28.
Au total, 93 soldats israéliens ont été tués dans les combats à Gaza, y compris jeudi le fils de Gadi Eisenkot, ancien chef de l'état-major de l'armée et membre du Cabinet de guerre de Benjamin Netanyahu, selon l'armée.
Sa famille, en larmes, lui a rendu hommage vendredi lors d'une cérémonie d'enterrement.
Les familles d'otages tentent toujours désespérément d'obtenir la libération des 138 personnes encore retenues à Gaza.
Quatre représentants de familles d'otages israéliens se rendent vendredi à Paris, avant Bruxelles et Strasbourg, afin de pousser les Européens à faire pression sur le Qatar, principal médiateur entre les belligérants.
A Jérusalem, les prières musulmanes du vendredi ont eu lieu sous haute surveillance de la police, qui a posé des restrictions d'âge à l'accès de l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, l'un des lieux les plus sacrés de l'Islam.
- "situation catastrophique" -
Israël a imposé depuis le 9 octobre un siège total à la bande de Gaza, qui provoque de graves pénuries d'eau, de nourriture, de médicaments et d'électricité.
Le carburant, nécessaire au fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux et aux équipements de dessalinisation de l'eau, manque aussi.
Jeudi, "69 camions transportant de l'aide humanitaire et 61.000 litres de carburant sont rentrés à Gaza en provenance d'Egypte", a indiqué l'agence des Nations unies chargée de la coordination humanitaire (OCHA), qui juge ces quantités très insuffisantes.
Face à une "situation catastrophique dans la bande de Gaza", le Conseil de sécurité de l'ONU doit se prononcer vendredi sur un appel à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", lors d'un vote à l'issue incertaine.
Le chef de l'ONU, Antonio Guterres, a invoqué l'article 99 de la Charte des Nations unies qui permet au secrétaire général d'"attirer l'attention du Conseil" de sécurité sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationale", une première depuis des décennies.
Depuis le début de la guerre, le Conseil a réussi à adopter une résolution qui appelait à des "pauses et couloirs humanitaires" à Gaza, mais pas à un "cessez-le-feu", auquel les Etats-Unis s'opposent à ce stade.
- Cisjordanie et Liban -
Hors de Gaza, les violences se poursuivent aussi en Cisjordanie occupée, où les forces israéliennes ont tué par balles vendredi six Palestiniens dans un camp de réfugiés, a rapporté le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne.
Au moins 264 Palestiniens ont été tués par des forces ou des colons israéliens depuis le 7 octobre, selon l'Autorité palestinienne.
La guerre a aussi ravivé les tensions à la frontière entre Israël et le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah libanais, allié du Hamas.
"Nous pensons qu'il va y avoir une guerre ici. Nous savons qu'il y en aura une. Et pour cela, nous sommes tous inquiets et nous préparons", a confié à l'AFP Efi Dayan.
Benjamin Netanyahu a averti le mouvement chiite libanais Hezbollah jeudi que s'il "choisit de déclencher une guerre totale, il transformera par sa faute Beyrouth et le sud du Liban, non loin d'ici, en Gaza et Khan Younès".
C.Kreuzer--VB