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Frontaliers, vos papiers : nouvelles règles, vieux souvenirs à l'entrée en Allemagne
Polonais, il s'était habitué à passer en Allemagne sans emporter ses papiers. Une période révolue avec les contrôles anti-immigration renforcés par Berlin qui donnent l'impression à Bartlomiej Bartczak de revenir vingt ans en arrière.
Sur le pont séparant Guben, petite commune allemande, de sa jumelle polonaise Gubin, un policier allemand lève à intervalles réguliers son panneau "Halt" ("Stop") rouge et blanc, à l'adresse des automobilistes.
Une scène en passe de devenir routinière avec l'annonce cette semaine par le nouveau gouvernement de Friedrich Merz du refoulement aux frontières de la plupart des demandeurs d'asile, "sauf les groupes vulnérables, comme les enfants et les femmes enceintes".
Ce nouveau tour de vis migratoire s'accompagne du déploiement de policiers supplémentaires aux points d'entrée vers l'Allemagne, déjà visibles vendredi le long de la frontière avec la Pologne, selon des témoignages recueillis sur place par l'AFP.
"Les souvenirs remontent à la surface", s'émeut Bartlomiej Bartczak, 47 ans.
- "On a vécu tout ça enfant" -
"On a vécu tout ça quand on était enfant, puis on a connu cette période sans contrôles aux frontières, sans papiers d'identité. Et soudain, on revient à cette époque", décrit ce consultant polonais, habitant de Gubin dont il fut maire sans étiquette pendant 18 ans jusqu'à l'an dernier.
Le gouvernement polonais a été l'un des premiers à exprimer son irritation, malgré les assurances de Friedrich Merz d'une action menée en concertation avec les pays voisins.
L'immigration appelle une "solution européenne commune", a averti la présidente de la Commission Ursula von der Leyen en recevant le dirigeant allemand vendredi à Bruxelles.
Guben et Gubin, deux villes d'environ 15.000 habitants, ne formaient autrefois qu'une seule cité qui fut divisée par la frontière germano-polonaise tracée le long de la rivière Neisse après la Seconde Guerre mondiale.
Le trafic restait fluide en fin de semaine d'une rive à l'autre, les policiers arrêtant les camionnettes et laissant passer les voitures.
"Les agents sont tellement expérimentés qu'ils savent reconnaître à la plaque d'immatriculation s'ils doivent effectuer un contrôle", affirme Fred Mahro, le maire de Guben l'allemande où de très nombreux frontaliers polonais viennent travailler.
- "Important d'agir" -
Cet élu de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti conservateur de Friedrich Merz, accueille avec satisfaction les nouvelles mesures qu'il souhaite "permanentes jusqu'à ce que les frontières extérieures de l'Europe soient sécurisées".
"Il était important d'agir", assure l'élu de 64 ans, reprenant les arguments du gouvernement qui entend enrayer la progression continue du parti d'extrême droite AfD, devenu première force d'opposition au parlement.
Les chiffres de l'immigration "sont trop élevés, la charge est trop lourde, les communes sont débordées, le système de santé est débordé, le système social est débordé", a affirmé cette semaine le nouveau ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt.
Au total, 250.945 personnes ont demandé l'asile en Allemagne l'an dernier, soit une baisse de 28,7% par rapport à 2023, après une hausse significative depuis 2020.
En décembre 2007, la Pologne est entrée dans l'espace Schengen de libre circulation et les postes-frontières entre Guben et Gubin ont disparu.
Mais le principe de libre circulation, l'un des socles de la construction européenne, a été malmené depuis cinq ans, d'abord face à la pandémie de Covid-19 qui a conduit à des restrictions aux frontières, puis avec le durcissement des politiques migratoires.
- Equilibre -
En septembre 2024, Berlin avait déjà rétabli des contrôles contre l'immigration illégale à l'ensemble de ses frontières, sous l'impulsion du chancelier social-démocrate Olaf Scholz qui avait froissé les voisins de l'Allemagne.
Alors qu'il accompagnait il y a quelques mois une délégation chinoise souhaitant implanter une usine dans la région, Bartlomiej Bartczak raconte avoir été "pris dans des embouteillages" inimaginables entre Berlin et la Pologne, à cause des contrôles, et il s'inquiète pour l'activité économique locale.
Tout en admettant qu'il faut "trouver un équilibre" entre "libre circulation" et "protection".
Plus d'un million de migrants, essentiellement des Syriens et des Afghans fuyant la guerre, avaient trouvé refuge en Allemagne durant la "crise migratoire" des années 2015-2016. Les demandes d'asile, qui avaient culminé à près de 900.000 en 2015 en Allemagne, se sont réduites au fil de la décennie.
E.Gasser--VB