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En Inde, les assurances anti-chaleur commencent à faire leur trou
C'est devenu inévitable, l'Inde bout chaque été sous un soleil suffocant, qui fait aussi fondre une partie des revenus de Lata Solanki. Mais depuis deux ans, cette vendeuse de vêtements d'Ahmedabad (ouest) peut compter sur une assurance pour en récupérer une partie.
La nouvelle police qu'elle a souscrite lui verse automatiquement une indemnité dès lors que la température dépasse deux jours d'affilée les 43,72 degrés Celsius (110 degrés Fahrenheit).
En 2023, la fournaise qui a sévi dans l'Etat du Gujarat a rendu malade Lata Solanki, 43 ans, et l'a contrainte à arrêter pendant vingt jours de vendre sa marchandise au domicile de ses clients et au marché. Une perte sèche de 2.000 roupies (18 euros environ).
L'année d'après a été aussi chaude mais, grâce à son assurance dite "paramétrique", elle a touché 750 roupies de compensation (6,5 euros). Un réel soulagement dans un pays où le revenu mensuel moyen d'un ménage rural n'atteint que 10.000 roupies (90 euros).
"Au moins on se sent un peu soutenue", se réjouit la vendeuse. "Avec la chaleur, le ventilateur tourne jour et nuit et la facture d'électricité grimpe."
A l'heure où le réchauffement de la planète pousse le thermomètre près de la barre des 50 degrés en mai et en juin, des compagnies se sont lancées sur le créneau des assurances anti-chaleur.
Selon une étude du groupe Lancet Countdown, l'Inde a perdu 247 milliards d'heures de travail en 2024 à cause des températures extrêmes, soit l'équivalent de 165 milliards d'euros de revenus.
- Protection renforcée -
L'agriculture et les travaux publics sont les principaux secteurs touchés. A fortiori dans un pays où près de 90% de la main-d'œuvre travaille dans le secteur informel, sans la moindre protection sociale.
Contrairement aux polices classiques, les assurances paramétriques ne requièrent pas l'évaluation d'un dommage de l'assuré, mais lui verse une indemnité sitôt certaines conditions constatées.
D'autres assurances de ce type existent déjà en Inde.
L'Etat du Nagaland (nord-est) a ainsi couvert ses habitants contre les pertes économiques des inondations. La couverture, payée par les autorités, s'enclenche dès lors que le niveau des pluies atteint un certain seuil.
Le ministère fédéral de l'Intérieur envisage d'y recourir lui aussi, afin dit-il "de compléter les assurances classiques et de renforcer la protection de la population".
La police souscrite par Lata Solanki est le fruit d'une collaboration de l'organisation à but non lucratif Mahila Housing Trust (MHT) et de la compagnie Go Digit, avec le soutien de l'initiative Climate Resilience for All (CRA).
En charge du programme au MHT, Nital Rahul Patel explique que l'idée est née de discussions avec des salariées d'Ahmedabad, la capitale du Gujarat, où les températures dépassent régulièrement les 45 degrés.
"En épluchant leurs dépenses nous avons réalisé que leur revenu reculait de 2.000 à 2.500 roupies (18 à 22 euros) pendant les quatre mois d'été", explique-t-il.
A son lancement en 2024, la nouvelle assurance couvrait 26.000 femmes pour une prime de 354 roupies (3,2 euros), couverte par le CRA. Il n'a versé aucune indemnité en 2025 car les températures n'ont pas atteint le seuil.
- "Mieux que rien" -
Pour la saison 2026, plus de 30.000 femmes sont couvertes. Le seuil de déclenchement a été abaissé à 42,74 degrés Celsius (108 degrés Fahrenheit) et prévoit de verser automatiquement 850 à 2.000 roupies (7,5 à 18 euros) s'il est atteint deux jours de suite.
Cette protection ne se limite pas à celles qui travaillent en plein air. Rakhi Gulshan Singh, une couturière de 30 ans qui gagne 4.000 roupies (35 euros) par mois, est assurée même si elle travaille à domicile.
"Quand la machine à coudre tourne, il fait encore plus chaud", dit la jeune femme, qui a touché 750 roupies en 2024. "Ce n'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien".
En charge de la comptabilité à GoDigit, Adarsh Agarwal assure que ce "produit de niche" a permis d'aider plus de 50.000 assurés depuis son lancement.
"C'est plus rapide et plus transparent qu'une assurance classique. Mais les versements sont relativement modestes", relève l'expert Aniruddha Bhattacharjee, de Climate Trends.
"Les compagnies vont devoir recalibrer les indemnités et les conditions de paiement car l'impact du changement climatique va devenir plus difficile à prédire", ajoute-t-il.
Lata Solanki espère quand même bien en profiter cette année. Et si ce n'est pas le cas, elle "restera assurée, même s'il faut payer la prime de ma poche".
H.Gerber--VB