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Crue dans l'Himalaya: les opérations de secours compliquées par la montée des eaux
Les autorités du Népal ont averti dimanche des risques posés par la montée des eaux pour les opérations de secours menées dans des conditions extrêmement difficiles depuis la crue dévastatrice qui a fait près de 700 morts à la frontière avec la Chine.
Près de 3.000 personnes dont des centaines d'étrangers restent portées disparues à la suite du désastre survenu dans l'Himalaya mercredi, qui a vu une mer de boue et de débris engloutir des villages entiers en raison de l’effondrement d'un glacier.
Outre l'ampleur de la catastrophe qui laisse de nombreuses familles sans nouvelle de leurs proches disparus, les secours sont confrontés à de nombreux dangers avec des routes impraticables, des communications détruites ainsi que le risque d'un nouveau déchaînement naturel.
Une nouvelle fois dimanche, les autorités népalaises les ont appelés à la prudence, s'inquiétant cette fois d'une augmentation du débit de la rivière Bhotekoshi, dans le district de Rasuwa.
"Tout le personnel engagé dans les opérations de recherche, de sauvetage et de secours, les personnes se trouvant dans les zones riveraines, ainsi que toutes les autres personnes dans les zones touchées, notamment Rasuwa, Nuwakot, Dhading et Chitwan, sont priés de faire preuve de prudence", a déclaré l'Autorité nationale pour la réduction et la gestion des risques de catastrophe (NDRRMA) dans un avertissement publié peu avant 02H00 GMT.
Côté chinois cependant, l'importante retenue d'eau qui s'est formée en amont du poste-frontière de Gyirong, à 1.830 m d'altitude, et menaçait de céder brutalement, présente désormais "un écoulement naturel normal" et l'obstruction qui le retenait est "presque totalement évacuée", a précisé samedi soir l'agence de presse Chine nouvelle, citant le ministère chinois des Ressources en eau.
Des milliers de secouristes sont à pied d'oeuvre côté chinois pour se frayer un chemin vers le coeur de la zone dévastée, certains devant être hélitreuillés par des drones.
- Bloqués dans des tunnels -
Selon les bilans officiels encore très provisoires, un total de 691 corps - 675 côté népalais, 16 sur le territoire chinois du Tibet - ont été exhumés depuis mercredi de l'épaisse couche de boue et des décombres des bâtiments, routes, ponts et chantiers balayés par la vague.
Les autorités peinent à retrouver la trace de quelque 3.000 personnes - 2.426 au Népal et 546 côté chinois - dont elles sont sans nouvelles depuis mercredi.
Petite lueur d'espoir samedi soir: l'armée népalaise est parvenue à insérer un tuyau d'air dans un tunnel où des ouvriers travaillant sur des chantiers de barrage hydroélectrique, prisonniers sous terre, pourraient être encore vivants.
Selon le gouvernement népalais, plus de cent ouvriers pourraient être encore en vie dans des tunnels, les secours se concentrant sur les sites Trishuli 3A et 3B.
Le travail des secours est lent, difficile, épuisant, a décrit un secouriste de la sécurité civile népalaise, Kawan Koirala.
"Les gens veulent absolument retrouver leurs proches, morts ou vifs, mais on n'y arrive pas (...) Regardez toute cette boue", a-t-il confié à l'AFP, fourbu après dix-huit heures de travail sans interruption. "C'est très perturbant pour moi aussi. C'est la première fois que je vois ça".
- Pèlerins -
Parmi les disparus, figurent des centaines de touristes, de pèlerins qui se rendaient sur le mont sacré Kailash au Tibet et d'ouvriers étrangers, employés sur les chantiers des barrages en construction dans la région, ainsi qu'un nombre toujours croissant d'habitants des villages dévastés.
La fondation Isha, dirigée par le chef spirituel hindou Sadhguru, a annoncé samedi sur Instagram que 80 de ses membres étaient en pèlerinage dans la région chinoise de Gyirong". "Pour l'instant, rien ne semble laisser espérer la présence de survivants", a poursuivi Isha.
L'espoir des proches des disparus s'amenuise au quartier général de campagne des secours népalais, à Bidur. "Cela fait déjà plus de trois jours", a constaté samedi auprès de l'AFP Rishi Shrestha, sans nouvelles depuis mercredi de son cousin qui devait se rendre en Chine. "Il y a 99% de risques pour qu'il ne soit plus en vie".
Même s'il est encore trop tôt pour une évaluation précise, le ministre népalais des Affaires étrangères a d'ores et déjà estimé à "plusieurs milliards de dollars" le coût de la reconstruction, et fait appel "au soutien de la communauté internationale".
Après l'Union européenne notamment, les Etats-Unis ont annoncé samedi débloquer 3,6 millions de dollars d'aide humanitaire pour le Népal, y compris sous forme d'aide alimentaire d'urgence pour les habitants de la zone.
Experts et scientifiques attribuent la catastrophe à l'effondrement d'un énorme glacier qui a transformé, en un instant, une paisible rivière en un fleuve en furie.
"Le réchauffement climatique provoqué par la combustion par l'humanité de quantités colossales de charbon, de pétrole et de gaz, rend des tragédies comme celle-ci, et tant d'autres à travers le monde, beaucoup plus probables, fréquentes et graves", a alerté Simon Stiell, responsable de l'ONU Climat, dans un communiqué.
"Le Népal émet moins de 0,01% des gaz à effet de serre, mais nous, le peuple népalais, sommes parmi les principales victimes du changement climatique", a séparément souligné Shisir Khanal, ministre des Affaires étrangères du pays
burs-pa/cls/lrb/ms/gmo
D.Schaer--VB