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Des dizaines de morts dans le bombardement israélien d'un camp de réfugiés à Gaza
Le bombardement par l'armée israélienne du plus grand camp de réfugiés de la bande de Gaza, pour "éliminer" un dirigeant du Hamas, a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, malgré les appels à épargner les civils.
Selon le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas, qui contrôle Gaza depuis 2007, le bombardement mardi du camp de Jabaliya (116.000 réfugiés), dans le nord du territoire, a fait "plus de 50" morts et des centaines de blessés.
Dans une vidéo de l'AFPTV, il est possible de compter au moins 47 corps drapés de linceuls allongés au sol dans la cour d'un hôpital après avoir été extraits des décombres.
"C'était une scène de tremblement de terre", a rapporté à l'AFP un habitant du camp, Ragheb Aqel, âgé de 41 ans.
L'armée israélienne a confirmé ce bombardement précisant qu'il avait visé avec succès Ibrahim Biari, présenté comme un des responsables de l'attaque du 7 octobre du Hamas contre Israël, et qui se trouvait dans "un vaste complexe de tunnels souterrains d'où il dirigeait les opérations".
Concernant les civils, il a souligné que l'armée les avait appelés à évacuer à de nombreuses reprises le nord de la bande de Gaza, une "zone de guerre". Il a ajouté espérer que qu'ils "prendront la bonne décision et évacueront vers les zones plus sûres du sud".
Mais le sud est aussi régulièrement soumis aux bombardements israéliens depuis le début du conflit, ne laissant "aucun endroit sûr" où se réfugier, ont dénoncé l'ONU et les organisations humanitaires.
- Rappel d'ambassadeurs -
L'Arabie saoudite a condamné mercredi "avec la plus grande fermeté" le bombardement sur Jabaliya, qui "a tué et blessé un grand nombre de civils innocents".
Le Qatar, impliqué dans les tentatives de résolution de la crise des otages aux mains du Hamas, a condamné "un nouveau massacre", et mis en garde contre des opérations susceptible de "saper les efforts de médiation".
Mardi soir, la Bolivie a annoncé rompre ses relations diplomatiques avec Israël, pour dénoncer "son offensive (...) disproportionnée", selon elle. Le Chili et la Colombie ont eux annoncé rappeler leurs ambassadeurs à Tel-Aviv.
La guerre, déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre, inédite par sa violence et son ampleur, a déjà fait 8.525 personnes côté palestinien, en majorité des civils.
La bande de Gaza, où selon le Hamas 3.542 enfants sont décédés, est devenue "un cimetière pour des milliers d'enfants", ont déploré les Nations unies.
Depuis ce week-end, l'armée israélienne déploie progressivement des troupes au sol à Gaza, où des "combats féroces" les opposent au Hamas, et intensifie ses frappes aériennes sur Gaza. Elle a affirmé mardi que des dizaines de combattants palestiniens avaient été tués au cours des dernières heures et annoncé mercredi la mort de neuf de ses soldats, après deux morts annoncées mardi.
De son côté, la branche militaire du Hamas a affirmé avoir ciblé "deux blindés" avec des obus antichars, menaçant de faire de la bande de Gaza "un cimetière et un bourbier" pour les soldats israéliens.
- "Plus de larmes" -
En Israël, d'après les autorités, plus de 1.400 personnes sont mortes depuis le 7 octobre, essentiellement des civils tués le jour de l'attaque du Hamas. Au moins 240 otages sont encore aux mains du mouvement islamiste palestinien qu'Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne considèrent comme une organisation "terroriste".
La branche militaire du Hamas a assuré mardi qu'elle se tenait prête à libérer "un certain nombre d'étrangers dans les prochains jours".
"Nous n'avons plus de larmes, nos yeux sont secs, nous sommes vidés, trois semaines après. Je ne demande qu'une chose, qu'ils reviennent", implore Ayelet Sella, dont sept cousins ont été enlevés dans le kibboutz de Beeri, lors d'une soirée mardi organisée à la Grande synagogue de la Victoire, à Paris, en France.
Près d'un mois après le début de la guerre, les appels à une "trêve humanitaire" pour soulager les souffrances des 2,4 millions d'habitants de Gaza, soumis à un siège qui les prive de livraisons d'eau, de nourriture et d'électricité, restent sans suite. L'opérateur télécom palestinien Paltel a annoncé mercredi par ailleurs une coupure "totale" des lignes téléphoniques et d'internet.
Le Haut Commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, a imploré mardi le Conseil de sécurité de "surmonter" ses fractures afin d'"exiger" un cessez-le-feu".
"Le minimum qu'ils pourraient nous accorder, c'est une trêve, donnez-nous ne serait-ce que trois heures", supplie Ahmed al-Kahlout, 50 ans, à Gaza-ville.
La situation des hôpitaux inquiète également les ONG, alors que les patients manquent de médicaments.
Les autorités égyptiennes ont annoncé qu'elles étaient prêtes à accueillir mercredi 81 blessés palestiniens via le point de passage de Rafah.
- Missiles houthis -
La guerre a également exacerbé les tensions en Cisjordanie occupée, où deux Palestiniens, dont un septuagénaire, ont été tués mardi par des tirs de l'armée israélienne, selon le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne.
Au moins 122 Palestiniens ont été tués depuis le 7 octobre par des tirs de soldats et de colons israéliens, d'après la même source.
Le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell a "fermement" condamné mardi les attaques commises "par des colons israéliens contre des Palestiniens".
Alors que les mises en garde se multiplient contre un embrasement régional, les rebelles houthis au Yémen, proches de l'Iran, ont lancé mardi plusieurs missiles contre Israël -que l'armée israélienne a annoncé avoir intercepté - et promis de poursuivre leurs attaques jusqu'à la fin de la guerre contre le Hamas.
A la frontière israélo-libanaise, où les accrochages sont quotidiens, l'armée israélienne a affirmé mardi avoir effectué de nouvelles frappes aériennes visant le Hezbollah, allié du Hamas.
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken doit se rendre vendredi en Israël, dans le cadre d'une nouvelle tournée régionale.
Lors d'une audition mardi au Congrès, il a affirmé que l'Autorité palestinienne devrait reprendre le contrôle de la bande de Gaza au Hamas, et que des tierces parties internationales pourraient peut-être jouer un rôle lors d'une période intérimaire.
B.Wyler--VB