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Au Liban, un timide renouveau des transports publics
Pour se rendre à l'université où elle étudie, Fatima Fakih emprunte désormais un grand bus violet, qui dénote dans les rues chaotiques et embouteillées de Beyrouth, signe d'un possible renouveau des transports publics dans un pays en crise.
Les bus publics, spacieux, sont "plus sûrs, meilleurs et plus confortables" que les véhicules des réseaux privés de bus et de minibus qui, depuis longtemps, tiennent lieu de transports en commun, constate la jeune femme de 19 ans.
"Et j’ai ma carte de bus, je n’ai pas besoin d’avoir de l’argent sur moi", ajoute-t-elle, une innovation majeure au Liban, où le liquide est la norme et où de nombreux bus et minibus privés n’ont même pas de tickets.
La culture de la voiture a prospéré en l'absence d'un système de transport public complet depuis la guerre civile libanaise de 1975-1990.
Mais le pays est à bout de souffle, enfoncé depuis 2019 dans une crise économique dévastatrice qui a plongé de nombreux Libanais dans la pauvreté.
"La dépendance du Liban aux véhicules privés est de plus en plus intenable", commente auprès de l'AFP le bureau de la Banque mondiale (BM) à Beyrouth, soulignant la hausse du taux de pauvreté et des coûts d’exploitation des voitures.
- Le pays "ouvert à tout soutien" -
Des bus publics équipés de GPS ont progressivement pris la route le long de onze itinéraires, principalement dans le Grand Beyrouth. Le prix d'un ticket commence à moins d'un dollar.
Des passagers se félicitent auprès de l’AFP que ces transports en commun soient plus sûrs, permettent d’économiser de l’argent, de réduire la pollution et de s'éviter le stress des routes souvent anarchiques et en mauvais état du Liban.
Le système, dont l'exploitation a été confiée à une société privée, a officiellement été lancé en juillet dernier, durant le conflit entre Israël et le mouvement islamiste Hezbollah, qui a paralysé les services sur certaines lignes.
Ali Daoud, 76 ans, qui prend le bus pour la première fois, constate que la desserte est "ordonnée et bien organisée", en se souvenant de l’époque d'avant la guerre civile, quand le Liban avait des trains et des tramways.
Selon Ziad Nasr, directeur de l’autorité des transports publics du ministère des Transports, le nombre de passagers atteint désormais en moyenne 4.500 par jour, contre seulement quelques centaines lors du lancement.
Les autorités, dit-il, prévoient d’étendre le réseau, notamment jusqu’à l’aéroport de Beyrouth. Il estime également nécessaire d'augmenter le nombre de bus.
Le pays, à court d’argent, est "ouvert au soutien de n’importe quel pays", lance-t-il. La France a fait don en 2022 d’environ la moitié des quelque 100 bus actuellement en circulation.
Pour Tammam Nakkach, un consultant et expert en transports, la concurrence reste toutefois rude, avec le grand nombre de bus et minibus privés qui coûtent le même prix que les transports publics.
Même s'ils sont souvent délabrés, bondés, et roulent à toute allure, ils permettent "d'aller où on veut pour pas cher", relève l'étudiant Daniel Imad, 19 ans, en montant dans un minibus à un carrefour. Il juge positif le développement des bus publics, mais n'en a encore jamais emprunté.
– "Protéger l'environnement" –
L’étudiante Fatima Fakih encourage tout le monde à prendre les transports publics, "aussi pour protéger l’environnement", une question souvent reléguée au second plan au Liban.
"On n’en parle pas beaucoup mais c’est très important", dit-elle, soulignant combien les choses pourraient s’améliorer dans la ville où les habitants se plaignent de la mauvaise qualité de l'air "si nous prenions tous les transports publics".
Selon un rapport de la Banque Mondiale sur le climat et le développement publié l’an dernier, le secteur des transports est le deuxième contributeur aux émissions de gaz à effet de serre et à la pollution de l’air au Liban, représentant un quart des émissions, juste derrière le secteur de l’énergie.
D’autres initiatives plus modestes ont également vu le jour, notamment la mise en circulation de quatre bus hybrides à Zahlé (est). Et selon Nabil Mneimneh, du Programme des Nations unies pour le développement, les premiers bus 100% électrique alimentés à l’énergie solaire du Liban doivent être lancés cette année.
R.Kloeti--VB