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Aux Philippines, l'île de Palawan tente de résister à l'exploitation minière
Un amas de nickel domine la rizière que la famille de Moharen Tambiling cultive à Palawan depuis des générations: sur cette île des Philippines, les autorités espèrent maîtriser l'exploitation minière grâce à l'adoption d'un moratoire.
"Ils nous ont dit avant le début de leurs opérations que cela ne nous affecterait pas, mais les effets sont indéniables aujourd'hui", dit-il à l'AFP.
"Les pangolins, les phacochères, les oiseaux disparaissent. Les fleurs aussi."
L'île de Palawan, destination touristique idyllique de l'ouest des Philippines, possède de vastes gisements de nickel, nécessaire à la fabrication de batteries de véhicules électriques et de nombreux types d'acier inoxydable.
En mars, le conseil gouvernemental de l'île a approuvé à l'unanimité un moratoire de 50 ans sur les nouvelles demandes d'exploitations minières.
"Nous sommes les témoins des effets de l'exploitation minière à long terme dans le sud de Palawan", confie à l'AFP Nieves Rosento, une ancienne conseillère qui s'est battu pour son adoption.
En 2021, le pays d'Asie du Sud-Est a levé une interdiction de neuf ans sur les licences, ce qui a débloqué des centaines de demandes et permis le dépôt de nouvelles.
Pourtant, quatre ans plus tard, les exportations de minerais représentent toujours moins de 2% du PIB. Et malgré les promesses d'emplois, la réticence aux projets grandit localement.
- Inondations -
Selon la société d'exploitation Ipilan, l'augmentation de la production se traduira par des royalties plus importantes pour les populations locales et des recettes fiscales plus élevées. Mais Alayma, la soeur de M. Tambiling, perd confiance.
Cette mère célibataire de six enfants gagnait autrefois entre 1.000 et 5.000 pesos philippins par jour (15 à 75 euros environ) en vendant des homards pêchés à l'endroit où se trouve aujourd'hui la jetée.
Une compensation unique de 120.000 pesos (un peu plus de 1.800 euros) lui a été proposée. Offre qu'elle qualifie d'insultante.
"Les moyens de subsistance de tous les peuples autochtones dépendaient de cette zone", alerte-t-elle.
Au-dessus de la rizière de M. Tambiling, des pans entiers de montagnes ont été déboisés, ce qui provoque des inondations qu'il décrit comme "redoutables, profondes et rapides".
La mine d'Ipilan a été sanctionnée pour avoir abattu des arbres dans des "zones de protection maximale", mais ses activités se poursuivent.
Les doléances à sa société mère, Global Ferronickel Holdings, sont restées sans réponse.
Il est certes "possible d'éliminer la pollution en utilisant des véhicules électriques", témoigne Jeminda Bartolome, métayère qui milite contre l'exploitation minière.
"Mais il faut aussi étudier ce qui se passe dans la région", ajoute-t-elle.
- "Pas de royalties" -
Au sud ouest de Brooke's Point, à Rio Tuba, la plus ancienne mine de nickel du pays est en pleine expansion.
Le vice-président de l'entreprise, Jose Bayani Baylon, insiste fièrement sur le fait que l'exploitation minière a transformé un marais autrefois difficilement accessible en une "localité premium".
"Vous avez un aéroport, vous avez un port (...), un hôpital, vous avez des infrastructures que beaucoup d'autres communautés n'ont pas", explique-t-il.
Il rejette les critiques, affirmant que l'exploitation minière ne concerne qu'une petite partie de Palawan et qu'elle est fortement réglementée.
Des milliers d'arbres ont été abattus depuis janvier, mais M. Baylon affirme que "selon la loi, pour chaque arbre coupé, il faut en planter 100".
Selon l'ONG Global Witness, les permis d'exploitation et de prospection minières concernent un cinquième des terres autochtones des Philippines.
"Certains peuples autochtones n'ont pas reçu de royalties au cours des dix dernières années", affirme Nieves Rosento.
Kennedy Coria, un habitant qui déclare ne savoir ni lire ni écrire, a expliqué devoir signer un document chaque année.
"On recevait environ quatre kilos de riz de la part du chef de la communauté", en gage de rétribution pour les bénéfices de la mine, témoigne-t-il.
L'avocate en droit de l'environnement Grizelda Mayo-Anda affirme que ce moratoire pourrait stopper 70 projets couvrant 240.000 hectares.
Entre 2001 et 2024, la province de Palawan a perdu 219.000 hectares de forêt, selon Global Forest Watch.
Le moratoire de Palawan n'empêchera pas l'expansion de Rio Tuba ni les activités d'Ipilan, mais ses soutiens pensent qu'il ralentira l'exploitation minière.
Des défis se profilent néanmoins à l'horizon: une récente décision de la Cour suprême a annulé l'interdiction de l'exploitation minière dans la province voisine de Mindoro Occidental.
I.Stoeckli--VB