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Royaume-Uni: le parti anti-immigration Reform UK en congrès après un été difficile pour Farage
Le parti britannique anti-immigration Reform UK tient son congrès annuel à Birmingham (centre de l'Angleterre), avec l'ambition de démontrer qu'il reste un prétendant crédible au pouvoir, malgré les polémiques qui affectent son leader Nigel Farage.
Longtemps en tête des sondages et porté par des succès électoraux locaux, le champion du Brexit veut convaincre qu'il peut accéder à Downing Street, lors des législatives prévues en 2029.
Il doit détailler lors de ce rendez-vous de trois jours - auquel le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, participera vendredi - les mesures qu'un éventuel gouvernement Reform UK appliquerait lors de ses 100 premiers jours.
Mais le dirigeant de 62 ans traverse une période délicate.
Il est visé par une enquête parlementaire portant sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros), reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, peu avant son élection comme député en 2024.
Protestant de son innocence et se disant attaqué par "le système", il a en juillet remis en jeu son siège auprès des électeurs de sa circonscription de Clacton, dans le sud-est de l'Angleterre. Il a été réélu largement, mais à l'issue d'un scrutin boycotté par tous les partis, où son principal adversaire était un candidat fantaisiste, le "Comte Tête-de-Poubelle" ("Count Binface").
Au premier jour du congrès, le parti s'est retrouvé pris dans une nouvelle polémique, accusé d'avoir accepté de l'argent d'un donateur américain et de son fils établi au Royaume-Uni, pour financer trois sondages publiés plus tôt cette année, selon une enquête de la chaîne Channel 4 diffusée jeudi soir.
Les donateurs étaient en réalité des enquêteurs d'un groupe d'investigation baptisé Verbatim. Le parti a démenti tout agissement répréhensible se disant la cible d'une "supercherie". Un conseiller de Nigel Farage, James Orr a assuré sur X "qu'aucun argent n'a été versé" à Reform.
La police londonienne a indiqué qu'elle examinerait l'affaire, les dons de l'étranger à des partis étant interdits au Royaume-Uni.
"L'été a été très, très mauvais pour Reform. L'élection à Clacton a été largement perçue comme une farce", souligne à l'AFP Sam Power, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Bristol.
A Birmingham, où 8.000 personnes sont attendues, le parti veut mettre l'accent sur sa capacité à gouverner, et notamment à stopper les traversées de migrants depuis la France.
Jordan Bardella doit prendre la parole à 13H00 (12H00 GMT) avant une conférence de presse avec Nigel Farage, qui prononcera un discours en fin de journée.
Jeudi, la première journée de la conférence a permis aux responsables du parti, qui cherche à renforcer ses liens avec le monde économique, de rencontrer des représentants de grandes entreprises comme Vodafone, TikTok ou Google.
- "Vulnérable" -
Pendant un an et demi, Reform UK a dominé les sondages. Le parti a remporté de nombreux sièges en mai lors d'élections locales, qui ont précipité la chute du Premier ministre travailliste, Keir Starmer.
Mais les révélations sur le don colossal reçu du milliardaire Christopher Harborne et l'ouverture d'une enquête parlementaire - relancée depuis la réélection de Nigel Farage à Clacton - ont freiné cette dynamique.
Reform UK est par ailleurs visé par une enquête policière sur son financement.
Les déboires de Nigel Farage ont profité au travailliste Andy Burnham, qui a remplacé Keir Starmer à Downing Street le 20 juillet. Le Labour est repassé en tête des sondages avec 26% des intentions de vote contre 22% pour Reform, selon la dernière enquête de l'institut More In Common.
Plus de deux tiers des Britanniques jugent que Nigel Farage n'est pas prêt à devenir Premier ministre, selon une récente étude Ipsos.
"Celui qui a été le grand atout de Reform apparaît aujourd'hui assez vulnérable", note Paul Whiteley, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Essex.
Et si sa rhétorique anti-système peut "galvaniser la base", elle "dissuade une partie de l'électorat qui aurait pu considérer Reform comme une option", ajoute Sam Power.
Aucun d'eux n'imagine toutefois que le rôle de chef de Nigel Farage puisse être remis en cause, tant cet habile communicant, figure de la vie politique depuis trente ans, a jusqu'ici toujours réussi à rebondir.
Rencontré jeudi par l'AFP à Birmingham, Paul Mackings, élu local Reform UK, est optimiste: "Je pense que Reform va regagner ces quelques points de pourcentage et se retrouver en position de force", assure-t-il. "Je pense, j'espère, que nous serons le parti à la tête du prochain gouvernement."
clar-har-mhc/roc
T.Ziegler--VB