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En Equateur, l'armée tente de juguler l'expansion de l'extraction d'or illégale
"Ils arrivent pour bombarder!", alerte une voix masculine interceptée par une radio militaire, tandis que des dizaines de soldats progressent dans les montagnes andines de l'Equateur où l'extraction illégale d'or fait des ravages.
Quelques heures plus tard, une explosion retentit dans un ravin. Puis une autre détonation un peu plus loin projette des éclats de métal.
Ces déflagrations font partie d'une intervention de l'armée équatorienne pour tenter d'éradiquer les opérations minières illégales de groupes criminels dans la région de La Merced de Buenos Aires, dans le nord du pays, près de la frontière avec la Colombie.
L'AFP a été témoin de ces opérations en accompagnant sur le terrain un déploiement dans cette zone escarpée, où des soldats, le visage couvert "pour des raisons de sécurité", patrouillent à pied, équipés de fusils, casques et gilets pare-balles.
Lors d'autres opérations, l'armée est allée jusqu'à utiliser des chars blindés, des lance-roquettes et des mortiers pour attaquer des mines illégales dans les régions concernées.
Cette zone montagneuse "recèle de grandes richesses encore inexploitées", souligne le colonel Christian Ruales, chef de l'opération.
En 2019, les forces de sécurité ont expulsé quelque 3.000 mineurs des montagnes lors de l'une des plus grandes opérations jamais menées en Equateur contre l'extraction illégale.
Selon le colonel Ruales, la présence des soldats est essentielle pour endiguer l'extraction illégale. "Sinon, cela repartirait de plus belle", affirme-t-il.
- Plus rentable que le narcotrafic -
"Ils viennent tout faire sauter", grésille à nouveau la voix interceptée par l'armée, avertissant que les "verts" -- les soldats -- approchent.
Malgré la présence militaire permanente, l'extraction d'or tourne à plein régime, la valeur du précieux métal ayant atteint en janvier un record de près de 5.600 dollars l'once.
Selon la Chambre équatorienne des mines, ce commerce illégal génère, dans certains pays d'Amérique latine, des profits encore plus élevés que le trafic de drogue.
En Equateur, entre 60% et 70% de l'or extrait est illégal, créant plus de 1,6 milliard de dollars par an.
"Je vois des opérations (militaires, ndlr), mais l'exploitation minière ne s'arrête pas pour autant", témoigne Brian Proano, qui a travaillé quelques mois dans ce secteur illégal. "L'exploitation minière va continuer, parce qu'il n'y a pas de travail ailleurs", estime le jeune homme.
Cette activité entraîne des problèmes à la fois environnementaux et sociaux à La Merced de Buenos Aires.
L'AFP a constaté des traces de produits chimiques, comme le cyanure, rejetés par une installation clandestine de raffinage d'or sur la berge d'une rivière, d'où s'écoulait un liquide visqueux dégageant une forte odeur de vinaigre.
Le front Oliver Sinisterra -- un groupe dissident de l'ancienne guérilla colombienne des Farc, aujourd'hui dissoute -- est actif dans la région. L'exploitation locale de l'or a déclenché une lutte de pouvoir entre ce front et le gang équatorien Los Lobos.
Lié au Cartel de Jalisco Nouvelle Génération au Mexique et fort de milliers de membres à travers le pays, Los Lobos est l'une des "organisations criminelles les plus puissantes" d'Equateur, selon Insight Crime. Le gang se livre à l'extraction illégale et a même mis la main sur certaines opérations légales, précise l'ONG.
Les groupes criminels extorquent et intimident les mineurs mais aussi la population, composée principalement d'agriculteurs.
Avec le soutien des Etats-Unis, le gouvernement du président de droite Daniel Noboa tente de réprimer les gangs et cartels qui sévissent dans tout le pays sud-américain, autrefois connu pour sa tranquillité. Avec peu de résultats. Le pays a enregistré en 2025 un taux d'homicide de 51 pour 100.000 habitants, l'un des plus élevés d'Amérique latine.
T.Suter--VB