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RDC: violence persistante et manque d'aide, désespoir des déplacés d'Ituri
La paix semble inaccessible et l'aide manque. Dans les camps de déplacés d'Ituri, province déchirée de l'est de la République démocratique du Congo, le désespoir se nourrit de l'horreur des violences subies et du sentiment d'abandon.
"J'avais six enfants, trois ont été tués à la machette par les ADF", raconte Henriette Lofaku, 60 ans, qui a trouvé refuge à Komanda, à 75 km de Bunia, la capitale provinciale.
Les ADF (Forces démocratiques alliées), affiliés au groupe Etat islamique, sévissent depuis le milieu des années 1990 dans le nord de la province voisine du Nord-Kivu et ont étendu plus récemment leurs exactions en Ituri.
Ils y rivalisent de barbarie avec des milices communautaires, dont les Codeco (Coopérative pour le développement du Congo), accusés d'avoir encore tué au moins 15 personnes fin août dans un camp de pêcheurs.
Henriette et sa famille habitaient le village de Walense-Vokutu, à la limite entre les deux provinces, quand, un soir d'avril 2021, les ADF ont attaqué. "Nous avons fui et tout abandonné... Ils ont tout brûlé derrière nous...", poursuit la sexagénaire.
Comme elle, Justine a les larmes aux yeux quand elle raconte la mort de sa soeur, tuée avec son fils alors que la famille était en fuite. "Les bombes explosaient de partout", se souvient-elle, assise devant sa cabane aux murs d'argile.
La localité de Komanda, l'un des terminus de ceux qui fuient les violences, accueille environ 40.000 déplacés qui, selon la communauté humanitaire locale, vivent avec très peu d'assistance.
"Nous souffrons énormément... Sous ces bâches, nous n'avons ni médicaments, ni nourriture, rien. Il faut que les autorités sachent que nous existons !" s'emporte Christine Dida, mère de huit enfants, qui a fui le territoire de Djugu il y a trois ans.
Bahati Letakamba, qui a neuf enfants, est là lui aussi depuis trois ans.
"Nous devons nous débrouiller et travailler dans des champs des autochtones pour vivre", dit-il, en montrant le peu de farine de manioc qui reste pour nourrir sa famille.
- Situation critique -
"La situation des déplacés est vraiment critique", reconnaît à Komanda Serge Mahunga, de l'ONG Solidarités Internationales.
À Bunia, un autre site installé en pleine ville depuis 2019 accueille plus de 14.000 personnes dont la situation, déjà inquiétante, se dégrade encore avec la poursuite des attaques dans de nombreux villages.
Selon les Nations unies, 1,7 million de personnes sont déplacées en Ituri.
"Cela représente 40% de la population de la province. C'est un chiffre vraiment choquant", déclarait le 30 août Bruno Lemarquis, coordonnateur des agences humanitaires de l'ONU en RDC, au terme d'une visite de terrain.
"Cette crise humanitaire en RDC dure depuis 25 ans, c'est l'une des plus sérieuses, des plus complexes et des plus longues au monde, mais aussi la plus négligée...", disait-il à l'AFP.
Des affrontements entre milices communautaires ont fait des milliers de morts en Ituri entre 1999 et 2003 et, après plus d'une décennie d'accalmie, ont repris en 2017.
Depuis un an, selon M. Lemarquis, les besoins humanitaires ont encore augmenté "du fait de nouveaux conflits ou de la résurgence d'autres", comme la rébellion du M23 au Nord-Kivu. Des militaires ont quitté des provinces voisines, dont l'Ituri, pour intervenir sur ce conflit, créant un "vide sécuritaire dans lequel se sont engouffrés d'autres groupes armés".
Les déplacés reprochent au gouvernement de ne rien faire pour eux. Le gouverneur de la province, le général Johnny Luboya N'kashama, assure le contraire, tout en évoquant les "moyens limités" de l'Etat.
Les acteurs humanitaires de leur côté "font tout leur possible", souligne Bruno Lemarquis. Mais le plan de réponse est "pour le moment financé à moins de 30%", déplore-t-il, en appelant la communauté internationale à se mobiliser.
La RDC compte plus de 6 millions de déplacés internes, dont la majorité se concentre dans l'Ituri, le Nord et le Sud Kivu. Sur les 2,25 milliards de dollars requis pour leur venir en aide, seuls 747 millions étaient disponibles au 16 août, selon le Bureau de coordination humanitaire de l'ONU.
B.Shevchenko--BTB