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Gabon: le nouvel homme fort prête serment lundi, l'opposition veut imposer son candidat
Le nouvel homme fort du Gabon, le général Brice Oligui Nguema, sera intronisé lundi président d'un pouvoir de "transition" à la durée encore indéterminée mais l'opposition exhorte les putschistes à reconnaître plutôt la "victoire" de son candidat à la présidentielle.
Le , à la tête des militaires qui ont renversé mercredi le président Ali Bongo Ondimba à peine proclamé réélu dans un scrutin que les putschistes estiment truqué, a également promis la "mise en place progressive des institutions de la transition" et le respect de tous les "engagements" du Gabon, "extérieurs et intérieurs".
Ce dernier, placé en résidence surveillée par les militaires, avait été élu en 2009 à la mort de son père Omar Bongo Ondimba, qui dirigeait sans partage depuis plus de 41 ans ce pays très riche de son pétrole et pilier de la "Françafrique".
Le coup d'Etat, perpétré sans effusion de sang apparente, a donné lieu à des scènes de liesse dans les quartiers populaires de Libreville, où de petites foules applaudissaient copieusement chaque véhicule de militaires ou policiers qui passait et hurlaient "Le Gabon est libéré!" ou "A bas les Bongo!"
"La fête de l'Indépendance, c'est plus le 17 août, maintenant c'est le 30 août", s'exclamait jeudi un homme dans un petit bar du quartier populaire Plein Ciel devant des clients tout acquis aux putschistes.
- "Respect des engagements" -
Les mutins ont maintenu le couvre-feu décrété samedi par le gouvernement déchu mais, jeudi, la vie avait repris son cours normal à Libreville, hormis d'interminables files d'attente devant les boulangeries pour se procurer ce pain que les Gabonais consomment massivement à chaque repas, selon des journalistes de l'AFP.
Et dans le quartier huppé de Sablière, les deux voies d'accès à la résidence des Bongo sont barrées par deux imposants véhicules blindés de la GR et parcourues par ses "bérets verts" lourdement armés, le visage souvent couvert par un masque noir.
Les Gabonais vivent au rythme des communiqués des putschistes lus sur les antennes des deux chaînes de télévision - Gabon 24 et Gabon 1ère - les seuls canaux de communication du nouveau pouvoir.
Jeudi, ils ont annoncé que le général Oligui prêtera serment lundi 4 septembre devant la Cour constitutionnelle, dont ils ont annoncé le "rétablissement temporaire".
Le nouvel homme fort a aussi demandé à "tous les responsables des services de l'Etat" d'assurer "la continuité du fonctionnement de tous les services publics".
Et il a tenu "à rassurer l'ensemble des bailleurs de fonds, des partenaires au développement ainsi que les créanciers de l'Etat que toutes les dispositions seront prises afin de garantir le respect des engagements" du Gabon "aussi bien sur le plan extérieur qu'intérieur".
- La "Patrie reconnaissante" -
A l'annonce de leur putsch, les militaires avaient fustigé des élections truquées mais surtout "une gouvernance irresponsable et imprévisible".
Le Gabon, pays parmi les plus riches d'Afrique par habitant notamment grâce à son pétrole, est gangrené depuis des décennies par une corruption endémique, surtout au sommet de l'Etat.
L'opposition est sortie jeudi de son silence, pour demander aux putschistes de reconnaître la "victoire" de leur candidat, Albert Ondo Ossa, à la présidentielle.
Après avoir remercié vivement, au nom de la "Patrie reconnaissante", l'armée de s'être "dressée contre un coup d'Etat électoral", le porte-parole de la plateforme d'opposition Mike Jocktane l'a invitée à "superviser" la "reprise du processus de centralisation des résultats" de la présidentielle qui "verra la victoire de M. Ondo Ossa dans les urnes officialisée".
La plateforme Alternance 2023 a également proposé aux militaires de discuter "de la meilleure solution" pour "permettre au pays de sortir grandi de cette situation".
Les putschistes n'avaient pas répondu à cette demande jeudi après-midi.
- "Deux sentiments" -
"Ce qui me rassurerait, c'est qu'on remette le pouvoir à Ondo Ossa qui a gagné le vote car les militaires ne peuvent pas diriger un pays, il faut que la transition se fasse rapidement", veut espérer Jasmine Assala Biyogo, 35 ans, propriétaire d'un petit bar du centre de Libreville. "On est contents et on a quelques craintes, c'est les deux sentiments", abonde Josée Anguiley, 36 ans, entre deux gorgées de bière.
Ali Bongo, principal héritier de l'immense fortune d'Omar, propriétaire de nombreuses résidences de luxe notamment en Grande-Bretagne et en France, a été jusqu'alors épargné, en tant que chef d'Etat, par la procédure judiciaire dite des "biens mal acquis" en France, dans laquelle neuf autres enfants du "patriarche" décédé en 2009 sont inculpés.
Pour l'heure, les putschistes semblent également lui faire grâce de ces accusations. Ils qualifient Ali Bongo de "Gabonais normal," "mis à la retraite". Mais ils ont arrêté, notamment pour "détournements massifs de deniers publics" et "falsification de la signature" du président, son fils Noureddin Bongo Valentin et six autres membres dits de la "jeune garde" au sein de la présidence.
K.Brown--BTB