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Cheffes d'entreprises : pas de parité avant 2075, estime la Banque de France
La féminisation de la fonction de dirigeant d'entreprise progresse lentement, au point qu'au rythme actuel, il faudra cinquante ans pour atteindre la parité, soit 2075, selon une étude publiée vendredi par la Banque de France.
En 2023, expliquent les experts de l'Observatoire des Entreprises de la banque centrale française, les femmes représentaient 52% de la population française, 49% de la population active, mais seulement 25% des dirigeants d’entreprise, et même 17% pour les plus grosses structures (entreprises de taille intermédiaire — ETI — et grandes entreprises).
Il y a vingt ans, elles n'étaient que 5% à diriger de telles entreprises. "À ce rythme, il faudrait encore cinquante ans pour atteindre la parité dans les microentreprises, et encore davantage dans les plus grandes structures", estiment Nicoletta Berardi et Benjamin Bureau, auteurs de l'étude.
Le secteur d'activité joue beaucoup : seules 4% et 10% respectivement des entreprises de construction et de transport sont dirigées par des femmes, contre 35% pour les entreprises du secteur enseignement-santé-action sociale et 46% des entreprises de services liés à l'art, au spectacle et aux activités récréatives.
La loi Rixain de 2021 prévoit qu'en mars 2026, 30% de femmes devront siéger dans les comités exécutifs.
"On ne sera pas prêts", estimait fin janvier le président du Medef Patrick Martin, observant qu'il y a en effet "des métiers genrés".
"Les femmes doivent franchir plus de barrières que les hommes pour devenir dirigeantes", notamment des contraintes familiales plus pesantes, remarque l'étude.
Une enquête de Bpifrance en 2022 montrait ainsi que 37% des conjoints de dirigeantes ne s’occupaient pas de la gestion quotidienne du ménage et des enfants, contre seulement 14% des conjointes de dirigeants.
Partant du principe que "la distribution des talents est identique" entre hommes et femmes, les auteurs relèvent que ces "barrières" sont "de nature à priver l’économie française de dirigeantes talentueuses", au profit de "certains dirigeants masculins moins compétents".
Ce problème, qui concerne plus généralement "l’accès des femmes et des minorités au marché du travail", peut avoir "un impact macroéconomique potentiellement majeur", selon eux.
En 2019, rappellent-ils, une étude dirigée par l'économiste Chang-Tai Hsieh avait montré qu'entre 1960 et 2010, 30% de la croissance économique des États-Unis était venue de la baisse des discriminations à l’encontre des femmes et des minorités.
W.Huber--VB