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Argentine: grève générale contre la réforme du travail de Milei, fort suivi revendiqué
Gares et arrêts de bus vides, plus de 250 vols annulés, manifestation sous surveillance : le président argentin Javier Milei fait face jeudi à la quatrième grève générale de son mandat, une mobilisation très suivie selon les syndicats, contre une réforme de dérégulation du travail qui pourtant progresse au Parlement.
Depuis minuit (03H00 GMT), transports, banques, usines ou fonction publique attestaient à Buenos Aires d'une journée au ralenti, à défaut de paralysie.
Le matin à l'heure de pointe normale, la capitale offrait une image contrastée: trafic de voitures bien plus dense qu'a l'accoutumée, mais des arrêts de bus, d'habitude bondés, quasi vides, malgré quelques bus.
"Je vais travailler parce que j’ai peur de perdre mon emploi, mais je n’arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied", se résigne Nora Benitez, infirmière de 46 ans, à cinq kilomètres de son lieu de travail.
- Suivi "impressionant" -
La CGT (péroniste, centre gauche), plus grande centrale syndicale du pays, à l'origine de la grève, a revendiqué un suivi "très important".
"Le niveau de suivi, d'accompagnement est impressionnant", a affirmé sur Radio con Vos Jorge Sola, son co-secrétaire général. Une grève aux "niveaux de suivi comme il n'y en a jamais eu sous ce gouvernement", a-t-il insisté.
Une très grande majorité des commerces sont restés ouverts, quelques-uns toutefois privés d'employés retenus faute de transport, a constaté l'AFP.
Dans l'air flottaient des relents d'ordures amoncelées dans la chaleur de l'été austral, faute de ramassage depuis la veille.
A Aeroparque, aéroport central de la capitale, des voyageurs scrutaient les panneaux bardés du rouge des vols annulés. Aerolineas Argentinas a annoncé suspendre 255 vols, affectant 31.000 passagers.
La grève illustre un regain de tension sociale, quatre mois après le succès électoral de l'ultralibéral Javier Milei, sorti renforcé des législatives de mi-mandat. Elle vise la réforme du travail, projet-clef de sa deuxième moitié de mandat, dont débat jeudi la Chambre des députés.
La réforme facilite notamment les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail (8 à 12 heures), étend les services dits "essentiels" en cas de grève, autorise le fractionnement des congés.
- "Modernisation" vs "précarisation" -
Pour l'exécutif, cette "modernisation du travail" (nom du projet de loi) doit permettre de doper l'embauche dans une économie à plus de 40% d'emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme "l'industrie des procès", une judiciarisation à outrance du monde du travail.
"Pas une modernisation, une précarisation", rétorque la CGT, dénonçant une loi "régressive".
Pour autant, le projet de loi avance: il a été approuvé la semaine dernière au Sénat, moyennant quelques compromis de l'exécutif - notamment sur les cotisations patronales à la couverture santé.
Et le gouvernement est confiant dans le feu vert des députés, après une nouvelle concession, l'abandon d'indemnités dégressives pour longs arrêts maladie. S'il est approuvé, le texte devra repasser une dernière fois au Sénat pour avaliser ces changements.
La CGT n'a pas appelé à manifester jeudi, contrairement à plusieurs syndicats et des petits partis ou mouvements de gauche radicale.
Plusieurs colonnes, éparses, ont convergé ainsi en début d'après-midi vers le parlement, alors que débutait le débat des députés, a constaté l'AFP.
"On est venu apporter notre grain de sable, contre une réforme, qui non seulement n'est pas bonne pour créér de l'emploi, comme ils disent, mais aggrave la situation et donne davantage à ceux qui ont", pestait dans un cortège Amilcar La Cueva, métallurgiste de 53 ans.
Une manifestation il y a huit, au moment du débat au Sénat sur cette loi, avait donné lieu à de brefs mais violents heurts entre petits groupes de manifestants et police, jets de pierres et cocktails Molotov contre gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc.
Un dispositif policier massif était présent jeudi aux abords du Parlement.
Javier Milei, lui, loin de la grève et d'éventuelles tensions, assistait jeudi à Washingon, à la première réunion du "Conseil de paix" de son allié Donald Trump.
Au pouvoir depuis décembre 2023, il a enregistré un succès macro-économique majeur en maîtrisant l'inflation, ramenée de plus de 150% à 32%, en interannuel. Mais aux prix d'une austérité budgétaire, de coupes dans l'emploi public, qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300.000 emplois ont été perdus, publics et privés confondus.
N.Schaad--VB