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Mission délicate de Merz à Washington, en quête d'une bonne entente avec Trump
L'Allemand Friedrich Merz rencontre Donald Trump jeudi à Washington, une visite test pour ses débuts de chancelier bousculés par l'offensive américaine sur les droits de douane et l'incertitude quant au soutien des Etats-Unis à l'Ukraine.
Depuis un mois à la tête de la première économie européenne, le dirigeant de 69 ans s'est déjà entretenu à plusieurs reprises au téléphone avec le locataire de la Maison Blanche.
Le moment est venu du tête-à-tête avec l'imprévisible président américain, dont le retour au pouvoir a tout changé dans la relation transatlantique que les Européens, au premier rang desquels l'Allemagne, pensaient inébranlable.
La bataille commerciale sera au centre des discussions, après l'entrée en vigueur mercredi d'un doublement des taxes sur l'acier et l'aluminium et à quelques semaines de la date à laquelle le président américain veut imposer des droits de douane de 50% sur tous les produits européens, un cauchemar pour l'économie allemande déjà affaiblie.
"L'Allemagne est la troisième économie mondiale et nous avons beaucoup à offrir en tant que partenaire économique des Etats-Unis", a assuré le porte-parole du chancelier, Stefan Kornelius, à la veille de la rencontre.
Avant les sommets du G7 au Canada (15-17 juin) et de l'Otan à La Haye (24-26 juin), la rencontre à la Maison Blanche permettra aussi de sonder l'humeur du président américain sur le conflit en Ukraine alors que les Européens cherchent à convaincre Donald Trump d'accentuer les sanctions contre la Russie.
Le président américain a de nouveau parlé au téléphone avec Vladimir Poutine mercredi.
- "Interlocuteur privilégié" -
Après l'entretien suivi d'un déjeuner, Friedrich Merz et Donald Trump devraient s'exprimer face à la presse dans le bureau ovale, épreuve médiatique redoutée depuis le clash entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et son hôte américain.
Le chancelier allemand, jugé impulsif, attend le rendez-vous "avec sérénité", assure-t-on à Berlin.
M. Merz "aura surtout à cœur de nouer de bons contacts avec Trump", souligne le magazine Der Spiegel. "Le chancelier souhaite jouer un rôle de premier plan en Europe" et cela serait un avantage s'il devenait son "interlocuteur privilégié".
Les conditions semblent propices. Multi-millionnaire, parlant couramment anglais, Friedrich Merz est comme Donald Trump un homme d'affaires - il a travaillé pour BlackRock, le premier gestionnaire d'actifs du monde - et partage son goût pour le golf.
Le chancelier a aussi donné des gages en promettant de satisfaire d'ici début 2030 l'exigence américaine d'une augmentation des dépenses de défense et de sécurité des pays de l'Otan à 5% de leur PIB.
Les deux hommes, qui s'appellent par leurs prénoms, ont de "très bonnes relations", assure Stefan Kornelius.
M. Merz a récemment plaisanté aux dépends de l'Américain lors d'un forum à Berlin. Chaque "deuxième ou troisième mot" du président est "great" et les conversations tournent "beaucoup autour de Trump", a-t-il dit.
Au-delà de ces railleries, les sujets contentieux sont nombreux. Depuis son premier mandat, à l'époque d'Angela Merkel, Donald Trump est obsédé par l'excédent commercial de l'Allemagne avec les Etats-Unis, qui n'a cessé de se creuser, avec les exportations de voitures comme point de fixation.
Atlantiste convaincu, Friedrich Merz se heurte aussi à un homme qui remet en cause ce partenariat sur lequel l'Allemagne a forgé son identité après les horreurs du nazisme.
Au point que, sitôt élu, le chancelier avait prôné "une véritable indépendance vis-à-vis des Etats-Unis", des propos longtemps inimaginables pour un dirigeant conservateur allemand.
Il ne faut pas attendre un "résultat sensationnel" de la rencontre, a d'ailleurs estimé le député conservateur Roderich Kiesewetter, expert des questions de défense, car les Etats-Unis de Trump sont "moins intéressés par la sécurité de l'Europe qu'auparavant".
Dans ce contexte, M. Merz a déjà resserré les liens avec ses grands partenaires français, polonais et britannique pour travailler à une Europe de la défense.
Autre sujet délicat: les immixtions américaines dans la politique intérieure allemande.
Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a récemment dénoncé une "tyrannie déguisée" en Allemagne après que le parti d'extrême droite AfD eut été qualifié "d'extrémiste de droite".
"Le ton est rude comme il ne l'a pas été depuis longtemps. Et nous vivons des changements profonds aux Etats-Unis, dont l'issue est incertaine", a reconnu le chef de la diplomatie Johann Wadephul dans un discours mardi soir.
A.Zbinden--VB