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Commerzbank resserre les rangs face aux visées d'UniCredit
Direction, salariés et actionnaires de Commerzbank ont affiché leur opposition jeudi face aux ambitions de rachat de l'italienne UniCredit lors de l'assemblée des actionnaires de la deuxième banque privée allemande.
Après une année 2024 marquée par un bénéfice historique de 2,7 milliards d'euros, Commerzbank "a encore ses plus belles années devant elle", a déclaré la présidente du directoire, Bettina Orlopp, lors d'un discours régulièrement salué par les applaudissements de quelque 600 participants.
La deuxième banque allemande privée, sauvée par l'Etat allemand en 2008, est sous pression depuis que sa rivale UniCredit, pilotée par son bouillonnant patron Andrea Orcel, a profité à l'automne de la sortie partielle de l'État allemand pour entrer massivement au capital.
La banque milanaise a depuis reçu le feu vert pour augmenter sa participation jusqu'à 29,99%, proche du seuil de déclenchement d'une offre publique obligatoire.
- Pas de tabou -
Lors de la discussion générale, Klaus Nieding, de l'association de petits actionnaires DSW, a rejeté une possible acquisition par UniCredit, appelant les actionnaires à "s'y opposer clairement".
L'indépendance de Commerzbank "serait préférable, ne serait-ce que pour la place économique allemande", déclare à l'AFP Josef Simon, 70 ans, petit actionnaire présent dans la salle du palais de congrès de Wiesbaden (ouest), près de Francfort où le groupe a son siège.
"L'intérêt de l'ensemble de la banque et de ses parties prenantes" doit primer, a souligné Andreas Thomae, du gestionnaire d'actifs Deka, à l'adresse du podium occupé par l'ensemble des membres du directoire et du conseil de surveillance.
La direction devrait à ce titre étudier toutes les options stratégiques, y compris avec UniCredit, a estimé de son côté Hendrik Schmidt, pour le gestionnaire d'actifs DWS.
"Les coopérations ne doivent pas être tabou", a-t-il prévenu.
Chaque scénario alternatif devra "être évalué à l'aune de la stratégie autonome et très attractive actuellement suivie par la banque" qui ambitionne d'augmenter son bénéfice de plus de 50% d'ici 2028, a répondu Mme Orlopp.
En amont de l'assemblée tenue en présence pour la première fois depuis 2019, environ 200 salariés s'étaient rassemblés devant le palais des congrès dans l'unique but de soutenir l'indépendance de la deuxième banque privée allemande créée il y a 155 ans.
Ce scénario serait "mieux pour nous", a déclaré à l'AFP Christine Pfeiffenberger, 52 ans, salariée de la banque au logo jaune, portant une pancarte où était écrit en italien "mon coeur bat en jaune".
Kevin Voß, membre du syndicat des services Verdi et du conseil de surveillance de Commerzbank, redoute qu'un rachat par UniCredit ne provoque une nouvelle "hécatombe d'emplois" en Allemagne, comme jadis chez la bavaroise HypoVereinsbank, acquise par l'italienne dans les années 2000.
Pour conforter son indépendance, Commerzbank a engagé un plan social pour supprimer plus de 3.000 emplois en Allemagne, sur 21.000, avec l'approbation du comité d'entreprise, et opéré un programme de rachat de propres actions.
UniCredit, en tant que grand actionnaire détenant à ce jour près de 10%, n'est pas représenté à l'assemblée des actionnaires.
Son PDG, Andrea Orcel, alimentant régulièrement les spéculations sur un rachat, a envoyé un courrier au gouvernement allemand de Friedrich Merz, entré en fonction la semaine dernière, pour entamer un dialogue, écrit l'agence Bloomberg.
La fusion, qui serait l'une des plus ambitieuses depuis la crise financière de 2008, a ses partisans qui appellent de leurs voeux la formation de champions bancaires européens capables de s'affirmer dans la compétition internationale.
Le patron italien d'UniCredit vante le "potentiel" d'un tel mariage au moment où l'Europe cherche à stimuler sa croissance économique et ses capacités d'investissement.
Mais la perspective d'un rachat suscite la méfiance à Berlin, alors que l'Etat fédéral reste le principal actionnaire de Commerzbank avec 12% du capital.
En Bourse, le titre a fait un bond de plus de 60% depuis le début de l'année, rendant toute tentative de rachat nettement plus onéreuse.
G.Schmid--VB