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Avec les canicules successives, les producteurs de maïs en souffrance
Dans un de ses champs, Sébastien Maylin égraine nerveusement un épi de maïs rabougri: à cause des canicules qui ont frappé le sud-ouest, ce producteur va pouvoir "à peine rembourser" ses engrais et semences.
"L'avenir, pour moi, il s'annonce compliqué", confie l'agriculteur de 50 ans, dont les parcelles s'étendent entre Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées.
Entre les rangs de maïs aux feuilles jaunies prématurément, les yeux cernés, il regarde ses épis, bien plus petits que prévu, malgré plusieurs semaines d'irrigation.
Les canicules ont empêché la bonne fécondation de son maïs, étape cruciale pour cette culture qui arrive à maturité une douzaine de semaines après les semis.
"Au-delà de 35 degrés, le pollen grille", explique à l'AFP un conseiller agricole de Haute-Garonne, et la plante sacrifie des graines pour en amener un maximum jusqu’à maturation, d'où la taille réduite des épis.
À quelques jours de l'annonce du plan d'accompagnement du monde agricole, victime des canicules et de la sécheresse, dévoilé le 3 septembre, Sébastien Maylin prévient: "Si l'État ne bouge pas, il va y avoir de la casse".
- "En perte nette" -
Sur ses terres situées à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse, Christel Carpentier a elle-aussi subi la chaleur.
Elle a certes pu semer son maïs à temps, début avril, "sauf que cette année les premières chaleurs sont arrivées fin juin alors que d'habitude elles n'arrivent pas avant le 10 juillet".
Elle estime avoir perdu au moins 30% de son rendement. "Je suis en perte nette partout", résume-t-elle.
Il a fait si chaud que même l'irrigation n'a pas compensé l'évapotranspiration.
Là encore, le maïs sacrifie une partie de l'épi et certains grains ne grossissent plus.
Cultivateur de maïs en Haute-Garonne, Joël Tournier en utilise une partie pour nourrir ses vaches, et vend le reste.
Élu à la chambre d’agriculture, ce membre des Ultras de l'A64, particulièrement actifs l'hiver dernier pendant le mouvement de colère agricole, estime que l'irrigation estivale lui demande désormais quatre à cinq heures de travail par jour, alors qu'il doit également gérer son élevage.
Cet été, il n’a guère pu s'accorder de vacances, sauf quelques jours au moment de pluies, fin août.
Au début de ce mois-ci, le ministère de l'Agriculture estimait que la récolte française de maïs grain 2026 serait "possiblement la plus faible depuis au moins 1980", à 9 millions de tonnes, en recul de 35% sur un an.
Des chiffres "largement surestimés", selon Franck Laborde, le président, basé dans les Pyrénées-Atlantiques, de l'Association générale des producteurs de maïs, émanation de la FNSEA.
Il estime que la production sera inférieure à 7,5 million de tonnes, en chute de près de 45% par rapport à une année normale.
Selon lui, le ministère "minimise les impacts des deux stress hydrique et thermique sur les productions et (...) certainement aussi le phénomène que l'on appelle le transfert": de nombreux maïsiculteurs, confrontés à de petits épis, récoltent précocement leur maïs entier avec la plante pour l’ensiler, c'est-à-dire le transformer en fourrage pour les animaux.
- Augmenter l'irrigation ? -
Avec le réchauffement climatique, M. Laborde estime qu'il va falloir augmenter l’irrigation et construire de très grandes retenues, des ouvrages de "dizaines de millions de mètres cubes".
Interrogé par l'AFP, José-Miguel Sanchez-Pérez, directeur de recherche au Centre de recherche sur la biodiversité et l'Environnement à Toulouse, plaide pour des "retenues collinaires à l'échelle des territoires" et met en garde contre la construction de mégabassines.
S’il y a moins d’eau, "même les retenues collinaires ne seront pas la solution" et il faudra chercher des cultures qui demandent moins d’eau, argumente-t-il.
Pierre-Alain Dintilhac, élu à la chambre d'agriculture de Haute-Garonne et président du syndicat mixte local de gestion des eaux, milite, lui, pour la "création de petits lacs" afin de "permettre à chaque exploitation qui souhaite irriguer d’avoir son petit stockage d'eau".
Producteur de maïs semence en Haute-Garonne, il a pu affronter l'été grâce la petite retenue dont il dispose, une solution qui lui semble pérenne.
"Je ne parle pas de grosse retenue, la mienne elle fait 30.000 m3 elle n’est pas colossale, mais ça permet d’irriguer dix hectares".
G.Haefliger--VB