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Dans les pays montagneux d'Asie centrale, le ski alpin patine encore
Dévalant une piste de slalom au Kirghizstan, Timour Chakirov peaufine ses trajectoires avant les JO-2026. Participer aux Jeux reste une rareté pour un skieur alpin d'Asie centrale, région extrêmement montagneuse où briller dans cette discipline est pourtant loin d'être évident.
"Il est très compliqué de s'entraîner au Kirghizstan, car nous n'avons pas les conditions adéquates", dit à l'AFP Timour Chakirov, 19 ans, rencontré après une étape de la Coupe d'Asie centrale dans les montagnes du parc national d'Ala-Archa (nord).
Organisée deux semaines avant les JO-2026 de Milan Cortina, cette compétition regroupe des skieurs du Kirghizstan, du Kazakhstan, d'Ouzbékistan et du Tadjikistan, pays traversés par les Tian-Shan et le Pamir, dont les sommets tutoient les 7.500 mètres d'altitude.
Mais depuis leur indépendance en 1991, ces ex-républiques soviétiques ont envoyé seulement une vingtaine de skieurs alpins aux Jeux olympiques d'hiver, la faute à la rude concurrence des sports de combat et traditionnels, mais aussi au développement encore insuffisant des infrastructures.
Avec 2.750 mètres d'altitude moyenne, "le Kirghizstan est pourtant un pays très montagneux. Il serait possible d'y construire de très bons complexes et de développer beaucoup mieux le ski alpin", regrette Timour Chakirov.
- Entraînement en Europe -
"Le ski alpin est un sport assez coûteux. L'idée reçue selon laquelle le Kirghizstan avec tant de montagnes pourrait facilement développer le ski alpin est fausse", tempère Ioulia Tenkova, de la Fédération de ski kirghize.
D'après elle, "le développement professionnel du ski alpin exige un enneigement bien différent" de celui du Kirghizstan, dont le manteau neigeux, trop mou et sujet aux bosses en cas de pratique soutenue du ski, n'est pas adapté.
Si des stations sont refaites et des canons à neige ont commencé à être utilisés, cela reste "très cher", note Mme Tenkova. Un défi financier auquel s'ajoute la menace climatique.
"On a un problème de neige, notre climat est trop chaud", constate Mme Tenkova, avec l'enchaînement de records de chaleur en Asie centrale, qui se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale, selon les organisations internationales.
Alors pour percer, les skieurs centrasiatiques doivent s'entraîner à des milliers de kilomètres, dans les Alpes.
"Aujourd'hui, l'essentiel de la préparation se fait en Europe, en Italie, en Autriche", explique Timour Chakirov, qui admire les célèbres Marcel Hirscher, Henrik Kristoffersen ou Marco Odermatt.
Pour tenter de les imiter, le jeune skieur bénéficie des conseils de son ami kirghiz Maksim Gordeev, olympien en 2022 à Pékin.
"Il a rapporté d'Europe de nouvelles méthodes et m'a montré comment faire, quoi travailler", raconte Chakirov, qui regrette le "faible financement" étatique et l'absence de pistes pour les professionnels.
- "Collaborer" -
Mais s'exiler pour briller est onéreux, même si "le pays hôte prend parfois en charge les frais de nourriture et d'hébergement", souligne Ioulia Tenkova.
Selon elle, "les billets (d'avion) sont parfois si chers que nous devons trouver des financements. Mais les sponsors sont réticents car nous ne sommes pas visibles, contrairement à la lutte", sport pourvoyeur de médailles olympiques en Asie centrale.
Même au Kazakhstan, qui avait proposé la candidature d'Almaty aux JO-2022, "seules deux régions disposent des infrastructures nécessaires à la formation des athlètes", résume pour l'AFP Maria Grigorova, olympienne à Pyeongchang en 2018, où elle avait pris la 51e place du slalom et du slalom géant.
La skieuse kazakhe rappelle aussi le manque de financement de l'Etat, qui voulait "arrêter complètement le ski alpin en tant que sport olympique car les résultats n'étaient pas assez bons".
"Ces dernières années, on s'entraînait grâce à des fonds personnels. On a déjà fait des top 20 et top 30, mais quels résultats veulent-ils ? 1er, 2eme ou 3e ?", demande Maria, avec une priorité donnée par le gouvernement kazakh aux sports médaillables.
Pour les skieurs tadjiks qui ont raté la qualification aux JO-2026, participer à la Coupe d'Asie centrale est déjà un progrès: jusqu'au printemps 2025 et la résolution d'un interminable conflit territorial, voir des athlètes kirghiz et tadjiks se féliciter était impossible.
"Nos sportifs ont rencontré des collègues du Kirghizstan, d'Ouzbékistan, du Kazakhstan et échangé leurs expériences", se réjouit l'entraîneur tadjik Saïdakbar Echonov.
A l'image de la récente intensification de la coopération entre Etats centrasiatiques, l'entraîneur espère désormais "développer le ski à un haut niveau au Tadjikistan, comme la lutte".
"Nous allons essayer de collaborer avec les entraîneurs du Kirghizistan, du Kazakhstan et d'Ouzbékistan pour hisser le ski au sommet."
I.Stoeckli--VB