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Scaf: Airbus ouvre la voie à deux avions de combats
Airbus, représentant l’Allemagne et l’Espagne dans le projet européen Scaf, a ouvert la porte à une solution à deux avions de combat, alors que le programme reste bloqué depuis des mois sur fond de tensions industrielles avec le français Dassault.
"Si nos clients l’exigent, nous soutiendrions une solution à deux volets et nous nous engageons à jouer un rôle de premier plan", a déclaré Guillaume Faury, au cours d'une conférence de presse à Toulouse.
C'est la première fois qu'une telle possibilité qui équivaudrait à un échec pour ce projet emblématique de coopération dans la défense européenne est évoquée publiquement au niveau industriel.
Les dirigeants politiques qui devaient trancher en décembre sont désormais attendus fin février.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement douté mercredi des perspectives d'avenir du système de combat aérien du futur (Scaf) sur fond de tensions entre Airbus et Dassault Aviation qui représente la France.
L'Espagne a pour sa part affirmé jeudi qu'elle restait "pleinement engagée" dans le programme.
"Notre pays reste pleinement engagé dans le programme, sur la base des principes établis par les pays (Allemagne, France et Espagne) dans l'accord-cadre signé en juin 2019", a indiqué le ministère de la Défense dans une réponse à l'AFP.
Selon l'Elysée mercredi, Emmanuel Macron reste "engagé pour le succès du projet" Scaf et juge "incompréhensible" que les divergences ne soient pas "surmontées" au moment où l'Europe doit" montrer unité et performance".
"Il n'y a plus que le président Macron qui y croit", a déclaré cette semaine à l'AFP une source politico-industrielle européenne.
- "Nouveaux partenariats" -
"Nous croyons également qu’une ambition de cette envergure ne peut être réalisée que par la coopération", a souligné Guillaume Faury.
"Mais le blocage autour d’un pilier unique ne doit pas mettre en danger l’avenir entier" de ce programme, a-t-il ajouté en soulignant que les autres piliers progressaient "de manière satisfaisante, principalement le "cloud de combat".
Selon le patron d'Airbus, la solution à deux avions pourrait "être une opportunité d’avoir d’autres partenaires avec nous".
"Il appartient à nos clients de décider avec qui ils veulent s’allier (...) Nous n’en sommes pas encore là", a dit Guillaume Faury.
La possibilité pour Airbus de s'associer à l'Italie, au Royaume-Uni et au Japon qui développent un projet concurrent (GCAP, Global Combat Air Programme) semble peu probable, car celui-ci est déjà largement défini, laissant peu d'influence ou de place à l'Allemagne.
Une source industrielle allemande évoquait en revanche vendredi la possibilité d'un partenariat avec le suédois Saab, avec lequel la direction d'Airbus a une "bonne relation".
Mais un expert interrogé par l'AFP juge cette option peu probable car "les Suédois font des petits avions alors que les Allemands veulent plutôt un gros avion".
Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le Scaf est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".
Selon les accords existants, la France, désignée leader du projet, l'Allemagne et l'Espagne doivent participer au développement chacune à hauteur d'un tiers.
Mais le français Dassault, maître d'oeuvre du pilier avion de combat, exige de revoir la gouvernance pour avoir la liberté de choisir ses sous-traitants.
Pour Jerôme Rein, expert défense du cabinet de conseil Boston Consulting Group, le projet Scaf "dépasse" l'avion de combat et repose sur un système de combat collaboratif et l'interopérabilité entre les armées.
"Mais on parle de milliards de dollars de coûts de développement qu'il faut ensuite amortir. Est-ce qu'il y a l'argent pour développer plusieurs avions de combat?", s'interroge-t-il dans un entretien avec l'AFP.
A.Ruegg--VB