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Royaume-Uni: l'expulsion de migrants vers le Rwanda devant la Cour suprême
La plus haute juridiction du Royaume-Uni juge à partir de lundi le projet du gouvernement conservateur d'expulser vers le Rwanda des migrants arrivés illégalement dans le pays, une mesure très controversée visant à décourager l'immigration illégale.
Le gouvernement britannique a érigé en priorité la lutte contre l'immigration illégale et a promis d'arrêter les traversées des embarcations de migrants sur la Manche.
L'expulsion de migrants vers le Rwanda, pays avec lequel Londres a passé un accord, est présentée par le gouvernement comme une mesure cruciale pour atteindre cet objectif, mais le projet reste bloqué par la justice.
Mi-2022, un premier vol avait été annulé après une décision de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).
Fin juin, la cour d'appel à Londres a jugé le projet "illégal", estimant que le Rwanda ne pouvait en l'état être considéré comme un "pays tiers sûr".
Il existe "un risque réel que les personnes envoyées au Rwanda soient renvoyées dans leur pays d'origine où elles étaient en proie à des persécutions et autres traitements inhumains", a dit la cour.
Loin de renoncer, le gouvernement, qui répète que le Rwanda est "un pays sûr", en a appelé à la Cour suprême. L'audience, devant cinq juges, est prévue pour durer trois jours.
La décision, qui devrait être rendue dans plusieurs semaines, sera très attendue par le gouvernement de Rishi Sunak.
Les conservateurs sont loin derrière l'opposition travailliste dans les sondages alors que les élections législatives doivent se tenir d'ici janvier 2025.
- "Extrêmement coûteux" -
Le gouvernement ne cesse de durcir son discours sur l'immigration illégale. En juillet, Londres a voté une loi interdisant aux migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni de demander l'asile, sans tenir compte des raisons qui les ont poussés à fuir leur pays.
L'ONU a dénoncé une loi contraire au droit international et s'est inquiétée que "d'autres pays, y compris en Europe" soient tentés de suivre ce chemin.
En septembre, la ministre de l'Intérieur britannique Suella Braverman, très à droite, a attaqué la Convention de Genève, qui définit depuis 1951 le statut de réfugié, jugeant qu'elle n'était pas "adaptée à notre époque moderne". Elle s'en prend régulièrement aussi à la CEDH.
Mardi, au congrès du parti conservateur, elle a mis en garde contre "l'ouragan" migratoire "qui arrive", accusant l'opposition travailliste de vouloir "ouvrir les frontières".
Elle a agité le spectre de "millions" de migrants supplémentaires qui arriveraient sur les côtes britanniques, un flux "incontrôlé et ingérable" à moins que le gouvernement qui sera au pouvoir l'année prochaine n'agisse "de manière décisive".
Depuis janvier, plus de 25.000 migrants ont traversé la Manche. Le gouvernement se vante d'avoir réussi à enclencher une baisse, après une année record en 2022, avec plus de 45.000 traversées sur douze mois.
Mais le nombre des demandeurs d'asile en attente d'une décision des autorités britanniques a atteint un nouveau record fin juin: 175.457 personnes attendaient une décision initiale relative à leur demande, soit 43% de plus qu'un an auparavant.
Vendredi, Rishi Sunak et la Première ministre italienne Giorgia Meloni, cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, ont appelé dans une tribune commune les Etats européens à agir urgemment face à la "crise morale" incarnée par l'immigration illégale.
C'est une "crise européenne", ont-ils écrit, car ce sont aux Etats européens "de décider qui vient en Europe, et pas aux passeurs et aux trafiquants".
Dimanche, le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer a dit qu'il reviendrait sur le projet d'expulser des migrants vers le Rwanda, s'il devenait Premier ministre.
"Ce n'est pas la bonne politique et c'est extrêmement coûteux", a-t-il dit sur la BBC. Il a promis de collaborer avec d'autres pays pour "démanteler les gangs criminels qui se livrent au commerce ignoble" du trafic de migrants.
O.Schlaepfer--VB