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Les Groenlandais votent dans l'ombre de Trump
Les Groenlandais ont commencé à voter mardi dans des législatives susceptibles d'esquisser un calendrier menant à l'indépendance, un scrutin marqué par les sorties de Donald Trump qui convoite l'île arctique avec une insistance parfois menaçante.
Convaincu de pouvoir s'emparer "d'une manière ou d'une autre" du territoire autonome danois, le président américain a tenté jusqu'à la dernière minute de peser sur les élections, provoquant stupéfaction, rejet et, plus rarement, enthousiasme parmi les 57.000 habitants.
Les bureaux de vote ont ouvert à 09H00 locales (11H00 GMT) et fermeront à 20H00, les résultats étant attendus dans la nuit.
"Notre pays se trouve dans l’œil du cyclone", a lancé lundi le Premier ministre sortant du Groenland, Mute Egede, chef du parti Inuit Ataqatigiit (IA, gauche écologiste).
"Le monde extérieur nous regarde de près et nous avons vu récemment à quel point ils essaient d'influencer notre pays", a-t-il déclaré dans une vidéo sur Facebook.
Avant le vote qui vise à renouveler les 31 sièges de l'Inatsisartut, le Parlement local, il a été beaucoup question de santé, d'éducation, d'économie et des liens futurs avec le Danemark qui continue d'exercer les fonctions régaliennes (diplomatie, défense, monnaie...) sur l'île.
- L'indépendance oui, mais à quel prix? -
A près de 90% inuits, les Groenlandais déplorent avoir été traités historiquement comme des citoyens de second rang par l'ex-puissance coloniale accusée d'avoir muselé leur culture, procédé à des stérilisations forcées et retiré des enfants à leurs familles.
Un sentiment renforcé par la diffusion récente par la télévision publique danoise d'un documentaire - critiqué et finalement retiré - affirmant que le Danemark avait tiré d'énormes bénéfices de l'exploitation d'une mine de cryolite sur l'île, pourtant souvent présentée comme un fardeau financier.
A l'image de l'immense majorité de la population, tous les principaux partis groenlandais souhaitent l'indépendance, mais ils divergent sur le calendrier.
Certains la veulent rapidement comme les nationalistes de Naleraq, principale force d'opposition, tandis que les autres, comme les deux composantes de la coalition sortante, IA et Siumut (sociaux-démocrates), la conditionnent aux progrès économiques du Groenland.
Recouvert à 80% de glace, le territoire est économiquement dépendant de la pêche, qui représente la quasi-totalité de ses exportations, et de l'aide annuelle d'environ 530 millions d'euros versée par Copenhague, soit 20% du produit intérieur brut (PIB) local.
Pour les indépendantistes les plus impatients, le Groenland pourra voler de ses propres ailes grâce à ses ressources minérales, notamment ses terres rares, essentielles à la transition verte.
Mais le secteur minier reste pour l'heure ultra-embryonnaire, plombé par des coûts élevés dus notamment à un climat inhospitalier et à l'absence d'infrastructures.
- Polarisation accrue -
Après avoir déjà lancé l'idée d'acheter le Groenland durant son premier mandat, s'attirant une fin de non-recevoir des autorités danoises et groenlandaises, Donald Trump martèle ces derniers mois sa volonté de mettre la main - sans exclure la force - sur le territoire jugé important pour la sécurité américaine face à la Russie et à la Chine.
Dans la nuit de dimanche à lundi, il a de nouveau promis, sur son réseau Truth Social, sécurité et prospérité aux Groenlandais qui souhaiteraient "faire partie de la Plus Grande Nation au monde".
Selon un sondage paru en janvier, quelque 85% des Groenlandais excluent cette éventualité.
"Fuck Trump! On ne veut pas être américains", réagissait lundi Rene Olsen, 58 ans, un employé de réparation navale.
Les déclarations de Donald Trump, qualifié d'"imprévisible" par le Premier ministre groenlandais, ont brouillé les cartes pendant la campagne électorale.
Les nationalistes de Naleraq voient dans l'intérêt de la nouvelle administration américaine un levier confortant les Groenlandais avant l'ouverture de négociations avec le Danemark sur leur avenir.
Mais ces sorties ont aussi parfois pour effet de refroidir les ardeurs indépendantistes et d'encourager au maintien de liens avec Copenhague, au moins pour l'instant.
Employée municipale du village de Qaqortoq (sud), Kornelia Ane Rungholm explique ne pas vouloir de "l'indépendance aujourd'hui parce que Trump s'emparera de nous aussitôt".
Pour les analystes, l'immixtion de Donald Trump dans la campagne électorale contribue à polariser le débat, renforçant chacun dans ses convictions, mais ne devrait pas influer sur l'issue du scrutin.
Son dernier message "illustre la manière dont l'administration Trump insiste pour s'ingérer dans les élections d'autres pays, mais après l'Allemagne (où Elon Musk, proche de Donald Trump, a soutenu l'extrême droite, ndlr), ils devraient déjà savoir que cela les dessert", commente le politologue danois Ulrik Pram Gad auprès de l'AFP.
P.Keller--VB