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Israël-Palestine: 30 ans après Oslo, le problème insoluble de l'eau
Trente ans après leur signature, les accords d'Oslo n'ont pas apporté la paix tant espérée entre Israéliens et Palestiniens et leur échec est particulièrement patent dans le domaine de l'eau.
Le 13 septembre 1993, après six mois de négociations secrètes dans la capitale norvégienne, Bill Clinton orchestre, sur le gazon de la Maison Blanche, une poignée de main historique entre le chef palestinien Yasser Arafat, et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin.
Les accords débouchent sur une reconnaissance mutuelle d'Israël et de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et instaurent une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans.
Les négociateurs devaient alors mettre la dernière main au règlement de questions-clés, telles que le statut de Jérusalem ou celui des réfugiés palestiniens, avec en ligne de mire la création d'un Etat palestinien vivant en paix au côté d'Israël.
Trois décennies plus tard, nombreux sont ceux qui estiment la solution à deux Etats morte et enterrée. Israéliens et Palestiniens se renvoient la responsabilité de l'impasse actuelle et de la poursuite des violences, déplorant l'absence d'un partenaire avec qui parler dans le camp opposé.
Les accords, qui instauraient une charpente transitoire de cohabitation, demeurent, malgré leur obsolescence, le cadre de référence régissant nombre d'aspects du quotidien des Palestiniens.
C'est ainsi que près d'Hébron, dans le sud de la Cisjordanie occupée, les puits de Bassam Doudine ont été bouchés par l'armée israélienne en juillet.
- "Risque de contamination" -
"Ils ne m'ont pas prévenu", raconte cet agriculteur de 47 ans, encore surpris. "En une demi-heure (le ciment) s'était figé".
M. Doudine a beau affirmer détenir un acte de propriété remontant à l'époque où l'Empire ottoman était maître de la Palestine, la carte dessinée par les accords d'Oslo est maintenant la seule à faire autorité.
Elle découpe la Cisjordanie en trois secteurs: la zone A administrée par l'Autorité palestinienne, la B sous juridiction mixte israélienne et palestinienne, et la C, soit 60% du territoire, entièrement sous contrôle israélien.
Les champs de l'agriculteur se situent en bordure du village d'al-Hijra, sur une terre classée en zone C.
Il faut une autorisation israélienne pour pouvoir y creuser un puits, comme le confirme à l'AFP le COGAT, organe du ministère de la Défense israélien supervisant les activités civiles dans les Territoires palestiniens.
Si les puits de Bassam Doudine ont été bouchés, c'est, affirme le COGAT, parce qu'ils avaient "été forés en violation de l'accord de construction" et qu'ils "portaient atteinte aux sources, et présentaient un risque de contamination de l'aquifère".
Pour résoudre les différends, les accords d'Oslo ont prévu une commission dédiée à la gestion de l'eau, où siègent Palestiniens et Israéliens.
- "Comité Théodule" -
Chaddad Attili, qui en fut membre pour la partie palestinienne, la qualifie de "comité Théodule". Il explique que les projets palestiniens y sont généralement rejetés par les Israéliens, ou bloqués pendant des années avant une très éventuelle approbation.
"A chaque fois qu'on refuse un projet israélien, ils le mettent en oeuvre malgré tout, simplement parce qu'ils en ont le pouvoir", ajoute-t-il.
Sollicitée par l'AFP, l'Autorité israélienne chargée de la gestion de l'eau a refusé d'accorder un entretien et renvoyé vers le COGAT qui a également décliné plusieurs demandes d'entrevue.
Des ressources en eau, les Palestiniens en ont.
Cependant, dans la fertile vallée du Jourdain, réputée pour ses plantations de palmiers-dattiers, l'accès à l'eau reste très inégalitaire.
A Jéricho (zone A), on barbote à loisir dans les nombreuses piscines privées de villas patriciennes, souvent louées à des touristes palestiniens, ou dans des parcs d'attractions aquatiques.
Mais à quelques kilomètres seulement, en zone C, Diab Attiyat, agriculteur de 42 ans et bénéficiaire d'une aide du Programme alimentaire mondial (PAM), explique ne recevoir de l'eau qu'une fois par semaine, qu'il stocke dans des citernes pour irriguer ensuite sa terre au goutte-à-goutte.
"Cela m'agace de voir les autres gaspiller l'eau", dit-il à propos de ses riches voisins.
Serait-il possible de pomper l'eau de ces abondantes sources du cru et de la distribuer à d'autres localités palestiniennes?
D'après M. Attili, ce serait pratiquement impossible: trop cher et trop complexe en termes d'autorisations.
- "Désastre absolu" -
Dans l'ensemble des Territoires palestiniens, hors Jérusalem-Est annexée par Israël, la consommation quotidienne d'eau par habitant s'élève à 86,3 litres par jour, selon des chiffres du Bureau central des statistiques palestinien (PCBS) pour 2021.
Exception notable, autour de Jéricho, où elle monte à 183,2 litres.
En Israël aussi, la consommation d'eau varie d'une région à une autre avec certains paradoxes comme dans le désert du Néguev (sud) où les habitants utilisent 166 litres d'eau par jour, en partie à cause des infrastructures locales liées au tourisme.
La moyenne se situe autour de 100 litres par jour et par personne d'après l'Autorité israélienne chargée de la gestion de l'eau.
Quid des 490.000 Israéliens qui vivent en Cisjordanie, dans des colonies que l'ONU juge illégales au regard du droit international?
Josh Hasten, porte-parole du Goush Etzion, ensemble de colonies du sud de la Cisjordanie, près de Bethléem, estime que si les habitants n'ont pas souffert de pénuries en eau, c'est grâce aux investissements massifs d'Israël dans les technologies de dessalement.
"Nous constatons qu'Israël progresse et s'améliore en la matière, indépendamment des accords d'Oslo", se félicite-t-il.
Il accuse l'Autorité palestinienne d'être responsable de la mauvaise gestion des ressources en eau, balayant d'un revers de la main l'impact de ce qui fut mis en place par les accords de 1993, qu'il qualifie par ailleurs de "désastre absolu".
Israël produit 63% de son eau potable à partir de l'eau de la Méditerranée.
- Droit fondamental -
La bande de Gaza, riveraine de la même mer, pourrait emboîter le pas à son voisin avec trois usines de dessalement.
"L'eau, c'est la vie", peut-on lire sur l'une d'entre elles, dans le sud de ce territoire côtier soumis à un blocus israélien.
"J'espère que (le dessalement) va se développer", confie un technicien de l'usine, Zaïn al-Abadine, avant de souligner le peu de ressources en eau potable du territoire et la salinité excessive, et en hausse, des nappes souterraines, qui rendent leur eau impropre à la consommation.
Sur cette langue de terre exiguë, minée par la pauvreté et le chômage, les plus démunis se fournissent dans des stations où l'eau potable est gratuite. Les plus aisés se font livrer l'eau en bonbonnes par des entreprises privées.
Les services de l'inter-municipalités de Gaza affirment d'ores et déjà que l'eau dessalée bénéficie à 40% des 2,3 millions d'habitants du territoire.
Et selon le PCBS, c'est une société publique israélienne, Mekorot, qui fournit 22% de l'eau potable distribuée aux Palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, l'Autorité palestinienne réglant la facture.
Pour EcoPeace Middle East, organisation de défense de l'environnement mixte jordano-israélo-palestinienne, l'accès à l'eau potable est un droit fondamental indépendamment des diverses tentatives de résolution du conflit.
Trente ans après la signature des accords d'Oslo, "il faut un mécanisme complet de gestion des ressources en eau pour répondre à tous les besoins", déclare la directrice d'EcoPeace dans les Territoires palestiniens, Nada Majdalani.
Pour son homologue israélien, Gidon Bromberg, il est grand temps de "reconnaître que la logique (des accords d'Oslo) prend l'eau de toute part."
B.Wyler--VB