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"Même à Ouest-France": le premier quotidien français rattrapé par la crise
Touché par le déclin du journal papier et la baisse des revenus publicitaires, le quotidien Ouest-France, numéro un des ventes dans le pays, s'est lancé dans un plan de réduction d'emplois qui inquiète les salariés.
Avec près de 600.000 exemplaires par jour en moyenne l'an dernier (ventes numériques incluses), plus que Le Monde ou Le Figaro, le journal basé à Rennes fait des envieux dans le monde de la presse. Mais il n'échappe pas à la crise.
A l'automne, la direction a initié un plan d'économies qui touche pour la première fois les journalistes. Objectif affiché: rétablir d'ici à 2028 l'équilibre financier du quotidien, déficitaire depuis cinq ans.
Ouest-France table sur une baisse d'environ 10% de la masse salariale pour réduire ses charges annuelles de 15 millions d'euros.
Pour y parvenir, son projet baptisé Efficience 2 prévoit des gains d'efficacité et une érosion des effectifs, principalement via un non-renouvellement de CDD.
Des annonces chiffrées sont attendues dans le courant de l'année.
- Eviter un plan social -
La direction assure tout mettre en oeuvre pour "protéger les emplois permanents" et éviter un plan social comme ceux annoncés par Centre France (La Montagne...) ou Prisma (Geo, Capital...).
"Jusqu'à présent on était le bon élève. Maintenant, les salariés des autres titres de presse disent +même à Ouest-France+", soupire Vanessa Ripoche, journaliste et déléguée syndicale SNJ du quotidien.
Elle participera jeudi à une manifestation nationale à Paris pour mobiliser l'opinion face à la crise des médias.
"C'est la démocratie qui est en jeu. Si on supprime de petites rédactions ou des éditions locales, les gens ne vont plus entendre parler de ce qui se passe dans leur commune", soutient-elle auprès de l'AFP. Quand on réduit les effectifs, "l'information en pâtit forcément".
Outre la réduction du nombre de CDD, Ouest-France table sur une réduction des piges, quelques ruptures conventionnelles et des retraites progressives.
"Il y a beaucoup d'inquiétude. Les gens ont peur de perdre leur boulot", souligne Vanessa Ripoche.
Ces derniers mois, le dialogue social s'est tendu, avec une quinzaine de motions rédigées pour demander des comptes à la direction. Fait rare, fin mars, 89 des 750 journalistes du quotidien ont débrayé pendant deux heures pour dénoncer le plan d'économies.
Récemment, les syndicats ont refusé de signer un accord sur les négociations annuelles obligatoires, estimant qu'il ne prévoyait aucune amélioration sociale notable.
- Un groupe endetté -
Signe de ses difficultés, le groupe a annoncé fin mai la mise en vente de ses radios locales Hit West et Océane FM.
Le journal perd "entre 10 et 12 millions d'euros par an", relève le directeur général d'Ouest-France, Fabrice Bazard, interrogé par l'AFP.
"On n'est pas restés inactifs", explique le dirigeant, évoquant un "effort sur les charges externes" qui a déjà permis d'économiser 2 à 3 millions d'euros.
Le groupe, qui a lancé en septembre sa chaîne de télévision Novo 19, s'est aussi beaucoup endetté. Désormais, "ce n'est plus possible, il faut s'attaquer aux charges" et réduire "la masse salariale", affirme M. Bazard qui table sur des gains de productivité.
L'érosion des ventes papier de 5% à 6% par an affecte depuis longtemps l'activité imprimerie. Une rotative a encore été arrêtée début juin, avec à la clé un plan de départs volontaires d'une trentaine de personnes.
Pour l'instant, le numérique ne progresse pas suffisamment pour compenser la chute du papier. Ouest-France veut accélérer pour atteindre 300.000 abonnés numériques payants d'ici à 2028, contre 200.000 actuellement.
Si le groupe espère un rebond du marché publicitaire, il veut aussi aller au combat contre les plateformes d'intelligence artificielle pour obtenir une juste rémunération des contenus qu'elles exploitent sans contrepartie financière, en violation des droits d'auteur.
"On ne touchera pas à la couverture territoriale" du journal implanté en Bretagne, Pays-de-la-Loire et Normandie, promet Fabrice Bazard. Mais il reconnaît le besoin "d'ajuster" les moyens, en particulier dans le Finistère où Le Télégramme est dominant.
"On a la prétention de penser que s'il y a bien un média indépendant qui doit s'en sortir, c'est nous. Et objectivement, on peut améliorer beaucoup de choses", assure-t-il.
E.Gasser--VB