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Arts de la table: le verrier Arc placé en redressement judiciaire
Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, a été placé mercredi en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché, faisant redouter des centaines de suppressions d'emplois.
Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3.500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de multiples plans de refinancement soutenus par l'État, le dernier il y a un an à peine.
Le groupe a précisé mercredi que son effectif global est de 5.700 personnes, dont 3.500 en France, le redressement concernant la branche Arc France.
Le tribunal de commerce de Lille Métropole a validé mercredi sa demande de placement en redressement judiciaire, ont annoncé la préfecture du Pas-de-Calais et les collectivités territoriales concernées dans un communiqué commun publié en début d'après-midi.
C'est "le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s'adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé", estime le directeur général d'Arc France Nick Hodler, cité dans un communiqué du groupe.
Malgré un énième plan de refinancement et de relance validé en avril dernier par la justice, "notre modèle doit encore se transformer en profondeur (...), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs", prévient M. Hodler.
"Il y a plusieurs centaines d'emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l'ordre de 500 personnes", craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France interrogé par l'AFP.
- Une offre de reprise -
L'environnement de marché pour Arc est très difficile, confirme ce syndicaliste, entre "la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d'achat" et la concurrence, déloyale selon lui, des produits importés d'Asie.
"On est envahi de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu'on aura ça, on peut faire tous les plans qu'on veut, on sera toujours trop chers", regrette M. Specque.
Timothée Durand, membre d'une famille de propriétaires historiques d'Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu'en 2024, va présenter un projet de reprise de la société, précise l'entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de "sérieuse" et "réaliste".
"Il a Arc dans les tripes, je pense qu'il a envie que la boîte de son grand-père continue, que les boîtes françaises continuent", espère Patrice Bollengier, délégué syndical CFE-CGC.
Timothée Durand avait déjà proposé une offre de reprise en 2024, alors rejetée, même si son projet était "cohérent", selon ce syndicaliste.
"Il faut vraiment travailler sur les structures de production pour les adapter au marché, ce qui est vraiment compliqué", estime M. Bollengier.
"L'État sera attentif aux conséquences humaines et sociales" de cette nouvelle procédure pour Arc, "dans la continuité du soutien apporté par l'État à ce groupe depuis plusieurs années", a réagi le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin dans une déclaration transmise à l'AFP.
Le ministre compte rencontrer jeudi M. Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que "l'Etat examinera avec sérieux" toutes les autres offres de reprise susceptibles de venir par la suite.
Le préfet du Pas-de-Calais, les présidents de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand (LR) et du département Jean-Claude Leroy (PS), ainsi que d'autres élus locaux ont proposé de recevoir jeudi les organisations syndicales d'Arc pour "échanger sur la situation, le déroulement de la procédure et les dispositifs d'accompagnement susceptibles d'être mobilisés", selon leur communiqué commun.
Fondé en 1825, Arc produit notamment des ustensiles pour la table (verres, assiettes) sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d'Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d'entrée de gamme pour le géant suédois de l'ameublement Ikea.
Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000: en 20 ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois.
Ces dernières années, Arc a été durement touché par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l'énergie et l'inflation, qui ont érodé ses ventes, et a aussi souffert des inondations historiques dans le Pas-de-Calais en 2023-24.
Début 2025 un plan de refinancement de 42 millions d'euros avait été validé par la justice, avec l'arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires.
En parallèle, l'État avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d'euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu'il avait déjà prêté plus de 138 millions d'euros au groupe entre 2020 et 2023.
R.Buehler--VB