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Réformes de l'UE: constat d'urgence partagé, divergences Macron-Merz sur les recettes
Plusieurs dirigeants européens ont partagé mercredi le constat de l'"urgence" de réformes pour échapper au déclin et devenir "une puissance indépendante". Mais Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont aussi défendu des solutions parfois divergentes, laissant présager de vifs débats franco-allemands dans les semaines à venir.
"Il est bientôt trop tard", a prévenu le président français devant un parterre d'industriels européens réunis pour leur sommet annuel à Anvers, en Belgique, à la veille d'un sommet informel des dirigeants de l'Union européenne.
L'UE peut selon lui "rester assez lente" au risque d'un "lent déclin", ou alors "se compromettre avec ceux qui tentent de tuer notre économie", ce qui reviendrait à accepter une "vassalité heureuse" à l'égard des Etats-Unis ou de la Chine.
Face à ce dilemme, "faire de l'Europe une puissance indépendante" est la "seule" solution, a-t-il plaidé.
Le président français a repris les recettes défendues par la Commission européenne: simplification réglementaire du marché intérieur, diversification des partenaires commerciaux, et protection via une préférence européenne dans les secteurs stratégiques. "Nous finançons si souvent des solutions non-européennes: nous sommes dingues!", a-t-il protesté.
Il a ainsi fait écho à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen qui a exhorté l'Europe à "éliminer les entraves" internes à sa compétitivité, si elle veut devenir "un vrai géant mondial".
Devant le Parlement européen, l'ex-ministre allemande a estimé qu'il fallait éliminer "un par un" les obstacles qui nuisent à l'activité économique.
"Nos entreprises ont besoin de capitaux dès maintenant. Nous devons le faire cette année", a-t-elle lancé aux eurodéputés réunis à Strasbourg, avant de répéter son message à Anvers.
Dans la capitale des Flandres, le Premier ministre belge Bart De Wever a aussi estimé qu'il y avait "aujourd'hui un pistolet pointé sur le coeur de l'Europe, de son industrie et de sa compétitivité".
Même sentiment d'urgence pour le chancelier allemand.
"Après 25 ans de déclin progressif par rapport à nos principaux concurrents, il est temps de nouveau de prendre des décisions fortes", a déclaré Friedrich Merz devant les industriels, qui veut en priorité "déréguler tous les secteurs".
Mais des nuances fortes ont émergé sur les recettes à appliquer.
- "Préférence européenne" -
La "préférence européenne", idée longtemps portée par la France, est encore vue par plusieurs pays, notamment en matière de défense, comme une manière pour Paris de placer notamment les armements fabriqués en France.
Le dirigeant allemand a ouvert la voie à cette solution, mais réservée "uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort". Surtout, au "Made in Europe", il a dit préférer l'approche "Made with Europe", ou "fabriqué avec l'Europe", qui risque de paraître insuffisante aux Français.
En face, Emmanuel Macron a martelé son plaidoyer pour des "eurobonds", une autre vieille idée très française relancée la veille pour financer des investissements massifs et rester dans la course face à Washington et Pékin.
"Si nous voulons investir suffisamment dans la défense et la sécurité spatiale, les technologies propres, l'intelligence artificielle et le quantique, transformer notre productivité et notre compétitivité, la seule solution est de recourir à l'émission d'une dette commune", a-t-il déclaré.
Cette idée est défendue par la France depuis des années mais toujours repoussée par d'autres pays, dont l'Allemagne, qui ne l'a soutenue qu'à de rares exceptions, notamment pour relancer l'économie après la pandémie de Covid-19.
"Nous vivons une période totalement inédite", a affirmé Emmanuel Macron. "Nous devons donc accepter de prendre des mesures cruciales qui ne sont pas très communes dans la boîte à outils européenne classique".
Intervenant juste après lui, Friedrich Merz n'a même pas évoqué cette solution, critiquée dès mardi par une source gouvernementale allemande.
Le traditionnel moteur franco-allemand réussira-t-il à trouver une position commune, au moment où le chancelier semble se rapprocher de la Première ministre italienne Giorgia Meloni tandis que le président français approche de la fin de son mandat, dans un an?
Emmanuel Macron comme Ursula von der Leyen ont tous les deux estimé que faute d'accord à Vingt-Sept d'ici juin, les pays volontaires devront pouvoir avancer seuls sur certains volets dans le cadre de "coopérations renforcées".
T.Suter--VB