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Keir Starmer sur la défensive dans l'affaire liant Mandelson à Epstein
Le Premier ministre britannique Keir Starmer va devoir s'expliquer mercredi au Parlement sur sa décision contestée de nommer comme ambassadeur aux Etats-Unis Peter Mandelson, désormais sous le coup d'une enquête pénale en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein.
L'opposition conservatrice veut contraindre le chef du gouvernement travailliste à publier tous les documents liés à la nomination de Mandelson et aux conditions de sa révocation, en septembre 2025, après seulement sept mois à Washington.
Le gouvernement s'est dit prêt à dévoiler des informations, à l'exception de celles qui pourraient "être préjudiciables à la sécurité nationale ou aux relations internationales". Les députés britanniques pourraient être appelés à voter sur la publication de ces documents et contester les exceptions proposées.
Pour Keir Starmer, déjà impopulaire, le scandale entourant Peter Mandelson est une épreuve supplémentaire, qui suscite le mécontentement au sein même du Labour.
Figure du parti travailliste, artisan avec Tony Blair du New Labour, plusieurs fois ministre, ancien commissaire européen, Peter Mandelson, 72 ans, est un homme d'influence qui a toujours su rebondir. Jusqu'à ce que son amitié avec le pédocriminel Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019, finisse par le faire tomber.
Des documents publiés vendredi par le ministère américain de la Justice font maintenant soupçonner qu'il ait divulgué au financier américain des informations susceptibles d'influer sur les marchés, notamment lorsqu'il était ministre du Commerce dans le gouvernement travailliste de Gordon Brown, de 2008 à 2010.
La police a ouvert mardi une enquête pénale le visant, peu après que Gordon Brown lui ait transmis des informations sur ce qu'il a qualifié d'"acte inexcusable et antipatriotique" de la part de Mandelson.
- "Sordide affaire" -
Mandelson a quitté le parti travailliste dimanche soir, puis la Chambre des Lords mercredi. Il n'a pas commenté les dernières révélations.
Dimanche, il avait en revanche indiqué n'avoir "ni trace, ni souvenir" de versements d'un total de 75.000 dollars (63.200 euros) de la part du financier américain en 2003 et 2004, comme l'indiquent des relevés bancaires publiés dans le cadre du dossier Epstein.
Il avait également assuré ne pas savoir qui était la femme à ses côtés sur une photo le montrant en t-shirt et caleçon, publiée dans le même cadre.
En janvier, dans une interview à la BBC, Mandelson avait fini par s'excuser auprès des "femmes et filles qui ont souffert" des agissements d'Epstein, reconnaissant avoir eu tort d'avoir maintenu ses liens avec le criminel sexuel après la condamnation de ce dernier en Floride en 2008 pour recours à des prostituées mineures.
L'ancien ministre avait auparavant assuré avoir été "tenu à l'écart", en raison de son homosexualité, des agissements sexuels du financier, qui recrutait des jeunes filles mineures pour les exploiter.
Peter Mandelson avait été démis de ses fonctions d'ambassadeur à la suite de précédentes révélations, notamment une lettre qu'il avait écrite pour les 50 ans d'Epstein dans lequel il disait le considérer comme son "meilleur ami".
En annonçant sa révocation, le gouvernement avait alors assuré que "l'étendue des relations de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein" n'était pas connue au moment de sa nomination.
Mais Keir Starmer est désormais sous pression pour en apporter la preuve.
"Cette dissimulation a trop duré", a dénoncé mercredi la cheffe des Tories, Kemi Badenoch sur X.
"Aujourd'hui, les députés ont le choix: soutenir nos efforts pour révéler la vérité sur la manière dont Mandelson a été nommé ambassadeur et les raisons de cette nomination malgré ses liens avec le pédophile Epstein; ou aider Starmer et (son chef de cabinet) Morgan McSweeney à échapper à l'examen minutieux de cette sordide affaire".
A.Ruegg--VB